Amm. Marc. — Liban., loc. cit
iv. 3
foulée en Helvétie avait rencontré l'armée de Barbation, et que ce perfide officier, joignant l'incapacité à la trahison, s'était laissé mettre en déroute par des bandes elles-mêmes vaincues et en retraite. Il avait tout perdu dans celle attaque inopinée, bagages, chevaux et gens de suite. N'osant , après un tel désastre, affronter la sévérité de Julien , il fit rentrer précipitamment ses troupes en Gaule, et, après les avoir dispersées dans leurs quartiers d'hiver, il prit, comme son prédécesseur, 1b chemin de Milan pour s'y justifier, suivant le mode ordinaire, en accusant son général.
Un si grand échec rendit aussitôt courage aux Barbares. Un transfuge leur fit connaître que l'armée de Julien était , par cette défection, réduite à treize mille hommes. Le moment leur parut donc favorable pour tenter un nouveau coup, et cette fois avec toutes leurs troupes rassemblées. Un de leurs rois, Chnodomaire, qui avait envahi déjà une fois la Gaule, au moment de l'usurpation de Magnence, guerrier d'une valeur éprouvée, d'une haute stature , redoutable surtout par un visage sévère que surmontaient d'épais sourcils, se rendit au quartier général des Alamans, accompagné de quatre autres princes. L'un d'entre eux, Agénarich, fils d'un frère de Chnodomaire, avait été longtemps retenu en otage dans la Gaule, où même il avait changé son nom contre la dénomination orientale de Sérapion. L'oncle et le neveu étaient des Barbares un peu dégrossis, qui mettaient de l'affectation à imiter les habitudes et
les façons d'agir des souverains civilisés. Chnodomaire prétendait même avoir eu avec Constance des rapports de puissance à puissance, et montrait des lettres scellées du seing impérial qui lui conféraient le droit de s'établir dans les provinces voisines du Rhin. Ce fut en vertu de ce titre qu'il envoya une ambassade régulière pour se plaindre des moissons enlevées sur son territoire, et sommer Julien d'avoir à s'abstenir désormais d'y mettre le pied . Pour être juste envers la mémoire de Constance, il faut ajouter que Libanius seul parle de ces lettres, et qu'Ammien Marcellin , témoin bien informé, et peu discret sur les torts de l'empereur, n'en dit pas un mot1.
Vrais ou faux, en tout cas, ces documents ne devaient pas même obtenir de Julien l'honneur d'un instant d'examen. Les députés barbares le trouvèrent à Trèstabernœ, occupé à visiter les murailles qu'il faisait
construire. Il les reçut avec beaucoup de hauteur, et se borna à répondre que jamais prince barbare n'ayant poussé l'insolence jusqu'à envoyer de tels messages à un empereur, il tenait leur mission pour une imposture et les faisait arrêter comme espions2. Puis, réunissant ses troupes dès le point du jour , et les rangeant devant lui en bataille sous la forme d'une espèce de coin dont il occupait le milieu , il leur proposa hardiment de se mettre en marche et de franchir en une journée les