Amm. Marc., xyi
tenait, à leurs yeux, de la duperie. On le raillait en haut, on le bénissait en bas.
Il se consolait de ces vaines tracasseries avec deux ou trois confidents de prédilection, dans le sein desquels il épanchait les secrets de son âme : c'étaient, outre le chambellan Euthérius , le médecin Oribase , l'Africain Evhémère et un officier gaulois, du nom de Sali us te. A Oribase, par exemple , momentanément absent, il écrivait, au plus fort de ses démêlés avec Florentius, pour les lui raconter en détail. « Que pouvait faire en telle occurrence, ajoutait-il, un disciple d'Aristote et de Platon? Fallait-il laisser des malheureux entre les mains des larrons? Ne devais-je pas les défendre de tout mon pouvoir? Les infortunés, sous l'oppression de ces impies, chantent déjà le chant du cygne. Ne serait-il pas honteux de condamner les tribuns militaires, quand ils quittent leur poste, d'aller jusqu'à les priver de sépulture, eux q\ii ont la mort à braver ; tandis que nous, nous déserterions la protection de ces victimes et le devoir que Dieu nous a imposé de combattre avec son aide contre ces larrons? S'il faut souffrir quelque chose pour cela, ce ne sera pas une médiocre consolation que de partir d'ici avec une bonne conscience... Si un successeur m'est donnéj'espèrequejen'en éprouverai pas trop de chagrin. Mieux vaut peu de temps bien employé que beaucoup d'années occupées à faire le mal. C'est là de la philosophie péripatéticienne, qui n'est nullement, comme quelques-uns le prétendent, moins noble que la stoïque. A
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mon sens, ces deux écoles ne diffèrent qu'en ceci : c'es que Tune est plus ardente et plus inconsidérée ; l'autre est plus réfléchie, mais plus persévérante dans les choses qu'elle a résolues1. »
Ces paroles étaient empreintes d'un désintéressement louable, mais il faut ajouter qu'elles étaient précédées du récit d'un songe , que Julien donnait à interpréter h son ami > en sa qualité de savant. Il avait vu deux arbres croissant l'un près de l'autre, l'un élevé, altier, placé sur une vaste éminence, l'autre attaché à la même racine, mais petit encore et humble, quoique déjà chargé de fleurs. Chose étrange, peu d'instants après, le grand arbre était par terre , et le petit survivait encore. Sans être aussi érudit qu'Oribase , Constance peut-être aurait compris le sens de l'apologue, et il est heureux pour Julien que la lettre n'ait pas été interceptée.
En retour de ces confidences politiques , Oribase soumettait h Julien toutes ses idées scientifiques, et en disputait avec lui. Il avait reçu de lui la mission de réunir en un vaste traité toutes les idées médicales de Galien , et de les mettre en regard de celles des médecins illustres qui l'avaient précédé1. Avec les amis et les savants qu'il avait laissés en Grèce et en Asie Mineure, Julien entretenait aussi une correspondance active et amicale. Il leur envoyait ses ouvrages et leur demandait leurs