‹ L'église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 3)Chapitre 166 sur 297 · Zos., m · texte numérisé non relu

Zos., m

2. Amm. Marc., xvii, 8. — Jul., ad, Athen.% p. 5*4. — Zos., m, *. — Liban., Or. 10, p. 279.

rendit à l'armée romaine de grands services dans ceîfc nouvelle attaque, en pénétrant la nuit dans les tentes (?c ses anciens compatriotes par des passages q.n'i! connaissait et en massacrant, sans bruit, tous les hommes ivres et endormis qui tombaient sous ses mains. Puis quand îe soleil, en se levant, éclairait ces scènes de meurtres, lis Barbares croyaient à quelque intervention miraculeuse. Réduit enfin a demander la paix, le roi des Chamavcs se rendit lui-même à la tente de Julien. Avant cte rien conclure, le vainqueur exigeait des otages et ne demandait pas moins que la personne même du fifs du roi. « Plût à Dieu que je pusse le remettre entre vos mains, disait en pleurant le pauvre roi vaincu, mais il était mon fds unique, et il est mort sous vos coups. » Ses larmes touchaient tout le monde, et Julien paraissait prendre part à sa douleur. Mais tout à coup , sur im signal donné comme à la comédie, le rideau delà tente se leva, et on vit paraître le petit prince barbare luimême, qui avait été fait prisonnier dans un combat, sans que son père sut ce qu'il était devenu. Prenant

alors la parole au milieu de la surprise universelle : « Vous le croyiez mort , dit Julien , Dieu et la démenas des Romains vous le rendent. Je le garderai près de moi, et il ne manquera de rien tant qu'il vivra dans mon amitié. Mais ce sera pour vous le gage de ma vertu , <el vous saurez qu'avec les Romains et leur empereur en jamais l'avantage ni dans la guerre, ni dans la paix. •> Les Cliamaves se soumirent et Charielton obtint îc pire

de son utile concours en étant promu à la dignité de comte4.

Pour assurer le résultat de tous ces succès, Julien faisait élever sur la Meuse trois châteaux forts. Hais, pendant qu'on les construisait, les conséquences de la précipitation de son départ se faisaient sentir; les vivres manquaient, et pourtant il en fallait en abondance, tant pour nourrir les travailleurs que pour approvisionner les nouvelles citadelles. On avait compté sur les moissons de Tannée, et la saison continuant à être retardée, elles n étaient pas encore mûres. Pour la première fois, le soldat commençait à murmurer contre son général. On l'accusait d'avoir trompé l'armée par de fausses espérances, et les noms de Grec et d'Asiatique, qui, parmi les Gaulois, étaient synonymes de menteur, circulaient à voix assez haute dans les rangs. La solde faisait aussi défaut , car il n'était sorte de chicane que les trésoriers du fisc, sous l'influence de Florentius, ne suscitassent à ceux de l'armée. Pour contenir ces mécontentements toujours dangereux dans des armées peu fidèles, comme l'étaient alors celles de Rome, Julien s'avisa qu'en Bretagne la récolle était meilleure et plus avancée, et prit le parti de faire venir du blé de celte île. Mais les moyens de transport étaient difficiles à réunir, car la mauvaise administration de la Gaule avait laissé à peu près périr la flotte qui devait être entretenue conslam-

l. Eunap., Excerpta Ugationum, Collection des historiens* de France, t. m , p. 567. — Amm. Marc, foc. cit.

ment dans les ports de la mer du Nord. Il fallut faire construire à neuf 600 bâtiments. C'était sur le Rhin qu'on devait les mettre à flot , et c'était ensuite en remontant ce fleuve que les transports devaient revenir approvisionner l'armée. Delà,denouvelles difficultés. Comme les Francs occupaient toutes les eaux inférieures du fleuve, il était douteux qu'ils laissassent circuler sans opposition la flotte qui ravitaillait leurs ennemis. Florentius, accoutumé aux manières de faire de Constance, proposait déjà d'acheter, au prix de mille livres d'or, la liberté du passage,et Constance lui-même écrivait à son collègue pour l'engager à entamer cette négociation. Mais Julien repoussa la proposition avec indignation, et se confia hardiment à la terreur inspirée par son nom. Le succès justifia scj audace. Le premier voyage s'opéra, en effet, sans encombre, sous les yeux des Barbares qui n'osaient bouger1.

La campagne fut enfin terminée, pour cette année là, par une pointe que Julien se décida à pousser au delà du Rhin, dans les derniers jours de l'automne, afin de s'assurer par lui-même de l'impression qu'avait laissée chez les Alamans le coup porté h Strasbourg. A peine fut-il de l'autre côté du fleuve (qu'il traversa sur un pont de bateaux) que deux des souverains qui avaient assisté à la bataille de l'année précédente, Suomaire et Hortaire, vinrent se rendre à discrétion. Julien les reçut dans l'alliance romaine, en exigeant d'eux des prestations de

1. Amm. Marc, xv»,9. — Zos., m, 5. — Liban., Or. 10, p. 280. — Jul., ad. Athen.$ p. 513-514. — Eunap, Exc. leg^loc. cit.

vivres, tic bois, de fer et des transports pour la réparation des villes gauloises qu'ils avaient ruinées dans leur première expédition ; en outre, la liberté de tous les captifs romains qui étaient encore entre leurs mains. Le plus grand soin fut apporté à l'accomplissement exact de celle dernière condition. Julien avait fait dresser, d'après des renseignements recueillis dans chaque localité et dans chaque famille, la liste de tous les soldats gaulois qui n'avaient pas reparu à la suite de la dernière guerre. Le jour où les captifs libérésluifurentsolennellementremis, des notaires placés auprès de lui contrôlaient exactement ces lisles, tenant note à la fois des présents et des manquants. Pui9 Julien fit lire à haute voix les noms de tous ceux qui n'avaient pas répondu à l'appel, et insi>tn pour qu'on représentât, ou leurs personnes vivantes, ou les preuves de leur décès. Les Barbares, ne comprenant rien à cette perfection de la statistique romaine, croyaient que l'empereur avait le don de divination, et plusieurs d'entre eux qui avaient gardé, sans en rien dire, quelques esclaves pour leur usage, tout terrifiés de se les voir réclamer, se hâtèrent de les restituer. Il y eut ainsi plus de vingt mille captifs rendus 5 leur patrie, qui défilèrent devant la tente de Julien, en le saluant par des cris de reconnaissance et d'allégresse. Mais, avec tant de nouvelles bouches à nourrir, les précautions prises par Julien pour se procurer des vivres ne devenaient que plus nécessaires, et n'étaient que mieux appréciées '.

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