‹ L'église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 3)Chapitre 167 sur 297 · Zoj., m, 4. — Ànmi. Maie, xvn, 10. — Liban., loc. cit · texte numérisé non relu

Zoj., m, 4. — Ànmi. Maie, xvn, 10. — Liban., loc. cit

. JULIEN en gaui.l:. 69

L'année suivante fut moins occupée : Julien dut un

peu de repos à la crainte qu'il inspirait. Ln Gaule présenta un aspect de fè!es et de joie inaccoutumé. L'hiver s'écoula dans les plaisirs. Avec 1 été, Julien se remit en mouvement. Mais ses expéditions, quoique constamment renouvelées, n'étaient plus guère que des promenades triomphales. Il parcourait incessamment les places fortes qu'il avait fait élever, Rassurant que leur approvisionnement était au complet, et que les Barbares reçus à merci s'acquittaient des contributions qu'ils avaient promises. À son tour, il se piquait à leur égard de la plus exacte fidélité, et toutes les fois qu'il faisait une excursion au delà du Rhin, il avait soin d'éviter de loucher le territoire des provinces soumises. En revanche, il punissait sévèrement ceux qui, comme le roi Hortaire, après avoir engagé leur parole avec Rome, avaient l'audace d'y manquer. Tant d'équité, tant de sagesse et en même temps de fermeté, remplissait ces populations naïves d'une religieuse surprise. Julien se laissait approcher, admirer tout à l'aise, lui et son armée: «Quelles merveilles! quelles bcllesarmesî quels beaux hommes! que ces aigles sont terribles! » disait un petit souverain germain du nom de Macricn, passant dans les rangs avec le prince des Rauraqucs, Vadomairc. Et Vadomaire, qui avait été ami de Rome dans sa jeunesse, se joignait à l'admiration de son collèguetout en disant qu'il connaissait déjà toutes ces belles choses et avait vu mieux encore. Ainsi se rétablissait

au delà du Rhin le prestige déjà affaibli, mais encore si puissant, du nom romain *.

Julien probablement ne se serait pas longtemps contenté de cette paisible gloire. Voyant la Gaule pacifiée, la Germanie refoulée dans ses limites, il jetait les yeux d'un autre côté, et c'était vers celte Bretagne qui avait si récemment servi de grenier d'abondance à ses troupes, qu'il songeait à tourner ses pas. Déjà vers la fin de 355, craignant une invasion des Pietés et des Scots qui, réfugiés habituellement dans leurs montagnes, en sortaient souvent pour dévaster la partie méridionale de l'Ile soumise aux Romains, il avait fait franchir le détroit à son maître de la cavalerie, Lupicinus, successeur de Sévère, avec deux légions de Mœsie et un corps d'auxiliaires Hérules et Bataves*. Il avait reçu des nouvelles satisfaisantes des premiers faits d'armes de ce général, bon militaire, mais d'un caractère arrogant, et qu'il n'était pas fâché d'employer utilement loin de sa personne. Peutêtre se proposait-il de le rejoindre lui-même, lorsqu'il apprit subitement que des lettres de Constance étaient arrivées à l'adresse de ce même Lupicinus. Quant à Julien lui-même, le messager (c'était le notaire Décentius) n'était chargé d'aucune dépêche qui le concernât. U avait seulement commission verbale de le prier de ne point s'opposer à l'exécution des ordres de 1' empereur. Quels étaient ces ordres? c'est ce qu'on ne tarda pas h

*. Amra. Marc, uni, 2.

*. Ibid., ix, i.

savoir, car Lupicinus étant absent, il fallut bien ouvrir la dépêche. Julien y apprit avec surprise que l'empereur demandait qu'on lui envoyât sur-le-champ tous les auxiliaires des corps hérules, celtes et bataves, plus une excellente légion qu'on appelait les Pétulants \ et trois cents hommes d'élite choisis dans toutes les divisions de l'armée transalpine. La marche de ces troupes vers l'Orient devait être conduite par le chef des écuries de Julien, Sintula : du César lui-même, pas un mot. Julien demeura stupéfait, et du procédé et de la demande : on le privait de ses meilleures troupes, sans daigner l'en prévenir. Il vit là un nouveau coup, cette fois mortel, de la haine de son cousin et de la perfidie du préfet *.

Il n'avait pourtant raison qu'en partie. L'insulte partait bien, en effet, de l'esprit jaloux et haineux de Constance; mais le besoin que cet empereur éprouvait de bonnes troupes était réel. Tous les embarras à la fois tombaient sur sa faible tête. C'était le moment où finissaient les fameux conciles de Rimini et de Séicucie,et Constance devenu, par la faiblesse de ces deux assemblées, le juge suprême du différend qui se plaidait devant lui à Constantinople , sentait pourtant tout le monde chrétien frémir et s'ébranler sous sa main usurpatrice. Pour appuyer la sentence équivoque qu'il allait rendre,

i. Amm. Marc, éd. Iipsiae, 1838, 1. 1, p. 466; Index aulicus civilis et militaris.

a. Ibid., xx, A. — Liban., Or., 10, p. *8i, 483. — Zo6., in, 8. — Jul., ad Athen.y p. 518.

et pour assurer le succès de tous les coups d'autorité qu'il avait à frapper, un immense déploiement de forces lui était nécessaire. Mais, par une complication à laquelle sa maladresse n'était pas étrangère, las mauvais succès de la guerre récemment rallumée contre les Perses venaient mettre en même temps dans un extrême péril la sécurité des provinces orientales.

A plusieurs reprises déjà, inquiet de ce côté, il avait essayé d'obtenir des Perses une paix durable. Mais ces efforts ne faisaient qu'accroître l'orgueil du despote du Haut-Orient. Sa por, enhardi par la timidité visible de son adversaire, ne mettait plus de bornes à ses prétentions. !l écrivait à Constance pour lui réclamer les provinces, situées au delà du Tigre, que Galère avait autrefois enlevées au roi Narsès,son aïeul, et il croyait encore lui faire grâce en ne demandant pas à s'étendre jusqu'à la limite du Strymon, en Macédoine. Le ton des lettres était aussi arrogant que le fond. C'était le roi des rois, allié des astres et frère du soleil et de la lune, qui voulait bien envoyer le salut de paix à son frère le césar Constance. Mais derrière ces forfanteries ridicules il y avait des armées qui ne prêtaient pas à rire; et Constance, bien que très-blessé dans son orgueil, n'avait négligé aucun moyen d'éviter une rupture ouverte. Il envoyait ambassade sur ambassade, choisissant pour la députation ses conseillers les plus affidés, les orateurs les plus habiles, le noiaire Spécial et même le sophiste Eustathc, merveilleux

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artisan de persuasion, dit Ammien Marcellin *. Mais, malgré tous les triomphes oratoires que Libanius et Eunapc prêtent au sophiste ambassadeur, et bien qu'au dire de ce dernier, peu s'en fallût que Sapor, ravi de tant d'éloquence, n'eût quitlé la tiare pour revêtir le manteau des philosophes, tous les arguments avaient clé inutiles; et, dès l'été précédent, Sapor venait montrer, en assiégeant et en prenant, après un siège lent et cruel, la ville d'Amide, sur le Tigre, qu'il n'était pas encore prêt à renoncer au métier de guerrier, pour embrasser la rhétorique et la sagesse 2.

Ce qui accroissait encore la force de Sapor dans celte victorieuse attaque, c'est qu'il avait accueilli dans son camp un transfuge romain qui avait occupé une place importante dans l'administration militaire de l'empire. C'était un marchand enrichi, du nom d'Antonin, devenu intendant par ses intrigues, et ensuite banni pour quelques méfaits ou par suite de quelque délation. Antonin avait apporté à Sapor un état exact des places et des armées romaines, et le tenait au courant des rivalités intérieures qui existaient entre les généraux. Par lui Sapor avait su que Constance, jaloux du seul homme de mérite qu'il eut à son service dans son arrm'e d'orient, le général Urficin, lui avait donné pour collègue et pour rival un vieil officier sans capacité, ami de l'eunuque Eusèbe. Il avait su également où il devait porter ses

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