‹ L'église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 3)Chapitre 178 sur 297 · Amm. Marc., xx · texte numérisé non relu

Amm. Marc., xx

prises son époux et l'objet de sa tendre prédilection. C'était l'ange de paix qui se relirait de l'empire et l'abandonnait aux fureurs de la guerre civile \

Mais Julien n'avait plus ni loisir ni pensée à donner à des regrets. L'imminence de la crise qui menaçait l'absorbait tout entier. Attaquerait-il, comme Magncnce? Attendrait- il» comme Gallus? Ces deux exemples, tour à tour présents à sa pensée, n'avaient rien de rassurant ni l'un ni l'autre. Par nature, d'ailleurs, il n'avait de sang-froid que sur le champ de bataille ; hors de là, son Ame était le théâtre d'une constante agitation. Le calme d'esprit qu'il trouvait dans l'action l'abandonnait dans le repos. Après avoir tout fait avec prudence et résolution pour dominer l'avenir, son imagination inquiète cherchait encore avec angoisse à le pénétrer. Il n'y avait sorte de conjurations magiques, d'artiflees divinatoires, qu'il ne mit en œuvre pour deviner l'issue de la lutte, ou en mieux diriger le cours. Augures , vol des oiseaux, entrailles des victimes, cours des astres, voix de la foudre, visions des songes, il interrogeait tout et croyait à tout. Son confident et son admirateur, Ammien, pense même devoir placer à ce moment de sa biographie une petite dissertation de philosophie mystique sur la vérité de l'art divinatoire, comme s'il voulait demander grâce pour la mémoire de son héros à la risée des lecteurs chrétiens. Puis, en

1. Amm. Marc, xxi, 1-6, elnote de Valois sur ce passage. — Zon., xui, 10.

sortant de ces cérémonies mystérieuses, dont le bruit, sans doute, transpirait au dehors, Julien était prisdela crainte d'être vu en compagnie de magiciens et descanliserla foi vive et simple des Gaulois chrétiens. Alors, pour faire compensation, il faisait avec apparat quelque acte bien éclatant de dévotion et d'hypocrisie. Le jour de TÉpiphanie, par exemple (6 janvier 36 1)1, il se rendit en a^d grande pompe à l'église, et fit avec componction et à haute voix sa prière devant tout le peuple assemblé 2. Peu de jours après, on lui annonçait le retour en Gaule d'Hilaire de Poitiers, à qui Constance avait permis de rentrer dans sa patrie, soit pour empêcher qu'il ne prit en Orient, sur les semi-Ariens persécutés , une trop grande autorité, soit dans l'espoir que l'ardeur de son zèle causerait quelque trouble dans les Gaules. Ililairc rentrait au milieu des flots d'une population empressée qui lui apportait de toutes parts des enfants à bénir et des malades à guérir. Il était accompagné du jeune Martin, ce soldat de la charité, devenu diacre, qui ne le quittait pas, et dont la renommée croissait à l'ombre de la sienne3. Julien vit leur retour sans inquiétude, et leur permit même de tenir à Paris un concile des évêques de Gaule, où Saturnin d'Arles fut excommunié, et la formule de Rimini rejetée avec mépris,

1. A. D. 3G1. — Indictio. iv. — U. C. liU. — Taurus et Florentius. Coss.

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