Amm. Marc, xxi
3. Sulp. Sév., Bist. eccl, u, 45. — Vila. 6. MarU, 6, 7. — S. Hil. Fragm., p. 1353, 1354.
Ces concessions, dit l'historien Zonnre, non sans quelque vraisemblance, avaient surtout pour but de garder la faveur des soldats, dont un grand nombre étaient chrétiens. Par suite de la même politique de conciliation, Julien rappela aussi sous ses drapeaux d'autres victimes de la persécution de Constance, les soldais de Tannée deMagnence, licenciés depuis près de dix ans
L'hiver se passait dans cette activité extérieure et ces angoisses secrètes , lorsqu'à l'entrée du printemps 0:1 apprit que les Mamans avaient tenté de nouvelles incursions du côté du pays des Rauraques. Les agresseurs étaient des sujets du roi Vadomaire, l'uu de ceux que Julien avait honorés de sou alliance , et celui même qui paraissait y attacher le plus grand prix. Cette trahison troubla fort l'empereur; mais son inquiétude fut plus vive encore lorsqu'on lui apporta une lettre interceptée de ce petit prince lui-même, où il se plaignait auprès de Constance du César des Gaules, et offrait à l'Auguste de l'en délivrer. Vadomaire ne porta pas loin la peine de sa défection. Sans faire semblant d cire averti, Julien lui dépécha le comte Philagrc, qui fut reçu en allié. Puis, au milieu d'un festin qu'on lui offrait, le comte lit saisir au corps le roi lui-même par des gardes aposlés, et le ramena au camp des Romains. Julienlui montra les lcttresqui étaient tombées entre ses
l. Zoo., nu, 10. — Liban., foc. cit.
mains, le convainquit de trahison, et l'envoya finir obscurément ses jours en Espagne. Une courte et terrible expédition fit aussitôt rentrer tous les Alamans dansledevoir 1 .
Cette alerte précipita les événements. Le bruit, en effet, s'était généralement répandu dans le camp que Constance, suivant avec Julien la môme tactique qu'autrefois avec Magnence, voulait lâcher les Barbares sur ses derrières. Julien lui-même avait, sinon la preuve, comme il le dit plus lard, au moins la crainte de cette lâche manœuvre. Et, en tout cas, celle rumeur lui fournissait un excellent moyen d'enflammer les esprits. Pour achever de confirmer ces soupçons, on vit bientôt arriver une lettre de Constance, écrite sur un Ion si orgueilleux, que chacun pouvait se demander d'où venait, à un ennemi si éloigné et si impuissant, un retour si inattendu de confiance. Elle était porlee par l'évèque Epielèle, un des prélats favoris de la cour d'Anlioche, cl toujours adressée au césar Julien. On ne lui promettait plus, cette fois, que la vie sauve, et encore au prix d'une soumission immédiate. Zosime assure qu'en recevant celte insolente missive Julien en éprouva une si forte émotion, qu'il s'écria: « Non , ce n'esl pas à Constance à prendre soin de ma vie : c'est aux Dieux que je remets ce soin » ; ce pluriel inaccoutumé dut exciter autour de lui quelque surprise. On ne tarda pas à savoir également que les pas-
1. Amm. Marc, xxi, 3, 4. — Liban., Or., 10, p. 280, 487, Î88. — Jul., udAthen.,p. SSU.
sages des Alpes étaient soigneusement mis en défense. La peur d'être enfermés en Gaule, coupés du reste de l'empire, et livrés en proie aux Barbares, s'empara de tous les soldats, et le cri public fit sentir h Julien que le moment était venu de se décider à combattre*.
Avant de prendre un parti si solennel, il interrogea une dernière fois ses dieux. Depuis plusieurs jours les augures se montraient à lui de plus en plus favorables. Une vision aperçue en songe lui avait même annoncé, en quatre vers grecs fort bien faits, la mort prochaine de Constance pour une date fixe de l'automne suivant. Cette fois, ce fut Bellone, la déesse. de la guerre, à qui Julien adressa une dernière interrogation. Bellone selant montrée bienveillante, il rassembla ses soldais et leur demanda s'ils étaient prêts à se mettre en marche. Il ne parlait point encore de faire la guerre, mais seulement de s'avancer jusqu'aux extrémités de la Dacie et de l'Illyrie, pour effrayer Constance et briser le cercle de fer qu'on formait autour des Gaules. La demande était faite au nom du Dieu céleste, expression ambiguë, qui rappelait les premiers jours du règne de Constantin*. Les soldats répondirent par des transports de joie et jurèrent de mourir pour leur général. Les habitants des Gaules offraient tous leur argent et leurs provisions. Un seul homme, le préfet Nébridius, ne crut pas pouvoir rompre le serment
1. JuîM cul Alhen. — Libau., toc. cit. — Soc, m, 1. — Soz., v, 2. — ZosM m, 9.
î. ÀibiUio Dei cœlestis.
qui l'attachait à Constance. Tombant aux genoux de l'empereur et baisant le bout de sa robe, il lui demanda pardon de ne pouvoir le servir, et comme il voulait même prendre sa main pour la baiser : « Ma main est pour mes amis, lui dit Julien en se reculant; mais vous pouvez vous retirer. » Son choix était tout fait pour remplacer Nébridius. C'était son ami Salluste qui, d'Illyrie où il campait , était venu précipitamment le rejoindre. Julien le laissa dans les Gaules, avec cette nouvelle qualité. Puis l'ordre du départ fut donné, et l'itinéraire indiqué par la route de Pannonie*. Un détachement dut traverser Tltalie sous la conduite de Jovinus : un autre la Rhétie, sous les ordres de Névitta. Julien lui-même, parti de Bâle, n'emmenait avec lui que trois mille hommes. Mais ses troupes se montaient à plus de vingt mille, et leur rendez-vous général était à Sirmium.
Dès que la nouvelle de son départ se répandit de l'autre côté des Alpes, la terreur et la défection devinrent générales. Les deux consuls, préfets d'Italie et d'Illyrie, et dont l'un était Florentius lui-même, l'ancien ennemi de Julien , prirent la fuite bien avant d'être en péril ; et, à partir de ce moment, Julien, en conservant dans les actes officiels leurs noms qui indiquaient la date de l'année , eut soin de les faire suivre de cette qualification épigrammatique : Florentius et Taurus, consuls en fuite. Mais il ne songea point à s'emparer de