‹ L'église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 3)Chapitre 191 sur 297 · Jul., Ep. xni, p · texte numérisé non relu

Jul., Ep. xni, p

qu'à plusieurs reprises, on crut entendre des voix célestes se mêler au concert , et le bruit de ce prodige se répandit dans toute l'Asie. Les dissentiments religieux se taisaient; les justes griefs étaient oubliés devant la tombe du souverain baptisé et du flls de Constantin. Quand le navire qui portait le corps à travers le détroit fut signalé à Constantinople , les troupes sortirent sous les armes , au bruit des clairons et au milieu d'une foule de peuple. Julien lui-même, contraint, dit le saint narrateur, de se conformer au respect général , marchait à leur tête dans sa loge de pourpre, et découvrant son front dont il avait ôté le diadème. Ce fut dans cet appareil que le cortège fit son entrée dans l'église des Saints- Apôtres, où Grégoire ne dit point si Julien l'accompagna4. Libanius donne à peu près les mêmes détails, mais sur un tout autre ton et avec quelques additions. « Le premier soin de Julien , dit-il , fut de demander où était le corps de Constance , et s'il avait reçu les honneurs qui convenaient... Mais il ne s'en tint pas là. Ii descendit lui-même vers le port de la ville, entraînant après lui une grande multitude. En voyant le cadavre porté sur les flots, il gémit, il toucha de sa main le cercueil, ne conservant lui-même d'autres insignes royaux que son manteau , comme pour faire voir qu'il ne rendait point le corps de Constance responsable des desseins qu'avait médités son âme. Puis, faisant rendre

i. S. Grég. Naz., Or. v, 16, 17.

au mort les honneurs qui convenaient, au nom des Dieux protecteurs de la ville il inaugura ainsi lui-même le service des Dieux , répandant des libations de sa propre main, félicitant ceux qui l'imitaient, riant de ceux qui ne le voulaient pas suivre, essayant de persuader, mais ne voulant pas faire violence !. »

Ainsi ce fut en sortant d'une pompe où le culte chrétien avait déployé en liberté toute sa splendeur, que Julien osa donner lui-même pour la première fois à cette grande cité de Constanlinople, chrétienne de naissance et vierge encore de toute idolâtrie , le spectacle du culte païen ressuscité. Ce fut à l'occasion des funérailles d'un empereur chrétien que fut célébré le premier sacrifice. Il était impossible de consommer par un détour plus habile un acte plus audacieux. Le culte chrétien n'avait jamais paru plus libre, peut-être même plus honoré que le jour où son ennemi renaissait ainsi de ses cendres , évoqué par une voix impériale. Julien s'était déclaré païen à la face du monde, sans avoir fourni aux chrétiens ni un juste motif de plainte, ni même un sujet d'inquiétude.

La route ainsi tracée, il y marcha sans hésiter, avec le même mélange de fermeté et de précaution. Rien n'égala, dès le premier jour, l'ostentation et l'ardeur de son zèle pour l'idolâtrie, mais chacun de ses actes, souvent passionnés et puérils, fut immédiatement accompagné

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