Ibid., p
a. Jbid., p. 260-262. Il semblerait, d'après ce passage et plusieurs antres, que Julien reconnaissait plusieurs soleils différents. Le premier semble n'être autre que l'Étr<3 suprême, le second fait partie des Dieux supérieurs, dont il est le cbef. C'est le soleil des intelligibles. Il se confond évidemment avec le v&O;, le Xcpç, la seconde personne de la Trinité alexandrine. Il y a enfin le soleil du monde sensible, qui se rapproche de l'dmc, et auquel ce morceau est adressé. Julien l'appelle aussi le cinquième corps, parce que les anciens, reconnaissant quatre éléments dont le monde sensible est composé, en admettaient volontiers on cinquième destiné à les animer tous. Ces idées fert confuses ont iv. 9
de tout ce qui existe : c'est lui qui a fait venir au jour tout ce qui n'était qu'en puissance. 11 a mille noms comme mille opérations différentes : il est Jupiter, Bacçhus, Apollon. C'est lui qui peuple de divinités toute l'étendue du ciel. Il touche dans sa course à trois des cinq cercles du monde, et il donne naissance aux trois Grâces. Castor et Pollux, avec leur existence alternative, ne sont que l'image de ses apparitions intermittentes. Minerve Pronoia marche devant lui ; Vénus raccompagne. Chez les Phéniciens, Monime et Àzize (deux noms de Mercure et de Mars) sont ses satellites. Sa chaleur fécondante a créé le genre humain. Poux* faire un homme, dit Aristote, il faut un premier homme et le soleil. Après avoir créé l'homme, il le nourrit : il ne nourrit pas seulement son corps, mais même son intelligence, car c'est le ciel, dit Platon, qui nous enseigne la sagesse. En particulier , c'est le soleil qui protège le peuple romain : car, seuls avec les Égyptiens, les Romains divisent leur année en mois solaires.
« Voilà, mon cher Salluste, dit l'empereur en terminant, ce que, en l'honneur de la triple puissance de ce grand Dieu, j'ai osé l'écrire dans l'espace de trois nuits; voilà ce que ma mémoire m'a suggéré... Si tu veux une
été étudiées avec soin, sans être Irès-éclaircies, par Tourlet, dans sa traduction des œuvres de Julien, t. i, p. 445-435. Il faut convenir avec M. Jules Simon {Hist. de l'école d'Alexandrie, t. u, p. 328-361) que Julien était, même dans son école, un assez médiocre philosophe, ramassant un peu au hasard les idées des différents maîtres, saus se mettre en peine de les faire accorder.
science plus parfaite et plus intime de ces choses, recours aux livres du divin Jamblique, où tu trouveras le bout de la science humaine. Et que le puissant soleil me donne de comprendre pleinement ce qui le regarde et de pouvoir enseigner celte science, soit en public, soit en particulier, à ceux qui en sont dignes. En attendant, honorons ensemble ce Jamblique cher au soleil, qui m'a appris, entre beaucoup de choses, le peu que je viens de le dire... Si j'avais voulu écrire pour Renseigner, il aurait été vraiment superflu de traiter ce sujet après lui Mais je n'ai voulu qu'offrir au Dieu un hymne d'actions de grâces en entreprenant de raconter son essence dans lamesurede mes forces; et peut-être ce discours ne serat-il pas tout à fait inutile, car je tiens que ce que dit le poète, « qu'il faut honorer autant qu'on le peut les Dieux immortels, » s'applique non-seulement aux sacrifices, mais aux louanges. En récompense de ma bonne volonté, j'adresse encore au soleil , mon roi, ces trois demandes : qu'il soit pour moi bienveillant et propice ; qu'il me donne une vie pure, une science accomplie, et, au moment marqué pour la fin de mes jours, une mort paisible. Que je puisse alors m'envoler dans son sein et y demeurer sans retour ! Mais si c'est là une trop haute espérance pour la vie que j'ai menée, qu'il me donne ici-bas de nombreuses années ! »
Mais en même temps qu'il se livrait à ces effusions bizarres de dévotion philosophique, il écrivait aussi à ses magistrats et à ses confidents des paroles de
justice et même de bienveillance, en faveur des chrétiens. «Je ne veux point, par tous les dieux, écrivait-il à Artabius, ni que Ton tue, ni que l'on frappe les chrétiens, sans droit et sans justice, ni qu'on leur fasse souffrir aucun mal1. » — <c Ces gens, disait-il au pontife Théodore, sont encore pieux, du moins en partie, puisqu'ils honorent celui qui est en réalité tout-puissant et qui régit le monde visible : et nous aussi nous l'adorons, je l'atteste, mais sous d'autres noms. Ceux d'entre eux, par conséquent, qui ne transgressent pas les lois, ne font que des choses convenables : leur erreur est de ne pas tenir compte des autres Dieux, et de croire avec une insolence barbare que le Dieu véritable est inconnu à tout autre qu'eux-. »
Et, comme pour prouver que ce n'étaient pas là seulement de vaines paroles, il expédiait de toutes parts des ordres pour faire cesser les persécutions infligées par Constance et autoriser les exilés à rentrer dans leurs foyers. Il y en avait, comme on se rappelle, de toute couleur et de toute nuance, depuis Athanase, châtié pour avoir adoré Jésus-Christ, jusqu'à Aétius, banni pour l'avoir nié, en passant par toutes les dégradations et modifications intermédiaires. Tout ce qui était en deçà ou au delà de la ligne indécise et presque idéale tracée par la formule de Rimini, était frappé de la même disgrâce. Julien mit un soin affecté, et qui
i. Jul., Ep. Vil, p. 376.
*. Jul., Ep. LXUI, p. 4M, 454.
n'était pas exempt de malice» à faire à chacun des proscrits une réparation personnelle et nominale, et à montrer ainsi combien il était au courant, dans le dernier détail, des divisions des chrétiens. 11 en avait connu un grand nombre dans sa jeunesse, tant orthodoxes qu'hérétiques : il leur écrivit lui-môme, de sa main, des lettres caressantes pour les engager à le venir trouver. Frappant à toutes les portes, il s'adressait à la fois à un de ses anciens camarades d'école, déjà connu pour être l'un des champions les plus déterminés du Consttbstontiel, et au grand coryphée des novateurs, Aétius. À l'un comme à l'autre, il rappelait leurs anciennes relations : « Venez, leur disait-il ; vous trouverez ici une cour sans hypocrisie, la première de ce genre peut-être que vous aurez rencontrée, où les flatteurs sont réputés à l'égal des plus dangereux ennemis. Nous nous accusons et nous reprenons les uns les autres, lorsqu'il y a lieu, sans nous aimer moins pour cela. » Puis il leur offrait à tous deux les voitures publiques pour se rendre à la cour. Il en écrivait autant à l'évêque de Sirmium, Photin, et faisait montre de sa science théologique, en discutant avec lui la subtilité dogmatique très-délicate pour laquelle il avait été condamné quinze ans auparavant
S'il en faut croire Ammien Marcellin, que sa qualité
1. Àrom. Marc, xxu, 5. — Soz., v, 5. — Jul., Ep. xii et x*xi, p. 381 et 404. — S. Jean Chrys., De sanet. Babyla (Éd. Gauzne), t. n, p. 686. — Maffei, Osservasione litterarie, U m, p. 69- — Tourlet, OEuvret de Julien, t. m, p. 354.
• de païen et d'ami ne rend pas suspect dans ses blêmes, ces invitations amicales renfermaient un piège caché. Julien aurait voulu se donner le plaisir de faire lutter les chrétiens entre eux devant lui et devant sa cour, « 11 pensait, dit Ammien, que la licence de tout croire augmentant les discussions, il n'aurait plus à craindre de trouver devant lui une population unanime , ayant éprouvé lui-même que les bêtes féroces ne sont pas plus ennemies des hommes que les chrétiens ne le sont souvent les uns des autres 1 . » En ce cas, sa tactique ne réussit qu'imparfaitement, car il ne paraît pas qu'aucun des grands évêques, véritables représentants de la vraie foi , se soit soucié de venir se défendre devant l'apostat qui la reniait. Ni Athanase ne sortit précipitamment de sa retraite encore inconnue; ni Hilaire ne quitta sa Gaule chérie ; ni Libère ne compromit de nouveau, dans l'atmosphère des cours, l'énergie retrempée de son caractère. En revanche, des hérétiques de toute espèce, il en vint, et en grand nombre : leur habitude de flatter la puissance survivait même à tout espoir raisonnable de l'employer à leur profit. Ariens, semi-Ariens, Novatiens, accoururent sans trop se faire prier, et Julien les reçut de bonne grâce2.
Il eut même la joie de voir arriver du fond de l'Afrique les émissaires d'une petite secte qui avait eu ses jours de
1. Amm. Marc, xxii, 5. C'est l'expression même employée par Athanase pour exprimer les fureurs des Ariens.
î. Ibid. — Soc.,"> 38; m, il, atteste l'extrême faveur témoignée par Julien aux Novatiens.
renom, mais qui s'était bien effacée dans les grands troubles religieux de l'empire. C'étaient les Donatistes, les premiers hérétiques à qui Constantin eût fait sentir le poids du glaive séculier1. Ils étaient demeurés tranquilles, sous un régime de demi-tolérance, pendant les dernières années de ce grand prince ; mais l'anarchie religieuse et politique qui avait suivi leur avait rendu le courage de s'agiter de nouveau et de se livrer à une propagande active. Un chef habile, qui, par une singulière coïncidence, portait le même nom que le fondateur même de la secte, Donat de Carlhage, homme d'une éloquence populaire et d'un caractère audacieux, qui exerçait sur ses partisans une véritable fascination et bravait hautement les magistrats et même l'empereur, avait puissamment contribué à leurs progrès. Ils avaient étendu leurs ramifications hors de l'Afrique et jusque dans l'Église de Rome, où ils avaient osé établir un évêque en face même du successeur de saint Pierre. Mais leur force principale venait de l'appui qu'ils trouvaient dans une horde de paysans révoltés, débris de la vieille population punique, incapables de tout temps de porter le joug d'un gouvernement régulier, et qui s'étaient précipités dans le schisme pour y braver plus à leur aise toute loi humaine aussi bien que divine. Ces furieux, en proie à une grossière exaltation, vivaient d'une existence nomade, parcourant les campagnes, pillant les
i. Voir première partie de cette Histoire, 1. 1, p. î55 et miv.
maisons, violant les femmes, massacrant les propriétaires, assassinant les voyageurs, et couronnant cette 3érie de forfaits par la singulière manie du suicide. Une mort violente au bout d'une vie sanguinaire et débauchée, c'était l'ambition de ces têtes échauffées par l'enthousiasme d'une superstition bizarre, par le désespoir d'une vie misérable et par l'ardeur du soleil d'Afrique. Les Circoncellions (c'était le nom de ces farouches auxiliaires) avaient fait à la fois la force et la honte de la secte des Donatistes ; ils avaient attiré sur eux les plus justes rigueurs de l'autorité impériale. A plusieurs reprises, dans les dix dernières années du règne de Constance, l'Afrique s'était vue le théâtre des plus hideux désordres, suivis d'une répression sanglante. Condamnés par un concile de la province d'Afrique, et déportés par un édit de l'empereur, les Donatistes semblaient enfin abattus, et leurs prêtres et leurs évêques languissaient dans l'exil, quand l'appel de Julien vint les en tirer. Sur-le-champ ils firent partir une députa lion pour demander à être réintégrés dans leurs droits, et ils la chargèrent d'une requête rédigée dans les termes les plus respectueux et, par avance, les plus reconnaissants. « Nous savons, lui disaient-ils, que la justice seule règne sur votre esprit »
1. Opt. Mil., 1. Ht, p. 60, 70; 1. h, p. 48, 49. — Labbe, Conc. gen., t. u, p. 714. — S. Àug., Contra epistolam Parmeniani Don atistœ; contra littêras Petiliam, 1. n, ch. xxzix; in Cresconium. Breviculum collationis carthaginiensis ; Àd Donatistas post collationem, passim. Tous ces traités se trouvent dans le tome vu des œuvres de
Ce compliment touchait Julien au point sensible : rien ne pouvait d'ailleurs le flatter plus que d'avoir à réparer des injures dont l'origine remontait jusqu'à Constantin. Aussi, sans se demander si les Donatisteset leurs alliés les Circoncellions n'étaient pas coupables de quelque autre méfait que de leur erreur dogmatique, il ordonna sur-le-champ que les pétitionnaires fussent rétablis dans tous leurs droits4. Puis il put se donner à son aise la comédie qu'il souhaitait. Il fit venir tous les représentants des sectes chrétiennes , présents à sa cour, et les engagea à vivre en paix sous sa protection : « Suivez mes conseils, leur dit-il avec emphase. Les Allemands eux-mêmes et les Francs s'en sont bien trouvés. » Le tour était heureux, mais Ajnmien, qui ne passe rien à son héros, ne manque pas de nous avertir qu'il n'était pas entièrement original, et que Marc- Aurèle, dans une occurrence semblable, importuné des plaintes des Juifs, avait déjà laissé échapper, avec plus de nature], une exclamation analogue2.
Ce qui rendait la modération de Julien à l'égard des chrétiens plus facile peut-être et moins méritoire, c'est que, pour les frapper, et même assez sévèrement, il
l*édition de Louvain. — Ep. 85, 88, 134. Ordo novus, éd. Migne, 18'i5.
1. Opt. Mil., ii, p. 54. — Tous les détails du schisme des Douatistes à cette époque, épars dans les controverses soutenues contre eux par S. Augustin au siècle suivant, sont fort bien résumés dans un ouvrage récemment publié en Allemagne : Donatus und Auguslinus, de Ribbeck, Elberfeld, 1857, vol. i, p. 118-156.