‹ L'église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 3)Chapitre 203 sur 297 · Soz. — S. Grég. Naz. — Théod., loc. cit · texte numérisé non relu

Soz. — S. Grég. Naz. — Théod., loc. cit

*. Soz. —Théod.— S. Grég. Naz., /oc. «ï.— Soc., ut, 2i; iv, 1.

Julien plus équitable et plus modéré que la loi par laquelle il avait ordonné d'une manière générale, et sans même désigner les édifices chrétiens, de restituer aux villes toutes les possessions qui leur avaient été retirées par Constance. Dans l'application, rien n'était mieux fait pour mettre les partis aux prises et les populations en feu. Ces possessions, on Ta vu, étaient presque toutes devenues des églises, honorées d'un culte assidu, renfermant des tombeaux de martyrs ou des images vénérées, solennellement consacrées parla bénédiction épiscopale et où reposait , à la lueur d'un feu continu , le ciboire de la sainte Eucharistie. Chasser violemment prêtres et fidèles de ces sanctuaires, pour installer avec éclat une idole sur l'autel qui avait porté le corps de Jésus-Christ , c'était blesser au vif tous les sentiments des populations chrétiennes. Pour faire l'opération complète, il fallait encore aller plus loin. Combien de joyaux enlevés aux statues des Dieux étaient maintenant incrustés dans des croix et dans des calices : combien d'étoles, combien de vêtements sacrés, étaient tissus avec les riches dépouilles du culte détruit ! Pour les rendre à leurs anciens possesseurs, il fallait pratiquer un véritable pillage des objets consacrés* C'était toute une restauration qu'il fallait tenter, une sorte de contrerévolution avec toutes les violences que ces réactions entraînent. Il fallait s'attendre que dans une telle entreprise les gouverneurs, souvent brutaux eux-mêmes et emportés, rencontreraient chez les fidèles une rési-

stance énergique et seraient forcés de chercher dans la lie encore païenne des grandes villes de dangereux auxiliaires.

Un des premiers lieux où ces difficultés inhérentes h toute réaction se manifestèrent, fut la petite ville d'Aréthuse en Syrie. Elle avait pour évèque un prélat qui n'était pas sans reproche sous le rapport de la foi, mais qui, admis à la cour de Constantin , avait joué un rôle honorable dans les tragédies de la famille impériale. C'était le vieux Marc, le môme qui avait recueilli dans sa maison, au moment du massacre préparé par Constance , Julien enfant et son frère , et les avait soustraits à leur persécuteur. Fort en faveur auprès de Constance malgré ce trait d'humanité, il avait profité de sa puissance pour obtenir la démolition d'un temple très-anciennement vénéré, qui déshonorait sa métropole, et il officiait maintenant chaque jour dans une riche église bâtie sur les ruines du temple. En application de la loi nouvelle, il reçut le commandement de restituer le terrain et de rebâtir à ses frais l'édifice détruit. Le bas peuple , qui lui gardait rancune de la suppression d'un sanctuaire fort accrédité, se pressa autour de son palais pour accélérer par la force l'exécution de la mesure. Marc, effrayé, ne crut pouvoir ni céder à ce qu'on lui demandait, ni faire tète à l'orage , et se retira. Il était déjà à quelques lieues de la ville, lorsqu'il apprit qu'au défaut de l'évèque on commençait à vouloir exercer les reprises sur les chrétiens de

distinction du diocèse. Jugeant alors de son devoir de protéger ses coreligionnaires , il revint sur ses pas et rentra dans la ville, se livrant lui-même à la fureur de la populace 1 .

Ce courage ne fit qu'irriter ses adversaires. On se saisit de sa personne, on le traîna par les rues, en le tirant tantôt par les pieds, tantôt par les cheveux, et en l'abreuvant d'outrages. On le jetait dans les égouts, d'où on le retirait tout meurtri et tout souillé. Des jeunes gens le prenaient par les bras et par les jambes, et se jetaient son corps les uns aux autres comme une balle de jeu. Des femmes de distinction, des magistrats même» ne craignirent pas de se mêler à ce divertissement hideux, laissant éclater ce jour-là des sentiments longtemps contenus, ou suivant à l'aveugle le vent de persécution qui s'élevait. Quand l'horrible promenade fut terminée, on enduisit le corps du vieillard d'une couche de miel, et on le suspendit dans un filet, exposé à toutes les piqûres des mouchés et des guêpes.

Tant d'injures ne vinrent à bout ni de lui arracher son faible souffle de vie, ni de faire plier son âme courageuse. Il ne mourut pas et ne céda pas. On ne surprit sur son visage ni impatience, ni terreur. « Je suis heureux, disait-il, d'être élevé de quelques degrés vers le ciel, tandis que vous autres vous rampez sur la terre.» Ses persécuteurs voulaient le faire fléchir, mais n'osaient

i. S. Grég. Nai., Or. iv, 88, 89. — Soi., v, 10. — Théod., m, 7.

le faire mourir. Ils lui offrirent donc à plusieurs reprises de le délivrer, moyennant le paiement de la somme a laquelle on avait évalué le temple détruit, et, comme il sa refusait obstinément à cette condition, à chaque proposition nouvelle on diminuait la somme demandée, et on finit par mettre sa libération à un prix si bas que tous les chrétiens de la ville offraient de payer pour lui. Mais l'évêque fut inébranlable, répétant toujours que les lois de l'Église l'empêchaient de concourir, même par le plus léger tribut, au rétablissement de l'idolâtrie. En6n le jour se termina, et les bourreaux, lassés plutôt que vaincus , mais n'osant pas enfreindre les ordres de l'empereur en allant jusqu'à enlever la vie à leur victime, lui accordèrent la liberté sans condition1. On ajoute que l'eflet de ce triste spectacle fut tel que beaucoup de gens vinrent demander pardon à Marc, écoutèrent ses instructions, et se convertirent à la religion persécutée.

Des scènes de désordre analogues, et provoquées par les mêmes motifs, se reproduisirent à Damas, où des Juifs mirent le feu à deux grandes basiliques chrétiennes2 ; à Béryte, où le magistrat de la ville lui-même, le comte Magnus, procéda à l'incendie de l'église ; à Émèse, où la foule vint placer en grande pompe la statue de Bacchus sur l'autel, puis détruisit et jeta au vent les restes de tous les martyrs qui étaient ensevelis sous

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