‹ L'église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 3)Chapitre 207 sur 297 · Liban., Ep. 669, p · texte numérisé non relu

Liban., Ep. 669, p

la fuite de son frère, la dispersion de toute sa famille, ses champs ravagés, tous ses meubles brisés, et je ne pense pas en vérité qu'aucune de ces choses ait lieu par ordre de l'empereur. L'empereur a bien dit que ceux qui avaient en leur possession des choses sacrées devaient les rendre ; mais ceux qui n'en possèdent pas ne doivent être ni maltraités ni outragés... Il est clair que les gens qui font toutes ces violences, sous prétexte de prendre en main la cause des Dieux, n'ont que le désir de s'approprier les biens d'autrui *. » Et quelques jours après, n'ayant pas réussi dans sa première intervention, il revenait encore à la charge: « C'est la troisième fois, disait-il au même magistrat, que je vous écris pour Orion. S'il pense autrement que nous au sujet des Dieux, c'est une erreur qui ne nuit qu'à lui-même, mais ce n'est point pour ses amis une raison de lui faire la guerre... Ceux qui le persécutent, lui et ses proches, et le livrent en proie au premier venu qui veut l'insulter, s'imaginent qu'ea faisant cela ils plairont aux Dieux, mais ils s'éloignent entièrement du véritable culte que les Dieux désirent... Mais vous qui êtes passé de la chaire du professeur à la dignité du juge, c'est à vous qu'il convient ou de leur persuader de meilleures choses, ou de les contenir par la force. Si Orion détient quelque somme venant d'une origine sacrée, et peut la restituer, qu'on le frappe» j'y consens, qu'on le transperce, qu'on lui Casse subir

i. Liban., Ep. 673. B. 321

le sort de Marsyas. H est digne d'un pareil châtiment si, pouvant se faire délivrer en rendant ce qu'il doit, il se laisse vaincre par l'amour des richesses, et supporte tous ces maux pour garder son or. Mais, s'il est pauvre comme Irus, s'il va se coucher souvent sans souper, je ne vois pas quel profit nous trouverons à lui infliger des tourments qui ne feront que lui valoir une bonne renommée parmi nos ennemis. S'il venait à mourir dans les fers, songez, je vous prie, à ce qui en résulterait, et prenez garde que vous ne soyez en train de nous forger plus d'un Marc d'Aréthuse. Vous savez ce qui est arrivé à ce Marc. Il a été suspendu en l'air, frappé de verges, tiré par la barbe : et comme il a tout supporté avec courage, on l'honore maintenant à l'égal d'un Dieu, et partout où il paraît, on fait un véritable siège autour de lui... Prenez cet exemple pour votre règle; qu'Orion sorte de vos mains vivant comme Marc, mais non pas admiré comme lui. Il dit qu'il n'a rien dérobé. Supposez qu'il mente. S'il a tout perdu, pensez-vous trouver une mine d'or dans sa peau? Je vous en conjure, vous qui êtes son ami en même temps que son juge, ne faites rien qui ne soit généreux, et s'il faut qu'il soit châtié, au moins qu'il n'ait point de blessure à montrer pour se faire porter en triomphe'. »

Le préfet d'Orient , Salluste Second, qu'il ne faut pas confondre avec le magistrat du même nom qui gouvernait

i. Liban., Ep. 731, p. 849-351.

crf Gaule, mais qui était, comme son homonyme, d'un esprit éclairé et doux, quoique païen, écrivait à Julien à peu près dans le même sens : « Nous devons rougir, disait-il en rendant compte des violences exercées contre Marc d' Aréthuse, de nous trouver si inférieurs aux chrétiens, qu'à nous tous nous n'ayons pu vaincre la résistance d'un vieillard, même en le faisant passer par tous les tourments. Il n'eût pas été bien glorieux d'en venir à bout : mais c'est le dernier degré de la honte d'avoir

dû se retirer en s'avouant vaincu1. » On ne sait ce que Julien lui répondit : il était de ceux qui n'aiment point à entendre la vérité qui les blesse, et se plaisent à ne pas y ajouter foi, disposition que le souverain pouvoir favorise singulièrement. D'autres gouverneurs d'ailleurs, complices des violences au moins par leurs faiblesses, ne lui tenaient pas un langage aussi sincère, et faisaient mieux leur cour en laissant les crimes du parti vainqueur inconnus et impunis. Il ne crut pas, ou ne voulut pas croire 5 l'excès du mal; et à ceux qui osaient timidement l'en entretenir, il se bornait à répondre d'un ton de raillerie incrédule : « Eh bien, qu'importe! ces Galiléens doivent se réjouir: la loi de l'Évangile ne leur ordonne-t-elle pas de souffrir les maux que Dieu leur envoie? »

Ce qui l'autorisait à ses propres yeux à rester dans son inaction , c'était que, dans plusieurs endroits, les chrétiens eux-mêmes pouvaient, au récit de témoins

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