I. Opt. MiL, il, p. 54; Yi, p
rencontrait quelque résistance, il bannit Éleuze avec une partie du clergé de la métropole, sous prétexte que l'évêquc poussait le peuple à l'insurrection par une propagande trop active et se taisait soutenir dans sa rébellion par les monnayeurs et les drapiers, les deux plus puissantes corporations commerçantes de la ville !.
D'autres fois, enfin, l'indignation de voir Terreur reprenant possession du sol conquis par la vérité emportait le zèle des chrétiens au delà des bornes prescrites par la légalité stricte et par la prudence ordinaire des règles ecclésiastiques. Dans la ville de Dorostole, en Thrace, la première fois que les pompes païennes, tombées en désuétude pendant des années, vinrent frapper les yeux du peuple, un jeune soldat chrétien, du nom /TÉmilien, ne put contenir sa douleur. Pendant la nuit qui suivit, il pénétra dans le temple, renversa l'autel, brisa les statues et jeta au vent les entrailles de la victime et les libations. Àu point du jour, le désordre devint manifeste, et le vicaire Capitolin, animé de tout le zèle que la servilité peut donner, commença activement des recherches pour trouver le coupable. Plusieurs arrestations étaient déjà faites lorsque Émilien vint lui-môme se livrer aux mains des bourreaux. Le délit était évident, et le procès ne fut pas long. Sur un ordre de Capitolin, Émilien, d'abord frappé sans pitié, pendant une journée, de coups de nerfs de bœuf, fut jeté tout meurtri dans une fournaise. Sa jeunesse, son courage, la noblesse de
i. Soc, h, 38; m, il. — Soi., y, 15.
ses aveux, l'horreur de son supplice, tout concourut à en faire aussitôt le héros de toutes les imaginations chrétiennes. Sa faute, si c'en était une, disparut devant la générosité de ses motifs et Vénormilé de son châtiment. Les magistrats de Julien n'avaient vu que la loi violée ; les peuples ne virent que la foi vengée1.
Des scènes et des cruautés semblables eurent lieu à Mère en Phrygie, où trois chrétiens, accusés d'avoir brisé des idoles, furent condamnés à périr par le supplice du gril. Ils supportèrent jusqu'au bout cette horrible torture, excitant eux-mêmes les bourreaux, quand Teflet du feu avait été suffisant d'un côté, à les retourner sur l'autre face. De telles violences, racontées de proche en proche, répandaient une grande excitation, que venaient accroître encore la confiance insolente et les propos outrageants des païens. Au foyer des familles chrétiennes, on se racontait les évêques meurtris, les fidèles livrés aux bourreaux : les cœurs s'attendrissaient, les têtes s'échauffaient, et, avant que la persécution fût résolue dans l'esprit de Julien, chacun se préparait à la braver. Ceux-là mêmes qui avaient été suspects de quelques faiblesses sous le règne de Constance , tenaient à honneur de montrer que leur complaisance avait ses limites. Un jour que Julien sacri-
i. S. Jér., Chron. — Chron. Alex., p. 690. — Théoph., Chronogr., éd. Bonn., 1889, p. 79. L'Église a mis Émilien au nombre des saints confesseurs, bien qu'eu général l'acte de briser les idoles n'ait pas été approuvé par elle : mais la disproportion d'un si affreux supplice et d'un si léger tort fait de saint Émilien un véritable martyr.
fiait en grande pompe au temple de la Fortune, il s'éleva de la foule une voix qui l'interpellait en joignant à son nom les mots d'impie, d'athée et d'apostat. C'était celle de l'évêque de Chalcédoine, le vieux Maris, un des persécuteurs d'Àthanase, rendu au sentiment de ses devoirs par l'âge et les infirmités. Tout aveugle qu'il était, il s'était fait conduire par la main jusqu'au temple, pour maudire l'idolâtrie renaissante. Julien, sans se déconcerter, lui demanda d'un ton railleur s'il comptait sur son Dieu le Galiléen pour lui rendre la vue. «c Je bénis Dieu d'être aveugle, dit le vieillard, pour ne pas voir un homme entraîné comme vous par le démon de l'impiété. » Julien eut assez d'empire sur lui-même pour ne rien répliquer et laisser Maris s'éloigner en paix *.
Mais il fut moins patient quand il apprit que l'esprit de résistance s'étendait des particuliers aux villes entières. La capitale de la Cappadoce , Césarée , eut le courage de s'opposer résolùment aux volontés impériales. Elle avait autrefois possédé trois temples dédiés à Jupiter, à Apollon et à la Fortune; les deux premiers avaient péri sous Constance; celui de la Fortune seul subsistait, et c'était la déesse préférée de Julien, qui aimait à se croire son favori. La curie de Césarée, presque entièrement chrétienne, choisit le moment de l'avènement de Julien pour déclarer qu'on procéderait à la démolition du temple de la Fortune, et la
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sentence ( qui était rigoureusement dans les droits de la ville, puisque les municipalités romaines étaient propriétaires des possessions communales) fyt exécutée sans Délai. Quand la nouvelle de ce fait parvint à Julien il entra dans une violente colère. Supporter les chrétiens se pouvait encore ; respecter leurs usurpations, à la rigueur cela était tolérable; mais les laisser sous ses yeux insulter ses Dieux chéris, c'était plus que sa ' conscience et son orgueil ne permettaient. Puis une chose le chagrinait particulièrement. Tandis qu'ailleurs, dans des circonstances semblables, les chrétiens n'opposaient que trop de résistance, à Césarée les païens, se sentant les plus faibles, s'étaient cachés, et on n'avait pas entendu parler d'eux. Il éclata en reproches amers: « Où étaient ces lâches, s'écriait-il, et que ne venaientils mourir pour la défense de leurs Dieux? Quant aux Galiléens, ajoutait-il tout en fureur, s'ils ne se hâtent de rétablir ce qu'ils ont détruit, ils perdront tous la vie, et la ville entière sera livrée aux flammes. » La réflexion modéra un peu cette rigueur. On se borna à faire dresser un cadastre exact des terres et des biens de tout genre qui appartenaient aux églises , et à leur imposer une taxe de trois cents livres d'or. Tous les ecclésiastiques furent incorporés dans l'armée et enrôlés dans des régiments de police dont le service passait pour particulièrement humiliant,' et tous les chrétiens laïques se virent astreints à la capitation personnelle qui, d'ordinaire, ne frappait que les habitants des campagnes. Il
n'y eut de condamnés à mort que ceux qui avaient mis la main à la destruction du temple 9 et, entre autres, un jeune patricien, du nom d'Eupsyque, qui prit rang parmi les martyrs dans la mémoire des fidèles f.
Ce qui excitait principalement l'irritation de Julien contre l'insolence des habitante de la Cappadoce, c'est qu'il y dut reconnaître l'effet des prédications de deux enfants de cette province, dont la réputation naissante lui causait une secrète impatience. C'étaient ses anciens camarades, Basile et Grégoire, issus tous deux de Cappadoce, l'un de Césarée même , l'autre de la petite ville de Nazianze , <jui n'en était pas éloignée.
Sept années s'étaient écoulées depuis que les trois jeunes gens avaient mis, comme on Ta vu, en commun, pendant un jour, sous le ciel d'Athènes, leurs peusées et leurs études5; sept années fécondes qui avaient fait du royal exilé d'alors le maître du monde, mais qui n'avaient pas été perdues non plus pour ses deux compagnons. Pour eux, ce n'était pas sur les champs de bataille, mais sous l'œil de Dieu et au fond du désert, dans un combat acharné contre les révoltes de la chair et de la naturé, que leur âme et leur génie s'étaient mûris. Julien les retrouvait, après ce temps écoulé, en face de lui, au premier rang de la milice de ses ennemis, prêts à lui résister sur tous les terrains, aussi bien devant le tribunal du magistrat persécuteur que