‹ L'église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 3)Chapitre 217 sur 297 · I. Carm., p · texte numérisé non relu

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moitié» et qu'il se reprocha toujours ne trouvait point grâcedevant la scrupuleuse et exigeante amitié «le Basile. Ne pouvant lui en faire un crime, car il ne violait aucun devoir positif, ce pieux ami essayait tour à tour de l'attirer par de séduisantes descriptions, ou de le piquer par d'innocentes plaisanteries. Un jour il lui décrivait le calme de la solitude dans un langage qui semblait tout pénétré des parfums de la montagne : « De même, lui disait-il, que les bêles féroces deviennent faciles à dompter dès qu'on a pu les assouvir, ainsi les passions, les colères, les craintes, les douleurs, tous ces maux ennemis de l'àme, endormis par la paix du désert et éloignés de l'excitation continue qui les irrite, deviennent plus souples sous le commandement de la raison. Donnez-moi donc un lieu comme celui-ci, éloigné du Commerce des hommes, où aucune distraction du dehors ne vienne interrompre la continuité des pieux exercices. L'exercice sacré nourrit l'âme des pensées divines. Quelle vie plus heureuse que d'imiter sur la terre les concerts des anges, de s'élancer vers la prière dès le point du jour, d'élever vers le Créateur ses chants et ses hymnes ! Ensuite, quand le soleil s'est levé avec plus d'éclat, de se mettre à l'ouvrage, toujours en compagnie de la prière, et d'assaisonner le travail du chant des cantiques cômme d'un sel qui ranime * ! » D'autres fois, pour parler plus vivement à la poétique imagination de son

*• S. Grég. Nas., Or. xuu, t5.

*• S. lias.. JE», u.

ami, c'est le lieu même avec les divers accidents du terrain qu'il lui dépeint au moyen de souvenirs empruntés d'Homère : « Dieu m'a fait trouver ici, lui dit-il, ce que nous avons tant de fois rêvé ensemble. Ma montagne est élevée, couverte d'un bois épais et, du côté du nord, arrosée d'une eau limpide. Au pied s'étend une vaste plaine, fécondée par les sources de la colline. Une forêt qu'aucune main n'a plantée l'environne de toutes sortes d'essences d'arbres, comme de remparts, mais lui laisse encore une telle étendue qu'en comparaison l'île de Calypso, la plus belle des contrées, au dire d'Homère, ne serait qu'un petit territoire. Il s'en faut peu que ce ne soit une tle, tant elle est séparée du reste du monde. Ce lieu se partage en deux vallées profondes : d'un côté le fleuve qui se précipite de la crête du mont et forme par son cours une barrière continue et difficile à franchir; de l'autre, une large croupe de montagnes qui communique à la vallée par quelques chemins tortueux qui ferment tout passage. Il n'y a qu'une seule entrée, dont nous sommes les maîtres. Ma demeure est bâtie sur la pointe la plus avancée d'un autre sommet, de sorte que la vallée se découvre et s'étend sous mes yeux, et que je puis regarder d'en haut le cours du fleuve, plus agréable pour moi que le Strymon ne Test aux habitants d'Amphipolis. Les eaux tranquilles et dormantes du Strymon méritent à peine le nom de fleuve; mais le mien, le plus rapide fleuve que je connaisse, se heurte contre une roche voisine et.

repoussé par elle, retombe en un torrent qui me donne à la fois le plus ravissant spectacle et la plus abondante nourriture, car il a dans ses eaux un nombre prodigieux de poissons. Parlerai-je des douces vapeurs de la terre et de la fraîcheur qui s'exhale du -fleuve? Un autre admirerait la variété des fleurs et le chant des oiseaux; mais je n'ai pas le loisir d'y faire attention. Ce qu'il y a de mieux à dire de ce lieu, c'est qu'avec l'abondance de toutes choses, il me donne le plus doux des biens pour moi, la tranquillité. Non-seulement il est affranchi du bruit des villes, mais il ne reçoit pas même de voyageurs, excepté parfois quelques chasseurs qui viennent se mêler à nous; car nous avons aussi des bétes fauves, non pas les ours et les loups de vos montagnes, mais des troupeaux de cerfs et de chèvres sauvages, des lièvres et d'autres animaux semblables. Penses-tu donc que j'irai m'exposer à changer un tel lieu pour ta villa de Tibérine, qui est l'égout de la terre? Pardonne-moi de ne pas sortir d'ici. Alcméon lui-même s'arrêta qnand il eut rencontré les iles Échinades '. »

Grégoire ne s'avouait pas vaincu, et répondait sur le même ton de plaisanterie, « raillant le climat du Pont, toujours enveloppé de brouillards -, les roches de la montagne, toujours prêtes à tomber sur la tête de leurs habitants ; les cavernes de rats où demeuraient Basile et ses amis, et qu'ils décoraient des noms de gymnase,

1 • S. Bas., Ep. xiv. J'ai emprunté encore ici, en grande partie, l'excellente traduction de M. Villemain.

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de monastère et d'école; les longs hivers, les nuits interminables, les courtes journées de ces vallées profondes1. » Au fond, il portait envie à son ami, et son cœur le suivait dans la retraite. Dès qu'il put obtenir de son père quelques mois de relâche, il se hâta d'aller les passer auprès de Basile. Là, tout en se plaignant encore avec bonne grAce de la mauvaise chère qu'on lui faisait faire « du pain dur et des potages sans jus, » du mauvais abri qu'on lui offrait, tout en priant parfois Emmélie, « celte nourrice des pauvres, de venir mettre ordre au ménage de son fils2, » Grégoire ne pouvait se lasser d'admirer la sagesse paisible qui présidait à toulc la petite armée de Basile, cet heureux mélange des Iravaux du corps et de l'esprit, et toutes les jouissances de l'intelligence et de la foi, réunies dans celle oasis de paix. « Parlons sérieusement maintenant, écrivait-il un peu plus tard. Qui me rendra ces jours passés auprès de toi, dans lesquels, mon cher Basile, loute affliction se changeait en délices?... Qui me rendra ces psalmodies et ces veilles, ces ascensions vers le ciel par la prière, celte vie affranchie du corps, celte concorde, cette union des âmes qui s'élevaient à Dieu sous ta conduite; celte émulation, celle ardeur de vertu contenue et affermie par nos règles et nos lois écrites; celte étude de la divine parole et la lumière qui en jaillissait pour nous sons l'inspiration de l'Esprit saint? Dirai-je aussi,

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