‹ L'église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 3)Chapitre 218 sur 297 · S. Grég. Naz., Ep. iv · texte numérisé non relu

S. Grég. Naz., Ep. iv

a. Ibid., Ep. t.

pour descendre à de moindres détails, ces travaux si bien partagés qui remplissaient nos journées, comment tour à tour nous fendions le bois, nous taillions la pierre, nous plantions les arbres, nous arrosions les plaines? Je n'oublierai surtout pas ce platane plus précieux que le platane d'or de Xercès, et auprès duquel venait s'asseoir, non point un roi dans tout le luxe du rang suprême, mais un moine pleurant ses péchés. Je le plantai, Apollon l'arrosa (c'est toi que je veux dire, ô mon précieux ami). Dieu Ta fait croître pour notre honneur, comme un monument de nos travaux assidus, de même que Ton conservait dans l'arche celte verge qui avait fleuri sous la main d'Aaron1. »

Mais ces jours heureux, où la solitude était adoucie par l'amilié dont elle resserrait les nœuds, devaient être brusquement interrompus. Grégoire fut rappelé auprès de son père plus tôt qu'il n'avait compté ; son absence avait été fatale au vieillard. On était dans les jours d'orage de l'Église, quand les émissaires de Constance parcouraient tous les diocèses pour extorquer des adhésions à la formule équivoque de Ri mini. Privé des lumières et de l'appui de son fils , le faible évèque, peu versé dans les subtilités théologiques et mal armé pour la lutte, entraîné d'ailleurs par l'exemple de Dianée, le métropolitain de la province, se laissa arracher sa signature. Le scandale fut très-grand dans la

i. S. Grég. Nai., Ep. yi.

partie la plus zélée de son Église f qui se sépara vivement de sa communion. Grégoire trouva donc le désordre au comble dans la petite ville de Nazianze* et la vieillesse de son père éperdue et désolée. Basile, de son côté, était contraint de sortir de la retraite pour donner à la milice qu'il commandait le signal de la résistance contre la défection de Dianée. L'un et l'autre cependant ne s'engagèrent dans la lutte contre l'hérésie qu'avec une extrême réserve : Grégoire, contenu par sa tendresse filiale et aimant mieux se compromettre lui-même que de livrer son père au mépris des fidèles; Basile, profondément dégoûté de.ces querelles, «l'âme navrée de voir qu'il n'y avait plus de roi en Israël, et que l'Église ne sût point obéir à un chef, tandis que l'essaim des abeilles savait bien reconnaître et suivre sa reine, » on aurait dit qu'un pressentiment lui faisait entendre les approches d'un péril nouveau qui grondait sous le sol déchiré du sanctuaire*.

i. S. Grég. Naz., Or. xviii, 18. — Vie de S. Grégoire, par un prêtre du même nom dans les œuvres du saint, 1. 1, p. 135. Il est à remarquer que saint Grégoire, dans l'oraison funèbre de son père, parle de lui-même comme s'il avait partagé la faute paternelle, bien que tous les témoignages contemporains attestent, au contraire, qu'il est resté fidèle à la vraie foi. En ce <jui touche S. Basile, il est certain que sa conduite dans le premier combat qu'il fut appelé à soutenir contre les Ariens, ne fut point aussi nette et aussi éclatante qu'elle le fut plus tard, quand U eut, par exemple, comme évèque, à résister à Valens. Pour expliquer cette faiblesse apparente, U faut se rappeler les efforts faits alors par S. Hilaire, et approuvés par S. Athanase, pour rallier à la* foi de Nicée tous les semi- Ariens dont Basile d'Ancyre était le

Quand ce péril se manifesta enfla au grand jour, les deux amis, pleins des souvenirs de leur jeunesse, furent les premiers à le reconnaître. Ils avaient lu dans l'àme de Julien, et savaient quelle flamme de haine couvait sous sa modération apparente. Invités à se rendre à sa cour avec tous les écrivains de quelque mérite, ils n'y voulurent point paraître. Nous avons la lettre d'invitation que reçut Basile; s il y eut une réponse, nous ne l'avons pas conservée. Mais ils avaient un représentant au palais, dans la personne du frère de Grégoire, le médecin Césaire. C'était un beau jeune homme, de grande taille, #d'une élocution brillante, qui avait étudié à Alexandrie et qui était arrivé, par de consciencieux travaux, à la perfection de son art. 0:i rappréciaitforlàConstantinople;ilyavaitopérédescures presque miraculeuses, et sa bonne grâce, la discrétion, l'agrément de son commerce, faisaient de lui le confident de toutes les grandes familles, tandis que son désintéressement le mettait en très-bonne odeur parmi les pauvres. Sa porte était ouverte à toute heure, et il ne refusait jamais à personne ni un conseil, ni un secoure La ville l'avait pris en telle passion , que ce fut le sénat

cher principal. Or il est certain que S. Basilo deCésarée accompagna nn instant son homonyme à Conslantinople. Ce fait suffit pour expliquer et l'extrême modération avec laquelle S. Basile s'exprime dans sa lettre sur la défection de Dianée, et la timidité qu'Eunome et Philostorge crurent plus tard pouvoir relever dans cette première phase de sa vie. Conf. S. Bas., Ep. li. S.,Grég. Nyss., in Eunom., liv. i, éd. Paris, 1636, p. 301, 30*. Philost., iv, Ift.

lui-même qui supplia l'empereur Constance de l'attacher à sa personne, en qualité de médecin. Constance y consentit volontiers, et lui offrit même, en outre, la dignité de sénateur pour faciliter son mariage avec une fille noble dont la main lui était offerte. Mais la modestie de Césaire se refusa aux honnetiES et à l'alliance; et peut-être les conseils venus de Cappadoce ne furent -ils pas tout à fait étrangers à cet acte d'humilité \

C'était, en effet, pour la conscience timorée deGrégoire, un grand sujet d'inquiétude que de sentirson frère exposé sur le théâtre brillant de toutes les cupidités et de toutes lesambilions humaines. « Il vaudrait bien mieux, lui écrivait-il incessammenl, être le dernier dans la maison de Dieu, que le pFemier comme vous êtes dans la maison de l'empereur. » Puis il se rassurait, pensant qu'après tout la retraite n'était pas faite pour tous les hommes, et qu'on pouvait se comporter a sur la scène du monde comms un acteur qui joue son rôle, en gardant son âme unie avec Dieu 2. » Mais lorsqu'à l'empereur hérétique et fastueux , dont le contact n'était déjà pas sans danger, eut succédé un séducteur couronné, dont la vertu même était un piège , l'angoisse fraternelle de Grégoire fut au comble. Il avait compté que lindigria-

!. Jul., Ep. xii, p. 381. Cette lettre est la seule pièce authentique de toute la correspondance supposée entre Julien et S. Baille, qu'on peut trouver parmi les lettres du saint (xl et suivantes) et que tous les éditeurs sont unanimes à repousser.— S. Grég. Naz., Or. vu, 6-9; Carm., p. 641,1113.

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