‹ L'église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 3)Chapitre 219 sur 297 · S. Grég. Naz., Or. vu · texte numérisé non relu

S. Grég. Naz., Or. vu

tion causée à tout chrétien par l'apostasie suffirait pour déterminer Césaire à briser d'odieux liens : mais le jeune médecin n'eut pas ce courage. L'abord de Julien était si gracieux, ses professions d'équité et de douceur, au début de son règne, paraissaient si sincères, qu'il ne vit pas de motif pour se retirer. Grégoire, tout scandalisé, lui écrivait lettres sur lettres, lui représentant que c'était une douleur universelle de voir le fils d'un évêque engagé au service d'un apostat, que c'était le sujet des conversations de toute la ville de Nazianze, et une occasion de triomphe pour tous leurs ennemis, qui n'avaient pas besoin de ce nouveau motif pour accuser très-haut leur vieux père de faiblesse. « Quant à notre mère, disait-il , nous lui cachons ta résolution par toutes sortes d'artifices, car, si elle venait à l'apprendre, tu sais comment sont les femmes, elles ne savent point garder la mesure dans leur douleur... Mais voici ce que je t'annonce, ajoutait-il : si tu restes là où tu es, de deux choses l'une : ou tu demeureras chrétien sincère, et tu seras rangé alors dans une classe qu'on méprise , et tu mèneras une vie indigne de toi et de tes espérances ; ou bien tu rechercheras les honneurs à tout prix , et tu oublieras alors la seule chose importante, et, si tu échappes à la flamme, tu sentiras au moins la fumée *. »

L'événement donna raison à la perspicacité de Grégoire. Julien ne gardait auprès de lui les officiers chré-

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tiens que pour se donner le mérite de les convertir par ses argumentations , et les faveurs dont il disposait venaient en aide fort à propos à sa logique. Césaire, l'ami de Basile et le frère de Grégoire, eût été pour lui une conquête sans prix. Il n'osa pourtant pas l'entreprendre sur-le-champ. Ce ne fut qu'au bout de quelques mois, lorsque de nombreuses défections lui eurent donné confiance en lui-même, et lorsque l'irritation croissante des partis commençait à rendre la vie commune entre chrétiens et païens intolérable, qu'il se décida à porter une attaque directe au savant médecin. Il lui proposa une conférence en règle, à laquelle il se prépara lui-même avec le plus grand soin , comme si, derrière Césaire, il apercevait Grégoire et Basile eux-mêmes. Puis, pendant plusieurs heures, en présence de sa cour assemblée, il déploya tout ce que la nature avait mis en lui de ressources d'esprit et de grâce de langage. Ironie piquante, sophismes spécieux, allusions heureuses, le brillant en- * fant de la Grèce mit ce jour-là tout en œuvre et se surpassa lui-même. Mais Césaire avait étudié h la même école, et délia d'une main aisée les nœuds dont on voulait l'enlacer. Il eut réponse à tout, échappa à tous les pièges, déjoua toutes les insinuations, résolut tous les sophismes, et soutenant enfin, sans baisser les yeux, le courroux du regard impérial : « En un mot, dit-il, je suis chrétien et je veux l'être. » Julien , reconnaissant alors, dans l'élan de l'âme comme dans les traits du visage, une ressemblance qu'il ne pouvait oublier;

« 0 l'heureux père, dit-il, quîade si malheureux enfants ! » La lutte avait passé les bornes permises à on courtisan : Césaire sollicita et obtint la permission de quitter la cour1.

Il laissait dans l'âme de Julien un trait envenimé ; une bataille perdue, une sédition populaire ou une insurrection de soldats lui eussent causé un dépit moins cuisant qu'un échec dans la joute oratoire. Il en éprouvait, moins encore pour lui-même que pour l'honneur de ses Dieux, une cruelle humiliation. Les chrétiens avaient déjà pour eux la vertu ; comment aurait pu le méconnaiire le malheureux souverain dont les nuits étaient troublées par les orgies des prêtresses et les jours obsédés par les imporlunités des sophistes mendiants? Ils avaient aussi le courage : quelle audace à soutenir, quelle insolence même a provoquer la persécution! S'ils allaient avoir, en outre, la science, la dialectique, Téloquence, que restait-il aux Dieux vaincus? Mai> toutes ces belles connaissances, c'était la propriété de .la Grèce et de ses Dieux : la poésie découlait des source* d'Homère ; la logique était un instrument aiguisé par Arislote ; c était Platon qui avait donné à la métaphysique des ailes pour traverser l'infini de l'espace et monter vers le ciel. Était-il juste, pensait Julien avec amertume, de laisser ainsi des profanes dérober les bien? du sanctuaire? Les adorateurs du charpentier, le*

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