Amm. Marc, xxu
veslîssemenls tour à tour grecs, orientaux et romains, avec ses statues chargées de mamelles et ses prêtres mutilés, venait immédiatement après Apollon Mithra dans la dévotion d'un philosophe alexandrin. Julien rappelait d'ailleurs gravement à ses courtisans que c'élaitla sibylle de Cumes elle-même qui, au plus fort de la guerre punique, avait conseillé à la république en péril de faire venir la statue de Cybèle de Pessinonte à Rome. Ce serait conscience que de passer si près d'une si grande divinité sans l'adorer. 11 vint donc au pied des autels de la déesse, y pria dévotement, mais ne fut point content, à ce qu'il semble, de la piété ni des habitants, ni de sa cour. Les cérémonies un peu grotesques du temple, la condition humiliante de ses prêtres, la complication singulière de leur régime, l'histoire même des aventures de la Déesse, prêtaient à rire aux courtisans. Ils plaisantaient sur cette habitante du ciel, patronne des vertus, si sévère sur la chasteté , qu'elle ne voulait se laisser toucher que par des vierges, mais qui s'était pourtant vengée, avec une jalousie sanguinaire , de l'infidélité de son amant. Us ne trouvaient pas moins ridicules les prescriptions d'abstinence qui permettaient aux prêtres de manger les légumes et les fruits , lorsqu'ils s'élevaient à une certaine hauteur, mais leur défendaient l'usage des racines et de tout ce qui touchait directement la terre. Julien, très-scandalisé de ces façons irrévérencieuses, entreprit de venger sa déesse à sa manière*.
i. Amm. Marc., xm, 9. — Jul., Or. 5, p. 825-3Î9; Eput., xlix,
Il passa la nuit à rédiger un petit traité dogmatique sur le sens métaphysique de la fable des amours d'Atys et de Cybèle. Il convient lui-même que tout ici fut emprunté à son imagination. Il n'avait môme pas lu ce que Porphyre avait écrit sur ce sujet, et volait, pour la première fois, de ses propres ailes, dans les espaces de la métaphysique. Atys, suivant lui, est l'image d'une des divinités placées a un rang moyen dans la chaîne des êtres, et dont la tâche principale est de communiquer à la matière le principe fécondant. Mais lorsqu'il descend trop bas sur cette pente et se laisse entraîner vers des régions trop inférieures , la Bonne Déesse , qui le domine et doit rester en communication avec lui , arrête son essor. Tel est le sens de sa jalousie et de sa vengeance. La mutilation d'Atys, c'est la limitation de l'infini en communication avec le fini. Quant aux règles de la nourriture des prêtres, elles signifient que l'homme peut se nourrir de ce qui part de la terre pour s'élever vers le ciel, mais non de ce qui y rampe et s'y attache*, a 0 mère des Dieux et des hommes, s'écrie le pieux philosophe, assise auprès de Jupiter sur le même trône! 0 source de tous les Dieux intelligibles! 0 toi, si étroitement unie aux essences les plus pures de toutes choses! qui concentres en toi-même toute la force créatrice, pour la communiquer à tout ce qui est inlelli-
p. 431. On voit dans cette lettre, écrite plus tard, que Julien n'avait pas gardé un bon souvenir de la dévotiou des habitants de Pessinonte.
i. Jul., Or. 5, p. 302-311 et soiv.; 328, 329.
gence; déesse féconde , prudence, conseil, inspiration de nos âmes! 0 toi qui fus éprise du grand Bacchus, qui sauvas Atys abandonné et sus le tirer ensuite de la caverne où il tomba... donne à tous les hommes le bonheur dont le principe est la connaissance de Dieu ! Fais ce bien à la république des Romains, d'effacer d'elle la tache de l'impiété ! Et permets ensuite qu'une Fortune bienveillante préside à son gouvernement pendant des milliers d'années! Pour moi, je te demande, comme récompense de ma fidélité à t'honorer, la connaissance de la vérité dans les choses divines, la perfection dans le service des Dieux , et dans toute œuvre ou politique ou militaire, la vertu avec le bonheur, une mort douce, glorieuse , avec l'heureux espoir de partir pour te rejoindre \ » La déesse fut touchée, dit-on, de celte éloquence, car elle rendit un oracle en faveur de Julien.
Satisfait d'avoir ainsi dégagé sa responsabilité de l'impiété générale, Julien se remit en route et arriva à A ncyre, métropole de la Galatie, où les prêtres d'Hécat^ vinrent à sa rencontre, portant la statue de la déesse sur un brancard : pieux empressement qui leur fut payé par de grandes largesses. Il trouva la ville fort agitée, par suite des brusques réactions politiques des dernières années. On apporta à son tribunal des réclamations de toutes sortes : c'étaient des curiales qui voulaient se faire rayer des registres de la municipalité, ou y faire