‹ L'église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 3)Chapitre 229 sur 297 · Soi., /oc. cit. — Actes de saint Basile dAncyre · texte numérisé non relu

Soi., /oc. cit. — Actes de saint Basile dAncyre

un prêlre, sans l'en prévenir d avance et presque sans le consulter. Vainement, tout épouvanté du poids de cette dignité qui devenait si redoutable dans des temps orageux, Grégoire s'était-il débattu et avait-il cherché, après le sacrement reçu , un refuge pour sa faiblesse au fond des solitudes du Pont. Il fallut se soumettre à la volonté divine, et paraître même dans la chaire pour expliquer ses refus et ses scrupules. Là, pour la première fois, se fit entendre au public chrétien cette voix qui remplissait les voûtes de l'Église comme des sons d'une musique harmonieuse. Grégoire prononça, pour expliquer les hésitations de sa conduite, un discours plein de verve, que nous possédons encore tout entier, et qui est resté comme la description accomplie des devoirs du sacerdoce. Son intention était de montrer combien il avait raison de craindre cette tâche; mais il ne réussit qu'à prouver combien il était capable de la remplir \ Insistant sur les périls que faisaient courir aux chrétiens les divisions qui les livraient à la risée de leurs ennemis : « C'est là ce que je crains , s'écriail-il, et non la guerre du dehors, non cet animal funeste qui s'est élevé contre l'Église, cet aide qui vient achever l'œuvre du malin. Qu'il nous menace du feu, du fer, des bûtes féroces! Dût-il devenir plus inhumain que tous ceux que la démence a égarés avant lui , dût-il ajouter de plus rudes supplices à tous ceux qu'on a découverts, il n'importe.

1. S. Grég. Naz., Or. h, passim. — Carm. de vita sua, p. C03.

Contre tout cela j'ai un remède: un chemin m'est ouvert vers la victoire ; je me glorifierai dans le Christ, dans la mort soufferte pour le Christ. Mais, quand il s'agit de la guerre qui sort de mon propre sein , je ne sais plus ce que je deviens, ni vers qui je dois me tourner1.»

Suivant l'exemple des habitants de Nazianze , ceux de Césarée n'hésitèrent pas à imposer à Basile la même contrainte 2. Ils allèrent même plus loin encore. A la mort de Dianée, leur évêque, qui eut lieu presque au moment où Julien quittait Constantinople, comme les suffragants de la province, réunis pour pourvoir à la vacance, tardaient à faire leur choix, le peuple, qui trouvait la circonstance pressante et voulait avoir un maître , désigna brusquement un simple laïque pieux , do nom d'Eusèbe, connu par ses vertus et son courage, mais qui n'était même pas baptisé, et les évêques furent contraints d'accepter et de bénir ce choix s. Fait étrange, et qui prouve jusqu'à quel point l'incorporation de la religion chrétienne dans l'État était devenue intime, les troupes en garnison dans la ville se joignirent à la population pour traîner Eusèbe dans l'église, et l'offrir à la consécration des évêques, malgré lui et malgré eux.

Julien ne se méprit pas sur le sens de cette élection improvisée, dont la nouvelle dut lui arriver, d'après le

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