RuGu.— Sec. — Tli'jod. — S. Athan., loc. cit
effet qu'un manifeste de conciliation destipé à rapprocher les membres encore épars du corps ecclésiastique. Des schismatiques furent admis à prendre part à la discussion en même temps que des orthodoxes; et Athanase, usant habilement de sa connaissance de tous les problèmes comme de tous les idiomes, parlant à chacun sa langue, copte, grecque ou latine, et entrant dans la pensée de tous, sut faire agréer et accueillir la vraie foi, aussi bien qu'en d'autres temps il avait su la défendre. « Le royaume des cieux, disait-il à ses amis trop exclusifs, ne nous appartient pas à nous seuls : plus nous y viendrons bien accompagnés, plus nous y entrerons avec gloire*.» Il fut résolu que ceux-là seulement seraient regardés comme exclus du sacerdoce, qui avaient pris dans chaque diocèse l'initiative d'introduire l'hérésie ; mais que ceux qui avaient élé seulement cnlrainés par l'exemple et la violence dos autres, seraient reçus à la pénitence, pourvu qu'ils reconnussent explicitement la foi de Nicée et adhérassent à la condamnation d'Eudoxe et d'Euzoius. Ces deux ipms avaient été évidemment choisis comme ceux des Ariens les plus extrêmes, et pour comprendre, non sans doute dans une justification, mais dans une indulgence commune, toutes les nuances intermédiaires. Le concile, dans le même esprit, termina plusieurs débats assez vifs qui s'étaient élevés dans le sein même des communions orthodoxes.
1. Butin: Ne sibimet solis puritatis merito cœlorum régna defenderent, sed esse gloriosius si cum pluribus illic merereutur intrare.
L'une de ces discussions , qui n'était pas la moins animée , portail sur la valeur respective des mots grecs et latins, de personne, de substance et ù'hypostase , différend purement verbal que le concile de Nicée déjà avait dédaigné de trancher1. Il y avait aussi des controverses naissantes sur la divinité du Saint-Esprit et sur la nature de la personne humaine du Christ. Tout fut résolu dans un esprit de paix et de charité. Le concile écoutait tout le monde, laissait à chacun la liberté de son langage et de ses opinions sur les questions indifférentes, et priait tous de s'en tenir d'ordinaire aux termes du symbole de Nicée. Toutes ces décisions furent communiquées par des lettres expresses, dont plusieurs subsistent encore, au siège de Rome d'abord, puis aux diverses Églises, et enfln tout particulièrement à celle d'Antioche, par Tin-
termédiairc de deux messagers envoyés à Lucifer, qui y résidait, et auquel le concile croyait, non sans raison, très-nécessaire de recommander la modération s.
1. La difficulté élevée au sujet de Vhypostase, qui devait reparaître à plusieurs époques, venait originairement de la différence des langues que parlaient les deux Églises. Les Grecs se servaient habituellement du mot Vhypostase (vMroaraciç ) pour exprimer ce que les Latins rendent par personne. Mais, par un hasard singulier, ce mot ressemble par sa composition au mot latin de substance (Oico subt araoi; stantia). Il arrivait de là que les Latins , entendant parler de trois hypostases, croyaient qu'il s'agissait de trois substances, et que réciproquement les Grecs entendant parler de l'unité de substance, croyaient que c'était réduire Dieu à une seule hypostase, et par conséquent nier la Trinité.
2. Rufin, i, 26, 18. — Soc., m, 7. — S. Athan., ad Antioch., p. 574 et raiv. — S. Grég. Naz., Or. xxi, 3$, 34. — S. Hil., Fragm., p. 1357. — S. Jér., m Luc.
Sa voix fut entendue, non sans doute qu'elle fût assez puissante pour faire cesser les divisions invétérées de l'Église et fermer d'un seul coup la plaie déjà gangrenée de l'Arianisme. De telles guérisons sont l'œuvre du temps, et ne s'opèrent point par enchantement» sur l'appel d'un homme, ni même par un décret d'assemblée. La pacification d'Alexandrie, d'ailleurs, par sa nature, ne s'adressait pas à l'Arianisme proprement dit, Elle laissait en dehors, en les excluant nommément, ou en les condamnant implicitement, tous les disciples d'Aélius, tous les philosophes raisonneurs et énergiques de la secte. Par cela seul de plus qu'elle était l'œuvre d'Athanase, elle devait être odieuse à tous les prélats politiques et courtisans, auteurs à la foisserviles et arrogants de la formule de Rimini, qui maintenant, déchus de la faveur, cachaient dans une retraite forcée les tortures de la haine et de l'ambition trompées. Enfin même parmi les orthodoxes cette œuvre de conciliation ne fut point acceptée de tout le monde. Lucifer, engagé par la signature de ses envoyés, ne put, il est vrai, se refuser d'y souscrire , mais il se hâta d'en arrêter l'efiet autant qu'il était en lui, en ordonnant un nouvel évêque à Antioche, en opposition avec Mélèce, que le concile avait reçu dans sa communion1. Malgré ces résistances partielles et ces difficultés inhérentes à toute
1. Nous ne comprenons vraiment pas comment quelques écrivains, entre autres l'abbé Rohrbacher, ont pu contester le schisme de Lucifer en présence du texte si positif de S. Augustin. Mp. ISS, § 47.
transaction qui intervient entre des parties passionnées, les efforts d'Alhanase eurent leur récompense. Ce fut dans les rangs de semi-Ariens surtout que leur action fut très-sensible. Tout ce qui n'était pas personnellement compromis, directement engagé d'amour-propre, se hâta do rentrer par la porte qu'on venait d'ouvrir, et c'en fut assez pour exciter chez Julien un très-vif mouvement d'irritation et d'inquiétude. Rien ne pouvait lui causer plus d'impatience que la vue de tout ce gouvernement de l'Église, tenant ses assises en face de lui, dans la seconde ville de l'Orient, sous la présidence d'un homme illustre qui narguait ses menaces et paraissait même ignorer sa présence. Cet usage d'une liberté concédée par lui-môme trompait toutes ses prévisions. Il avait bien voulu laisser les chrétiens libres de se déchirer et de se battre entre eux, mais la liberté de la , paix et de la propagande n'était point entrée dans ses calculs.
On lui écrivait d'ailleurs d'Alexandrie que rien ne résistait à l'ascendant d'Athanase. Il convertissait tout le monde, hommes et femmes, grands et petits, jusqu'à de grandes dames de la société, païenne 1. Des prêtres païens, des magiciens, des sophistes , faisaient tout exprès le voyage d'Antioche pour venir dire à l'empereur qu'avec un si rude adversaire le sort de la religion était plus menacé que du temps de Constance ; et que si on