‹ L'église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 3)Chapitre 239 sur 297 · JqI., Ep. xuu, p. 4S · texte numérisé non relu

JqI., Ep. xuu, p. 4S

que les habitants de Gaza restassent plus passionnément attachés que jamais au culte païen. Humiliés pendant tout le règne de Constance, ils relevaient la tôle depuis que Julien venait en aide aux Dieux vaincus. Ils avaient demandé trés-inslamment que Maiume fût privée des prérogatives dont Constantin l'avait comblée, et réduite comme avant son règne à l'état de ville de second ordre. La demande leur avait été accordée; et, forts de celte marque de sympathie, ils en prenaient avantage pour faire sentira leurs voisins toute leur supériorité. Les chrétiens qui vivaient dans leurs murailles étaient forcés de s'enfuir : les chapelles chrétiennes étaient livrées aux flammes; enfin, les esprits s'exaltant chaque jour, on finit par faire périr dans une commotion populaire toute une famille de distinction, composée de trois frères qui avaient porté les armes avec éclat et exercé de grands emplois. Le gouverneur de la province, qui avait toléré bien des excès, trouva pourtant que cette fois la mesure était comblée. Il accourut précipitamment, menaçant la ville de la colère impériale, et fit arrêter les principaux coupables. Les gens de Gaza prirent peur, sentant bien qu'ils avaient été trop loin, et craignant la renommée de justice de l'empereur

Leurs envoyés arrivèrent donc à la cour, tout tremblants et prêts à se justifier humblement. Le gouverneur arrivait aussi, un peu troublé, mais confiant dans

i. Sor., v, 3, 9. — S. Jér., Vit. Ilttar. — S. Grtg. Naz., Or. it% 86. - —Voir partie de cette histoire, t. n, p. 340, 341.

F équité du maître. L'accueil qui leur fut fait montra combien les temps étaient changes. Non-seulement aucune réprimande ne fut adressée aux habitants de Gaza, mais Julien se montra très-mécontent du gouverneur et le révoqua de sa charge. Le pauvre magistrat, un peu honteux d'être pris pour dupe, s'excusait en vain sur la justice, sur les lois qu'il avait voulu exécuter : a Eh! qu'importe ! dit Julien avec humeur; est-ce un si grand crime qu'un Grec tue dix Galiléens 1 ! »

Un encouragement aussi clair équivalait à un ordre positif de courir sus aux chrétiens. Les païens de la Palestine le comprirent ainsi; et, d'un bout à l'autre de cette infortunée province, ce ne furent plus que d'horribles scènes de carnage auxquelles prirent part activement les Juifs, ennemis non moins acharnés et non moins humiliés des chrétiens. A Gaza même, des vierges chrétiennes furent traînées sur la place publique; on leur ouvrit le ventre, et on fit manger leurs entrailles aux pourceaux. Partout les églises furent incendiées, les tombeaux des martyrs furent violés, et leurs cendres jetées au vent. Ce fut le traitement qu'on fit subir aux restes du saint précurseur Jean-Baptiste, enterrés à Sébaste en Samarie , et qu'on exhuma pour les brûler en grande pompe sur la placç publique. A Panéade , dans le territoire de l'ancienne tribu de Dan , on renversa à coups de pierres une statue de Jésus-Christ

i. Soz., v, 9. — *S. Grôg. N;iz., Or. iv, 93. — Soc., m, 14.

élevée, disait une tradition respectable , par la femme que le Sauveur avait guérie d'une perte de sang. Sur son piédestal on plaça une statue de Julien. Sozomène, Juif d'origine, et qui raconte tous ces détails d'après les récits de son aïeul, compromis lui-même dans celte persécution, ajoute que, dès le lendemain, la statue était frappée de la foudre, comme autrefois l'idole de Dagon dans le sanctuaire !. Les chrétiens veillaient cependant et recueillaient en secret les débris de l'image du Christ, pour les conserver à la piété des fidèles.

Des villes de Palestine la violence et le désordre se répandirent bientôt dans les campagnes. Là vivaient dans l'austérité monastique, sous la conduite du disciple de saint Antoine, Hilarion, des anachorètes, héritiers directs des Esséniens de l'ancienne Judée. Une bande de furieux se porta sur leurs humbles demeures , les mit au pillage et maltraita indignement leurs personnes. Mais la rage de ces bandits fut déçue, en ne trouvant point dans celte retraite le fondateur et le chef des monastères, Hilarion lui-même , dont la réputation de sainteté leur était depuis longtemps particulièrement odieuse. Après l'avoir cherché avec soin dans tous les asiles où il pouvait se cacher, ils apprirent enfin , à leur grand désappointement, qu'il avait quitté ses disciples, depuis quelque temps déjà, pour fuir la vénération pieuse dont son humilité se trouvait importunée. Il devait s'être réfugié en

1. Théod.,ui, 7. — Rufln,n, 28. — Chron. Alex., p. 546.— Sox.,T, *i. — Plûlost., vu, 8. — Eus., vu, 17.

Ëgypte, car il élait parti un jour pour visiter le tombeau de saint Antoine, et depuis il n'était plus revenu. La haine de ses ennemis était si acharnée, qu'ils no reculèrent pas devant l'idée de se mettre à sa poursuite. L'été s'était écoulé dans ces désordres, et on était déjà arrivé au moment extrême fixé par Julien pour le départ d'Alhanase. Afin d'assurer l'exécution de ses ordres, l'empereur faisait partir des officiers spécialement chargés d'y tenir la main. Quelques païens de Palestine demandèrent la permission de se joindre à cette expédition, dans l'intention expresse de découvrir l'asile d'Hilarion et de s'emparer de sa personne. Saint Jérôme affirme très-expressément que Julien les y autorisa. Peut-être se borna-t-il à fermer les yeux sur leur départ, décidé qu'il était désormais à ne plus réprimer les excès d'un zèle dont son âme irritée partageait toute l'impatience

Vers les derniers jours de novembre, par conséquent, trois ordres de voyageurs se mirent en route, d'Asie Mineure vers Alexandrie: le comte, envoyé par Julien, d'abord , puis les persécuteurs obstinés d'Hilarion , et infin une petite dépulation de chrétiens obscurs, qui lllaient porter à Àthanase, en témoignage de sympathie pour ses nouvelles épreuves, quelques restes pieusement recueillis des cendres de saint Jean-Baptiste. Ceux-ci furent les seuls qui purent remplir l'objet de leur mis-

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