IV
Julien, quoique fort déconcerté, fit pourtant bonne contenance, et se borna à dire qu'on voyait bien que rien n'était éternel en ce monde, puisqu'on ne pouvait faire revivre le culte de celui qu'on appelait l'Éternel par excellence, et que tous les textes sacrés et tous les prophètes avaient déclaré impérissable l. Mais ce dernier échec achevait d'humilier son pouvoir, et il sentit qu'une brillante et violente diversion pouvait seule lui jendre quelque autorité sur celte société qui Uii échappait. Le printemps était venu; les préparatifs étaient faits : nul motif ne s'opposait plus à la reprise le la guerre. Il ne songea donc plus qu'à se mettre en route pour aller attaquer et vaincre les Perses, afin de revenir ensuite mettre au service des Dieux toutes les brees nouvelles qu'il aurait puisées dans la victoire.
C'était une victoire, en effet, et, plus que cela, une îonquôte qu'il lui fallait. À la rigueur, il eût encore été possible de prolonger la paix, car les Perses, effrayés des grandes démonstrations des Romains et de la réputation militaire de leur général, avaient envoyé par une voie indirecte quelques propositions avantageuses. Mais Julien ne voulut pas les lire jusqu'au bout, et en déchira
nisme, vol. u, ch. 3, in Une, parait disposé à admettre l'explication tirée de l'explosion du gaz inflammable, tout en ajoutant comme nous qu'elle n'ôte rien au véritable miracle, à savoir l'accomplissement littéral de la prophétie de Jésus-Christ. M. Ed. Duraont, dans son Histoire romaine, fait remarquer, au contraire, non sans fondement, que ce genre d'explosion ne peut jamais se répéter plusieurs fois dans la même caverne, et qu'Ammien est très-positif sur la répétition du phénomène à trois reprises.
i. JuL, Fragm. (éd. Span.), p. Î95.
le texte. Cette fois il désirait une guerre sérieuse, et comptait frapper de grands coups ; de petits triomphes achetés à bon marché et répétés chaque année , comme ceux dont s'était contentée si longtemps la vanité de Constance, ne suffisaient ni à son ambition , ni à sa politique. C'était une lutte à mort qu'il allait engager entre l'héritier de César et celui de Cyrus. Et pourtant même» dans sa pensée, ce n'était encore que l'épisode d'un plus grand drame. Dans les plaines de Perse, où il s'avançait entonré de soldats chrétiens, il devait jouer la dernière, la grande partie du paganisme : il allait combattre moins les ennemis qu'il cherchait que ceux qu'il laissait derrière lui. Vainqueur, il pourrait tout se permettre contre ceux-ci ; vaincu, il n'oserait pas se présenter à leurs regards. Aussi, jamais tant de victimes n'avaient fumé sur les autels; jamais tant de questions inquiètes n'avaient été adressées à tant d'oracles et à tant d'augures. Ammien Marcellin lui-même en sourit1. De leur côté, les chrétiens, quoique prompts à obéir à l'appel militaire et prêts à mourir sous le drapeau, sentaient toute l'horreur de l'alternative où ils étaient réduits. Les bruits les plus sinistres circulaient sur les intentions de l'empereur au retour de la campagne. Un édit impérial était tout prêt, disait-on, pour interdire aux chrétiens tout commerce, tout droit de plaider devant les tribunaux, ou de pourvoir à leurs besoins dans les marchés publics. Toutes les églises seraient fermées»