‹ L'église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 3)Chapitre 263 sur 297 · Amm. Marc, xxiv, I · texte numérisé non relu

Amm. Marc, xxiv, I

JULIBW PERSÉCUTEUR.

et son général Pusœus fut reçu dans l'amitié romaine. Philulhas, autre forteresse située uu peu plus bas sur le fleuve, fUmeilIeure-contenance. La garnison refusa d'ouvrir ses remparts et promit seulement, en raillant, à Julien, que, quand il aurait soumis toute la Perse, elle suivrait l'exemple commun. Il aurait fallu, pour la réduire, un siège de plusieurs jours, et le temps était précieux. Julien se décida à passer outre. L'armée déflla devant les murailles de la forteresse, sous les yeux des habitants, qui la regardaient passer sans proférer une seule parole. Le soldat se vengea de cet affront en pillant, à quelques lieues de là, plusieurs villes ouvertes que leurs habitants avaient abandonnées. Sozomène remarque avec raison qu'il eût été plus prudent de ne pas affamer un pays par où on était exposé à revenir1.

On arriva ainsi, sans autre incident, jusqu'à l'entrée de cette contrée fertile et fameuse qu'enferment dan? leurs ondes subitement rapprochées les deux grands fleuves de TEuphrate et du Tigre : étroite langue de terre qui doit à sa position privilégiée les plus abondantes richesses naturelles et la plus ancienne réputation de l'histoire. Dans cet espace de quelques lieues, arrosé par les plus vastes courants d'eau que le monde ancien ait connus, se heurtaient, se coudoyaient, pour ainsi dire, les capitales de tous les empires à qui la fortune avait tour à tour livré et retiré la domination de l'Orient. C'é-

1. Amm. Marc., xxiv, î. — Zos., m, U, 15.— -Soi., wi, 1.— Liban., Or. 10, p. 313.

tait là que, Tune après l'autre, toutes les dynasties asiatiques étaient venues vaincre , régner et périr. Sur les Jeux rives de l'Euphrate , l'antique cité de Nabuchodonosor, la fabuleuse Babylone, étalait ses ruines gigantesques. Un peu plus haut, sur le bord occidental du Tigre, Séleucie, capitale des successeurs d'Alexandre, également ruinée, n'offrait plus que des vestiges effacés d'une grandeur moins poétique ; mais en face, de l'autre côté du même fleuve, et reliée seulement à l'ancienne ville par un pont, s élevait la résidence nouvelle des Sassanides, Ctésiphon, d'où les flls d'un brigand parthe bravaient depuis tant d'années les aigles romaines.

La terre gardait la trace de ces couches successives de conquêtes entassées Tune sur l'autre. Chaque gouvernement y avait laissé quelques travaux de défense ou de culture. A l'entrée de l'isthme formé par les deux fleuves, on trouvait encore les débris d'une ancienne muraille élevée par les rois d'Assyrie pour se préserver des invasions desMèdes. Un art plus moderne et plus savant avait remplacé ce rempart impuissant par une série de places fortes, habilement échelonnées, qui défendaient plus efficacement le passage. Une infinité de canaux tracés à travers un sol très-friable, permettait à toute espèce d'embarcation de passer incessamment d'un fleuve à l'autre. Une de ces communications, connue sous le nom de Nahar-Malcha (fleuve du roi), qui s'abouchait à l'Euphrate, à l'extrême limite de la Mésopotamie, et venait déboucher dans le Tigre, au-dessous

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de Séleucie, était navigable aux plus gands bâtiments. Un peu plus haut, on trouvait les vestiges d'une tranchée analogue, entreprise et menée à fin par Trajan, mais depuis abandonnée. Des digues, des travaux d'art de toute espèce, établis sur les deux rivières, permettaient de contenir les eaux dans les temps orageux ou de les lâcher à volonté sur la plaine.

La marche à travers le désert avait employé tout le mois d'avril. Ce fut dans les premiers jours de mai, en approchant de l'antique muraille de Macepracta, qu'on s'aperçut pour la première fois de la présence de l'ennemi. Jusque 15, Julien, toujours aux aguets, envoyant à toute heure et dans toutes les directions des éclaireurs, s'étonnait de ne pas rencontrer d'obstacles. Le prince Hormisdas découvrit le premier, de l'autre côté d'un des petits canaux embranchés sur l'Euphratc, les feux d'une armée en campagne. Il voulait pousser plus loin la reconnaissance, mais il en fut empêché par l'état du petit bras de rivière que des pluies avaient grossi, et où il ] craignit de ne pas trouver de gué. II s'arrêta, et fort heureusement pour lui, car dans la nuit les ennemis (c'étaient eux en effet), encouragés par ce mouvement rétrograde, passèrent l'eau eux-mêmes et se trouvèrent prêts le lendemain pour l'attaque. Les Romains éprouvèrent un court moment de surprise devant des armes et des manières de combattre qu'ils ne connaissaient pas. La force extraordinaire et le nombre des archers les déconcertaient; l'éclat inusité des armures éblouis-

sait leurs yeux. Ils se remirent pourtant assez vite de leur surprise, et, élevant leurs boucliers sur leurs têtes, chargèrent en masse avec une impétuosité qui mit en déroute tout ce qui se trouva devant eux. Cet engagement d'avant-postes livra l'entrée de la contrée. Le corps d'armée persan recula et alla se placer derrière le canal de Nahar-Malcha dont il se proposait de disputer le passage. Il n'était point, comme on l'apprit, commandé par Sapor lui-même, mais par son premier lieutenant qui portait le titre de suréna. C'était le nom qu'on donnait au plus grand dignitaire du royaume, ei que les écrivains romains, dans leur ignorance de la langue persane, prennent habituellement pour un nom propre. Le suréna était appuyé par le chef des Sarrasins Assanites, Malech-Podosace, fameux brigand, dit Ammien, connu par toutes sortes d'atrocités commises sur les frontières romaines1.

En reculant ainsi de quelques milles, l'ennemi comptait que les éléments et la disposition même des lieux allaient combattre pour lui. Partout, en effet, les digues étaient coupées, et la campagne transformée en une vaste plaine d'eau où on ne pouvait faire un pas sans enfoncer dans la boue jusqu'à mi-jambe. Puis on rencontrait, sans les apercevoir, les canaux d'irrigation où un homme pouvait disparaître tout entier. La persévérance et l'habileté des légionnaires vinrent à bout de tous ces

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