‹ L'église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 3)Chapitre 273 sur 297 · Amm. Marc, loc. cit · texte numérisé non relu

Amm. Marc, loc. cit

LE RETOUR DE l'àRMÉE. 419

lait ni désavouer sa foi, ni abuser de la confiance qu'on lui témoignait. « Je ne puis régner sur vous, disail-il; je suis chrétien, et Julien vous a tous imbus de sa détestable doctrine. Vous avez tous offensé Dieu; vous serez vaincus, et vous deviendrez le jouet des Perses. » Ces difficultés ne touchèrent que très-médiocrement ceux qui l'entouraient , accoutumés qu'ils étaient à changer de religion én même temps que d'empereur. « Qu'à cela ne tienne, lui dit-on. Tous les hommes ici ont été élevés dans les principes de la religion chrétienne. Les plus âgés ont eu pour mailre le grand Constantin lui-même ; les autres ont été enseignés par Constance. Quant à celui qui vient de mourir , il a régné trop peu de temps pour imprimer bien avant la tache de son mensonge. » Cette remarque très-fondée tranquillisa la conscience de Jovien, et, pour la compléter, il eût fallu ajouter que les Dieux qui venaient de si mal récompenser Julien n'étaient point en honneur ce jour-là dans l'armée. Pour la forme cependant, les augures consultèrent encore les entrailles des victirçes; mais les oracles étaient, comme tout le monde, avant tout pressés de partir. Ils répondirent que Jovien était perdu s'il s'arrêtait; mais que, s'il se mettait en roule, ses armes seraient certainement heureuses. Le triste défilé commença donc, un corps d'armée escortant le corps de Julien, qu'on avait soigneusement embaumé et mis dans un cercueil pendant la nuit \

i. Ainm. Marc, loc. cit. — Thèod., iv, 1. — Soc, m, 22. — Soz.,

La journée ne se passa pas sans que le nouvel empereur eût occasion de signaler sa valeur. A. peine avaiton fait quelques pas , que les Cataphracles des Perses fondaient sur les cohortes joviennes et herculéennes. Dans la mêlée qui s'engagea, on remarqua, pour la première fois, l'uniforme des cavaliers royaux de Sapor lui-même, et l'on put juger par là que le grand roi se rapprochait de l'armée romaine , encouragé probablement par le bruit de la perte qu'elle venait de faire. L'escarmouche fut très-sanglante, car elle coûta la vie à (rois tribuns militaires. L'avantage resta aux Romains, mais la journée n'en était pas moins perdue. On avait fait très-peu de chemin, puisqu'au moment où la nuit approchait, on retrouva dans la plaine le corps du maître des offices, Anatole, tué dans la bataille précédente , et qu'on avait négligé d'enterrer. Chaque jour de retard enlevait une ration de vivres aux provisions déjà si réduites de l'armée. On réussit cependant, dès cette nuit-là, à se rapprocher du Tigre à la hauteur du château de Somère; et pendant plusieurs marches, au milieu d'attaques diverses et, en quelque sorte de piqûres constantes des Sarrasins et des Perses, on ne cessa de remonter le cours du fleuve. Le qua-

vi, 8. — RufiiMi, 1. — Chron. Alex. — Le fait de Jovien Taisant promettre à son armée de redevenir chrétienne, est attesté par le concours de tous les écrivains chrétiens. J'ai dû adoucir un peu leurs eipres* sions, pour ne pas contredire le récit d'Ammien, témoin oculaire, qui a pu passer sous silence ce qui le gênait, mais non inventer des Caits opposés à la Térité.

trième jour, on atteignit enfin la ville de Dura , le premier endroit un peu considérable qu'on eût rencontré depuis Clésiphon

L audace de l'ennemi dépassait toute croyance : ses cavaliers venaient à portée non-seulement du trait, mais de la voix, et échangeaient des propos injurieux avec les sentinelles romaines. Une nuit, ils forcèrent la porte du prétoire et pénétrèrent jusqu'à l'entrée de la tenle du prince. C'étaient des alertes constantes, qui ne permettaient pas de goûter en paix une heure de repos. Les soldats, harassés, éprouvaient une violentelentation de se dérober à ce supplice, en mettant entre eux et leurs persécuteurs la barrière du Tigre. Ils se rappelaient le passage du fleuve, si hardiment opéré par Julien, et demandaient à grands cris qu'on les laissât tenter d'échapper h une mort lente par un coup de hardiesse. Jovien n'était pas de son naturel porté aux aventures, et celleci en particulier présentait plus de périls que d'avantages. Le cours du Tigre était très-rapide en cet endroit ; les points de passage étaient bien gardés : les embarcations manquaient, et l'autre rive du fleuve, parcourue par des tribus non soumises à Rome, n'offrait pas plus de sécurité -que celle où on se trouvait. 11 était infiniment plus raisonnable de tendre à marches forcées vers les provinces transtigritanes, voisines de l'Arménie et soumises à l'empire de Rome. Jovien représenta toutes

Page 1