‹ L'église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 3)Chapitre 274 sur 297 · A mm. Marc, xxv, 6. — Zos., m · texte numérisé non relu

A mm. Marc, xxv, 6. — Zos., m

422 LE RETOUR DE l'aïIMÉE.

ces raisons avec beaucoup de sens et de douceur, mais ne Téussit pas à convaincre des esprits exaltés par la souffrance. On lui lit entendre qu'il remplaçait bien mal le héros auquel il succédait, et qu'on voyait bien maintenant la différence. Jovien, dont la valeur sur le champ de bataille n'était point douteuse, n'eut pas le courage plus rare de se laisser taxer de lâcheté. Il prit le pire des partis. Il tenta un coup très-périlleux par des demimoyens et avec peu d'ardeur. Sans confiance dans le succès de l'entreprise, il consentit à en laisser faire l'essai par les yrtus résolus de l'armée, et ceux qui criaient le plus haut, les Germains et les Gaulois. Cinq cents hommes d'élite , choisis parmi les meilleurs nageurs et parmi ceux qui avaient habité dès leur enfance sur le bord des fleuves, se confièrent aux flots pendant la nuit. Ils réussirent à vaincre le courant et à loucher la rive , où ils surprirent et même égorgèrent un poste de Perses ■ qui dormaient en pleine sécurité. Le succès de celteareux coup de main acheva de monter toutes les têtes : il ne fut plus question que de passer le fleuve et de rentrer sur le sol romain en ligne droite. Jovien, entraîné parie mouvement général, malgré la résistance de sa raison, consulta les constructeurs de l'armée qui lûi promirent de faire un pont, porté, a défaut de charpente, sur îles bateaux de cuir et sur des outres. Un expédient pareil avait été offert à Xénophon, dans sa fameuse retraite , et il l'avait prudemment rejeté. Mais ni Jovien n'avait le grand cœur du général grec, ni les Romains de la

décadence n'avaient la force d'âme des Athéniens et des Spartiates*.

Dans une situation extrême, où il fallait compter toutes les minutes de chaque heure, et tous les repas de chaque soldat, on se mit à l'œuvre pour construire un pont, et deux journées, deux précieuses journées furent consumées dans un travail ingrat. Le cours torrentiel du Tigre emporta en se jouant tous les frêles obstacles qu'on essayait de lui opposer; il n'y eut pas moyen de joindre Tune à l'autre des embarcations sans consistance, et , à l'approche de la seconde nuit, l'armée se trouvait avec deux jours de vivres de moins, à plus de cent milles encore d'une frontière amie, voyant s'entasser sur ses derrières des ennemis plus nombreux que jamais. Un morne abattement se peignit sur tous les visages ; tous les yeux étaient levés vers le ciel avec désespoir, lorsqu'on annonça que le suréna, accompagné d'un autre grand seigneur de Perse, demandait à être introduit auprès de l'empereur de Rome, pour lui soumettre des propositions de paix 9.

Sapor, en effet, était régulièrement informé de tout ce qui se passait dans le camp romain. Un porte-étendard des cohortes joviennes, qui avait eu querelle autrefois avec le père du nouvel empereur, et qui s'était enfui le jour de l'élection pour ne pas se trouver sous la puissance de son ennemi, avait donné au monarque,

4. Amm. Marc. — Zos., loc. cit. — Eutr., *, 17. 2. Amm. Marc. — Zos., loc. cit.

sur la situation de l'armée et sur le caractère de son général, les renseignements les plus détaillés. Quand Sapor apprit que Julien était bien réellement mort, et qu'à la place de ce redoutable capitaine, il n'avait plus en têle qu'un officier de second ordre, d'humeur plus accommodante, sa joie fut sans bornes et se témoigna même au dehors de la façon la plus expansive. Il ne songeait d'abord qu'à exterminer toute l'armée romaine, et à n'en pas laisser revenir un seul homme en vie. La réflexion, sans diminuer cette confiance, trop bien fondée, le décida à mettre plus de prudence dans l'usage d'une prospérité inattendue. À quoi servait d'anéantir une armée romaine, quand une autre était aux portes et quand, depuis les Colonnes d'Hercule jusqu'au pied du Caucase, tant de populations étaient prêtes à fournir de nouvelles recrues? La capture même d'un empereur était un exploit sans profit. Quel avantage avait retiré sou illustre ancêtre, Sapor Ier, de l'humiliation de Yalérien? une vaine gloire, bientôt expiée par une cruelle vengeance. Mais user de ce qu'on tenait sous sa main le maître du monde romain, pour lui vendre la liberté au prix de quelques concessions importantes et de la sécurité définitive du royaume des Perses : c'était à la fois un parti plus prudent et un profit plus net. Or, il y avait une proposition toute simple et qui se présentait naturellement à l'esprit : c'était de remettre les choses exactement au point où elles étaient soixante ans auparavant, quand le traité de JNisibe, imposé par Dioctétien et

Galère, était venu priver la couronne des rois perses de cinq de leurs plus belles provinces, celles-là mêmes qui { formaient comme la clef de tout l'empire. La condition , était par elle-même assez dure pour qu'on ne craignit pas d'entourer l'offre de quelques égards. Le premier personnage de l'empire, le suréna, fut donc chargé d'aller offrir à l'empereur romain la liberté de sa retraite moyennant la rétrocession des cinq provinces transligritanes et de toute la partie de la Mésopotamie qui avoisinait le Tigre, y compris les deux villes de Nisibeet de Singare et quinze autres châteaux forts ; en outre , la rupture de tout traité d'alliance avec le roi d'Arménie, et la promesse de n'aider ce prince dans aucune de ses guerres avec les Perses *.

Quand les ambassadeurs arrivèrent, Àmmien convient qu'ils furent reçus par toute l'armée comme des envoyés delà Providence2. Mais la hauteur de leur langage, et surtout la nature de leurs propositions, vinrent calmer ce premier transport. « Le roi, très-clément, disaient-ils, consent, par égard pour l'humanité, à ouvrir la retraite aux débris de l'armée romaine, si César, d'accord avec les grands de l'empire, veut se conformer à ses volontés; et il ne met pas ses faveurs à un trèshaut prix, car il ne demande qu'à rentrer dans son bien 3. » Resserrer les limites du territoire impérial,

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