Théod. iv, 5. — S. Aug., De eiv. Dci, v
La mort d'un empereur était un incident trop fréquemment renouvelé depuis deux années, pour causer à personne beaucoup de surprise ou beaucoup de douleur. À l'exception de la malheureuse Charito, qui n avait pas même eu le temps de s'asseoir sur le trône, et qui serrait avec angoisse son jeune fils contre son sein, justement inquiète du sort qui lui était réservé, le bon Jovien, qui avait véçu sans exciter d'inimitiés, mourait sans laisser de regrets. Mais il fallait pourvoir de nouveau à la vacance impériale, et cette fois la circonstance étant moins urgente, et nul ennemi n'étant là pour presser l'élection, on y mit un peu plus de délai. Il ne fut pas question cependant de consulter, ni le sénat de Rome, ni celui de Constantinople. Le petit conseil de hauts dignitaires qui environnait l'empereur fit embaumer son corps, et, précédé de ce cortège funèbre, continua lentement à s'avancer de Drépane à Nicée. Sur la route, on disputait, on intriguait, on pesait les noms et les suffrages, et chacune des nuances et des fractions du conseil mettait en avant son candidat et recrutait des voix. La faveur publique désignait cette fois encore, comme le plus digne du pouvoir suprême, le vieux préfet du prétoire, Salluste Second, étranger à toutes les factions, et qui les dominait toutes par la douceur et la noblesse de son caractère. Pour la forme, on lui en fit de nouveau la proposition, qu'il refusa cette fois comme la précédente. Quelques personnes parlèrent de son fils, mais le vieillard coupa court suHe-champ
à cette pensée. « Si je suis trop âgé f dit-il , mon fils est trop jeune. » On mit ensuite en avant le nom du tribun des Scutaires, Égitius, mais c'était un homme de mœurs trop rudes et sans éducation. Puis on parla d'un parent de Jovien, appelé Januarius, qui commandait sur les frontières d'Illyrie; mais il était trop éloigné, et on n'avait pas le temps d'attendre. Comme l'incertitude se prolongeait, on reçut une lettre du patrice Dacien, qui était resté en arrière à Ancyre, parce que ses infirmités et son grand âge ne lui permettaient plus de voyager rapidement en hiver. Il avait gardé auprès de lui le tribun Valentinien, récemment revenu de Gaule, et, comme il était frappé de ses bonnes qualités, il écrivait à tout hasard pour le recommander à ceux qui cherchaient un maître à donner au monde. L'idée plut généralement , car Valentinien réunissait des mérites divers. Il était originaire de Pannonic, et avait servi vaillamment dans les Gaules sous Julien» ce qui lui conciliait la faveur de tout le parti militaire, principalement recruté dans les provinces septentrionales de l'empire. Mais il était chrétien aussi, et avait même encouru par sa fidélité la disgrâce momentanée de l'apostat. C'était une recommandation pour les anciens amis de Constance. En son absence, et à son insu, Valentinien fut proclamé empereur. On lui manda de venir en diligence, et en l'attendant, tous les Pannoniens, Dagalalphus en tête, firent bonne garde pour maintenir l'armée en repos et empêcher au'une élection
improvisée dans le camp ne vint tout remettre en question *.
Yalentinien arriva, sans se faire prier, le 28 de février. C'était un homme de quarante-trois ans, grand, bien fait de sa personne : sa contenance était militaire; il avait un air de commandement, et, bien qu'il parlât fort mal le grec et qu'il n'eût évidemment aucune teinture des belles-lettres, son élocution était mâle et incisive. Les troupes trouvèrent que c'était un empereur à leur convenance. On attendit cependant jusqu'au surlendemain pour la proclamation définitive, quoique dix longues journées d'interrègne se fussent déjà écoulées ; mais l'année était bissextile, et le jour complémentaire de février passait pour une date malheureuse dans les annales de Rome K
Pendant ce délai, une idée, qui avait déjà pris naissance dans les jours précédents, circula dans les rangs de l'armée et fut bientôt généralement adoptée. C'était d'imposer à l'empereur nouvellement élu l'obligation de partager le pouvoir et de se donner un collègue. Cette division paraissait présenter plusieurs avantages, dont le moindre n'était pas d'éviter ces fréquents intervalles du pouvoir qui mettaient en question la sécurité de l'empire et les places de tous les fonctionnaires. En cas de mort d'un des empereurs, s'il y en avait deux, l'autre
1. Amm. Marc, xxvi, 1. — Zos., iv, 1. — Philost., vin, 8. — Zon., xni, 15.