‹ L'église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 3)Chapitre 290 sur 297 · Amm. Marc, /oc. cit. et xxx, 8. — Aurèl. Vict., Epit · texte numérisé non relu

Amm. Marc, /oc. cit. et xxx, 8. — Aurèl. Vict., Epit

serait là pour faire face à tout et désigner le successeur. Puis, l'empire une fois divisé, chacun avait chance de rester plus près de chez soi ; il n'y avait plus lieu à des déplacements si considérables de troupes et de fonctionnaires; les légions qui étaient en Orient, s'y trouvant beaucoup mieux que dans les Gaules , ne souhaitaient que d'y rester, et ne voulaient pas être exposées à être emmenées, à la suite d'une fantaisie militaire, loin de leurs garnisons préférées. Il fut donc convenu que le vœu général serait exprimé à Yalentinien dan6 la cérémonie même de son installation \

Effectivement, le 1er mars 364, à peine Yalentinien était-il monté, revêtu de la pourpre et du diadème, sur l'estrade qui lui était préparée, comme il allait ouvrir la bouche et étendait la main pour commander le silence, un cri s'éleva de toutes parts : «Auguste, il nous faut un autre empereur. » La clameur était très-impérieuse, les regards et les gestes des soldats très-animés ; et probablement ils auraient eux-mêmes procédé à la désignation du collègue demandé, si, par une sage précaution , due à la prudence du préfet Salluste, tous les généraux qui avaient pu concourir à l'empire n'étaient convenus entre eux de s'abstenir de paraître à la cérémonie, de peur de fournir à leurs partisans une occasion de tumulte. Telle qu elle était cependant, la demande n'en contrariait pas moins le nouvel élu, qui avait rapidement

i . Aram. Marc, xxvi, 2. — Philost, vm, 8. — Zon., un, 15. — Soi.,

pris goût au pouvoir souverain. Voyant qu'il ne pouvait résister en face à des prières appuyées par des épées, il chercha à sé réserver au moins à lui seul le choix de son associé. Prenant donc un ton à la fois doux et ferme, a Je vous dois tout, dit-il aux soldats : hier je n'étais qu'un citoyen, vous venez de me faire empereur. Accablé par le fardeau du pouvoir, et sachant à quoi est sujette l'humanité, je ne refuse pas d'alléger le poids en le partageant. Mais il y faut réfléchir mûrement, car la discorde peut naître de la division, et c'est la concorde seule qui fait la force des États. Le choix me regarde. Que votre patience et votre justice me laissent m'acquitter des fonctions que vous m'avez confiées. Si vous m'avez fait empereur, c'est pour vous commander. » Cette harangue satisfit les uns, intimida les autres, et Yalentinien, tiré d'un mauvais pas par sa présence d'esprit, rentra sous sa tente, investi, sans plus de difficultés, d'une autorité dont il venait de se montrer digne \

11 n'y aurait pas eu sûreté cependant à méconnaître le vœu public si clairement exprimé. Aussi Valentinien, qui sentait bien cette nécessité, eut bientôt fait son plan pour y pourvoir. Il avait un frère, plus jeune que lui de quelques années, que personne ne connaissait parce qu'il n'avait rempli aucun emploi, ni militaire, ni civil. Mais pour être chargé du rôle de collègue soumis et obéissant, cette nullité (qui d'ailleurs, comme on devait trop s'en apercevoir, n'était qu'apparente) semblait un titredeplus.

Page 1