Jul., ad Athcn.,$. 271.— Eunap., Vit. Soph. Maxim
principaux adversaires. Rien ne pouvait être plus favorable à leur cause qu'un événement qui aurait amené à Rome, auprès du chef suprême de l'Église, l'empereur dont ils gouvernaient la conscience et les conseils. Vingtdeux d'entre eux, les plus résolus et les plus illustres, Narcisse de Néroniade, Théodore d'JIéraclée, Basile d'Ancyrc, etc., n'avaient donc pas fait difficulté de suivre l'armée, et ils avaient été rejoints, à Sirmiutn par Ursace de Singidon et Valens de Murse, si récemment réconciliés avec Athanase, mais tout prêts à retirer, devant le plus loger intérêt politique, un désaveu que la politique seule leur avait arraché f.
ils voulurent profiter de la halle forcée de l'expédition pour faire l'épreuve de leurs forces. L'évêque de Sirmium, Vhotin, était un homme de grande science, mais d'un esprit aventureux et inquiet, dont la doctrine était suspecte. On l'accusait d'incliner très-fortement vers lv hérésie de Sabellius, dont l'erreur, directement opposée à celle d'Arius, consistait, comme on Ta vu, dans la négation de toute distinction entre les personnes divines. Il refusait, disait-on, toute personnalité propre au Fils et au Saint-Esprit, et niait l'incarnation du Verbe dans le sein de Marie et dans l'humanité de Jésus 2.
1. Tous ces prélats sont nommés par S. Hilaire comme ayant assisté à la condamnation de Pnotin à Sirmium, et pris part au formulaire qui suivit. — S. Ilil., Fragm., p. 1337, 1338.
S. S. fcpiph., Hœr., lui. — S. Jér., De viris illustribus, 107. — Soc, h, 18, Î9, 30. — Soz., iv» 6. — S. Atnan., de Syn., p. 898.— S. Ilil., Fragm., p. 1495 et suiv., etc.
Comme le reproche de sabellianisme était l'imputation ordinaire que les ennemis de la foi de Nicée dirigeaient contre les orthodoxes , c'était pour eux une heureuse occasion que de débuter, en mettant le pied sur la terre d'Occident, par la condamnation d'un Sabellien. A la vérité, Terreur de Photin lui était personnelle, et, sauf les habitants de son diocèse, dont il s'était concilié l'affection,il ne comptait aucun partisan. Les évêques d'Occident, à l'unanimité, condamnaient sa doctrine ; et dans leurs réunions, à Sardique d'abord, puis à Milan, deux années auparavant, ils avaient formellement exprimé leur dissentiment, en le séparant de leur communion1.
Mais il était de l'intérêt des Eusébicnsde faire preuve avec éclat de leur zèle d'orthodoxie, et ils obtinrent de Constance la permission de citer Photin devant eux1. Les erreurs de Photin étant fort claires, la discussion ne fut pas longue. Il fut condamné tout d'une voix
1. La série des dispositions déjà prises contre Photin, dans les années antérieures au concile de Sinnium, a donné lieu à des dissertations très-nombreuses et très-compliquées, de Baronius, de Tillemont, de Mansi, etc., dont on peut voir l'analyse dans Hefele, Concilien-Gcschichte, 1. 1, p. 613, 614. Il serait superflu d'insister ici sur un fait de si peu d'intérêt pour l'histoire générale. Il suffira de dire que saint Épiphane fait condamner Photin au concile de Sardique, et saint Hi» laire à un concile spécial à Milan, tenu, dit-il, deux ans avant la rétractation d'Ursace et de Valens.
9. La date de ce concile de Sirmium n'est pas non plus sans quelque difficulté. Socrate le place après le consulat de Serge et de Nigritien, c'est-à-dire en cette année 851 ; mais il accompagne son récit de détails qui ne conviennent qu'à une époque postérieure. Nous avons suivi Tordre adopté par la plupart des chronologistes, Pétau, Marca, Pagi, Tillemont, Hefele, et dont Mansi presque seul s'est écarté. Conf. Hefele, p. 6îS.
comme coupable de l'hérésie de Sabellius et de Paul de Samosate. Mais cet acte de juste sévérité n#était, dans la pensée des évêques assemblés, qu'un prétexte pour dresser de nouveau un de ces formulaires de foi qu'ils savaient produire avec une incomparable fécondité, et qui, tous différents les uns des autres, et portant sur des subtilités et des nuances, ne se ressemblaient qu'en un seul point, l'omission du mot consubstantiel. Cette nouvelle profession de foi, plus voisine de l'orthodoxie que les autres, s'en écartait encore par ce retranchement : et ce fut assez pour que, bien qu'admise et expliquée dans un sens orthodoxe, par quelques docteurs catholiques, elle n'ait jamais pu trouver grâce devant l'imperturbable fermeté d'Athanase1.
Le formulaire fut présenté à la signature de Photin, qui se refusa à y adhérer et demanda à être encore entendu dans une conférence, où il soutint une longue discussion contre Basile d'Ancyre. Une déposition immédiate fut la suite de son obstination, et la décision fut communiquée à Constance, qui fa sanctionna aussitôt par un décret de bannissement2.
Le retour de la belle saison fit trêve à ces démêlés
pacifiques, et donna le signal de luttes plus sanglantes. Magnence, qui n'avait pas employé son temps à traiter
d'affaires spirituelles sur lesquelles il n'avait nulle pré- *
1. Le formulaire que Socrate, saiut Hilaire, de Syn.t n, 74, et Athanase, de Syn., p. 900 et 901, nous ont conservé, est semblable, presque mot pour mot, à celui du concile d'Àntioche indiqué plus haut.
*. S. Epiph., Hœr., m. — Soc., u, S0. — Soz., it, 26.
tention1, s*était avancé jusque dans les plaines de Pannonie, à la tête de toutes les troupes qu'il avait pu rassembler, laissant dégarnies derrière lui, par une manœuvre hardie et presque imprudente, toute la ligne du Rhin et toutes les montagnes qui séparaient l'Italie de la province de Norique. Sa confiance était telle, que, pour la première fois, dit-on, il méprisa les avis de sa mère qui lui conseillait de ne pas franchir la limite de rillyrie. Dès les premiers jours du printemps, il envoya délier Constance au combat, dans les plaines de Siscia, sur la Save, trente lieues environ au-dessus de Sirmium. Constance à qui le rôle agressif aurait appartenu naturellement, puisqu'il avait à déposséder son rival d'un territoire usurpé, ne crut pas pouvoir se refuser à cette provocation, et s'avança vers la ville de Siscia dont la
garnison lui était restée fidèle. Mais sa marche fut bientôt arrêtée par l'échec de son avant-garde, qui tomba dans une embuscade préparée par Magnence le long du fleuve, au-dessous de la ville. Averties ainsi de ia présence l'une de l'autre, les deux armées firent halte, l'une en vue de Siscia, dont la résistance durait toujours, l'autre en avant de Sirmium, dans le camp de Cibale, au lieu même où Constantin avait autrefois vaincu Licinius. Constance attachait un grand prix à ce souvenir, et désirait, avec une passion presque supersti-
i. S'il eût été païen, cependant, comme on l'a dit, il n'eût pas obtenu desévèques des Gaules le concours qui lui fut acquis, et que Constance reprocha si amèrement aux catholiques.
lieuse, combattre dans ces plaines illustrées par le triomphe de son père. Il s'y était établi sous une tente décorée avec une grande magnificence, où il déployait un luxe vraiment royal. Les champsde Pannonie étaient d'ailleurs destinés à être plus d'une fois encore témoins de ces luttes de l'Occident et de l'Orient, préliminaires d'un inévitable déchirement
Des deux parts, cependant, il y avait plus de forfanterie que d'audace, et les deux rivaux restèrent ainsi plusieurs mois à portée l'un de l'autre, chacun cherchant à séduire l'armée de son adversaire, et à se procurer par 15 les profits de la victoire, sans en courir les risques. Ils échangeaient des ambassades chargées de propositions de paix dérisoires, et qui n'avaient d'autre but que de sonder les dispositions des soldats et de les solliciter à la défection. Ce fut Constance qui commença. Son député, Philippe, se rendit au camp de Magnence, en apparence pour lui offrir la cession des Gaules, en réalité pour haranguer les troupes, leur rappeler la gloire de Constantin, l'éclat de ses exploits et les droits de sa race. Ces souvenirs commençaient à produire leur effet accoutumé, lorsque Magnence, qui avait plus de ressources d'esprit que Vétranion, répliqua en opposant aux vertus du père les désordres et les fautes des fils, en insistant même, d'une façon que Zosimc, juge peu suspect en celte matière, trouve ab-
1. Zos.. h, 45, 46, 48. — Jul., Or., i, p. 61-65. — "Zon., xm, 8. — Eutr., x, 12.
surde et impertinente, sur les abus qui avaient déshonoré la On du grand règne. Appuyant sa réponse d'un bon souper offert aux officiers, et d'une large distribution d'argent faite aux soldats, il raffermit l'ardeur de ses troupes à tel point qu'il crut pouvoir en profiter pour donner l'assaut à la place de Siscia. Mais ses armes curent moins de succès que son éloquence, et l'assaut fut repoussé 1 .
Ce fut alors le tour de Magnence d'essayer jusqu'où on pourrait entraîner l'humeur mobile des troupes impériales. Peu de jours après celte scène, un sénateur romain, du nom de Titien, venait au camp de Constance tenter de débaucher ses troupes sous ses yeux. Rien n'égalait l'arrogance de son langage. Il se répandait en invectives contre Constantin et sa race, et offrait à Constance la vie en échange d'une prompte démission de la dignité impériale. Ce ton hautain ne réussit pas : on le congédia, lui et son ambassade, sans l'écouter, et une si prompte exécution mit un terme au scandale de cette espèce de vente à l'encan essayée sur les deux moitiés de l'empire. Un seul corps de cavalerie, commandé par un officier du nom de Sylvain, passa da camp de Magnence à celui de l'empereur légitime *.
Les armes demeuraient donc le seul, le douloureux, mais après tout, l'honorable moyen de terminer le diffé-