‹ L'église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 3)Chapitre 75 sur 297 · S. Hii., ïAïd.,p · texte numérisé non relu

S. Hii., ïAïd.,p

velte réunion, et il lit choix, pour aller porter cette demande au redoutable empereur dans sa cour, des deux évêques les plus intrépides qu'il put trouver, Eusèbe de Yerceil, et Lucifer de Cagliari. Il leur remit une lettre conçue dans des termes peut-être trop émus, mais pourtant dignes et touchants.

« Je vous en supplie, disait-il, ô très-sage empereur, que votre clémence me prêle des oreilles favorables : que votre bonté me permette de lui expliquer mon dessein. Un empereur chrétien, fils de Constantin, de pieuse mémoire, me doit sans doute cette faveur. Ne puis-je fléchir à mon égard voire âme qui pardonne mtMïie aux coupables? Le discours que votre piété a fait répandre parmi le peuple, me déchire de toute manière : c'est à moi de tout supporter patiemment; mais comment votre àme, qui est toujours ouverte à la clémence, qui ne laisse jamais (ainsi qu'il est écrit) le soleil se coucher sur sa colère, peut-elle garder tant d'indignation contre moi? C'est un miracle que je ne puis comprendre. Je cherche à conclure avec vous, ô très-religieux empereur, une paix véritable qui ne repose pas sur une artificieuse combinaison de paroles... mais qui soit raisonnablement fondée sur les principes de l'Évangile... Dieu m'est témoin, et avec lui l'Église et tous ses membres, que j'ai foulé et que je foule encore aux pieds, par la foi et la crainte de Dieu, toutes les choses mondaines, ainsi que l'ordonne la raison évangélique et apostolique.- Dieu m'est témoin que j'ai été porté

malgré moi au posle que je remplis , cl dans lequel y espère demeurer sans offenser Dieu tout le temps que je serai conservé dans ce siècle. Ce ne sont point mes propres décrets, ce sont ceux des apôtres que j'ai fait en sorte de maintenir invariablement. Je suis la coutume et la tradition de nos ancêtres : je n'ai rien ajouté à Tépiscopat de Rome : je n'en veux laisser rien enlever, et je veux conserver sans tache celte foi qui est venue jusqu'à nous par la succession de si grands évêques, des rangs desquels se sont levés tant de martyrs *. » p. Ce langage était noble, et le choix des envoyés était i4' bon : mais le déploiement de tant de courage n'était pas nécessaire pour obtenir l'adhésion de Constance à une proposition qui ne lui présentait, à lui pas plus qu'à ses conseillers, aucun danger sérieux. 11 avait vu, en effet, ce qu'on pouvait obtenir d'une réunion faite sous ses yeux, dans son palais, au milieu de ses troupes, et sous h garde de ses officiers : il consentit sans peine à en promettre une nouvelle pour le début de l'année suivante2,d'autant plus qu'il y voyait l'avantage de prendre le temps de se préparer, par une précaution qu'il jugeait indispensable, à frapper de grands coups en Orient3.

Quelque soin qu'il eût mis, en effet, à se réserver In

i. S. Hil., Fraçm., p. 1319-Î331.

8. A. D. 354. — Indiclio. xi. — U. C. !!07. — Consenti us vu ci Gallus m. Cuss.

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