‹ L'église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 3)Chapitre 76 sur 297 · S. Hil., ibid. — Sulp. Sév., loc. cit · texte numérisé non relu

S. Hil., ibid. — Sulp. Sév., loc. cit

puissance effective, en abandonnant une partie du fardeaude l'Empire à son jeune parent, une âme soupçonneuse comme la sienne ne pouvait tolérer longtemps, même le moins redoutable des collègues. Jaloux et craintif, faible et lyrannique à la fois, il devait passer sa vie à céder le pouvoir et à le reprendre, tour à tour accablé par la responsabilité, et inquiet même de l'apparence d'un partage. Au moment de braver les grandes cités d'Asie et d'Égypte, en leur enlevant des pasteurs qu'elles chérissaient, il ne se crut pas suffisamment maître en Orient, malgré toutes les garanties qu'il avait prises, et il jugea prudent de retirer à lui l'ombre de pouvoir qu'il avait aliénée. La possibilité d'une résistance quelconque , d une conjuration entre des mécontents, troublait son sommeil : et dans ses rêves d'ambition et de terreur, les figures si différentes pourtant de Gallus et d'Athanase, commençaient à lui apparaître comme de redoutables fantômes, dont il fallait se délivrer à tout prix.

Gallus cependant n'était pas un rival dangereux : il ne tentait rien pour usurper et faisait tout pour se perdre. Transporté brusquement de la prison au trône, il ne songeait qu'à se livrer avec une passion effrénée aux jouissances de tout genre que lui procurait le rang suprême. Ses qualités naturelles, la franchise de son caractère, la simplicité de ses manières, s'étaient rapidement altérées sous l'inlluence corruptrice de cette

prospérité subite *. 11 était devenu brutal en actions, et emporté en paroles. Le caprice et la colère, chez an homme qui peut tout, dégénèrent vite en cruauté. Gallus devint cruel par laisser aller et par légèreté* 11 sacrifia, pour le moindre mot, ceux qui résistaient à ses fantaisies, et sa férocité naissante était nourrie par l'habitude passionnée des jeux du cirque, oix il ne pouvait se rassasier de la vue du sang et du spectacle de l'agonie humaine. 11 avait d'ailleurs pour appui, dans toutes les affaire^ un peu difficiles, sa femme Constantine, plus âgée que lui, plus mûre, mais d'un naturel plus hautain et plus capable d'ambition. L'un et l'autre, par leurs vices différents, devinrent bientôt également à charge à tous leurs sujets. On riait de l'époux; on craignait la femme. Tandis que Gallus, incapable de garder la tenue et la dignité royales', s'amusait à se promener le soir, déguisé, dans les rues d'Antioche,et,s'imaginant qu'on ne le reconnaissait pas, malgré la clarté des luminaires qui éclairaient de toutes parts cette grande ville, entrait dans les cabarets pour demander ce qu'on pensait de César ; Constantine entretenait une police beaucoup plus sérieuse, se faisait rendre un compte exact des actions de chacun et pénétrait les secrets des familles. Son avidité égalait son goût de domination : on pouvait tout obtenir d'elle pour une bourse ou pour un joyau, soit la grâce des coupables, soit la perte des innocents. En peinde temps, le couple

Page 1