‹ L'église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 3)Chapitre 9 sur 297 · S. Athan., ApoL, p. 677, C7d · texte numérisé non relu

S. Athan., ApoL, p. 677, C7d

ATIÎANASE A ROME. 35

Cétoient des habitants du désert qui l'avaient suivi pour partager ses épreuves. L'Église d'Occident ne connaissait encore que par une renommée assez vague et par des récits défigurés, ces formes de la# piété contemplative, éloignées de ses habitudes comme de ses tendances naturelles. On s'empressait avec surprise, même dans les rues de Rome, autour de ces nouveaux venus. On ne pouvait se lasser de regarder, par exemple, le solitaire Ammon, qui se promenait dans la ville éternelle sans jeter un regard autour de lui sur le magnifique spectacle de cette grande cité, et qui marchait drott, \a tete baissée, pour aller couvrir de ses baisers le sol baigné du sang de saint Pierre et de saint Paul. On pressait Albanase de questions, pour apprendre les détails de l'institution h laquelle appartenaient ces hommes

étranges. Athanase racontait à ses auditeurs, surpris aulanl que charmés, les détails de la vie d'Antoine au fond

des montagnes. Séduite par l'attrait de ces récits, une dame de qualité du nom de Marcelle, plus tard l'amie et la confidente de saint Jérôme, conçut l'idée de transporter sur ce nouveau théûlre les exemples du saint exercice. Elle fut la première à former, par le conseil et sous les yeux d' Athanase, une réunion de vierges et de veuves consacrées à la méditation et à la prière. Athanase devenait ainsi le lien des deux sociétés chrétiennes; il représentait presque seul en Orient la saine et simple doctrine de l'Église latine : il apprenait à la piété de l'Europe les saintes pratiques de la dévotion orientale ».

i. S. Jér., Epist. 16. - PaUadias, Uist. lausiaca, ch. i*. —

Les Eusébiens ne se pressaient pas d'imiter l'exemple d'Athanase. Le pape Jules leur écrivit enfin une lettre officielle pour leur indiquer le jour du concile. Le délai qu'il leur marquait, et qui leur laissait plus d'une année gpour le voyage, était assez long pour leur ôter tout prétexte de faire défaut. Aussi leur déclarait-il que, s'ils ne venaient au temps marq lé, ils seraient réputés coupables de calomnie. Deux prêtres, Elpide et Philoxène, furent envoyés pour remettre cette missive et rétablir en attendant, s'il était possible, quelque paix dans l'Église désolée d'Orient *.

L'embarras des Eusébiens était grand. Ils étaient véritablement pris dans leur propre piège. Ils n'avaient plus affaire, comme ils avaient espéré, à un pape novice qu'il serait aisé d'égarer par des équivoques^ d'entraîner de haute lutte, ou d'étourdir par un concert assourdissant de calomnies. Il s'agissait maintenant de quitter leurs propres diocèses, le lieu de leur domination habituelle, où ils étaient environnés de tous leurs amis et soutenus par un empereur qu'ils avaient eu l'art de circonvenir, pour se présenter seuls, devant une réunion d'é-

Soc, iv, 23. On croyait encore, il y a peu d'années, que ce fut à ce moment de sa vie et pour maintenir l'Église d'Occident dans l'inébranlable fidélité de sa doctrine qu'Athanase composa un symbole de foi, conservé sons son nom, dans nos liturgies. Cette pièce, qu'on a cessé de regarder comme émanée d'Athanase, atteste pourtant, par le nom qu'on lui a donné, le souvenir qu'avait laissé dans l'Église de Home le passage et l'enseignement du grand évoque. — Baronius, Ann. ecct., 340, § 40.

i. S. Àthan., Apol., p. 739, 744, 745; ad Sol., p. 816; ad Orth., p. 930. — Soi., m, 8,

ATII ANASE A ROME. 37

végues d'Occident, tous pleins d'un respect inébranlable pour la foi de Nicée. Il s'agissait de discuter

de nouveau, sous le feu des arguments d'Athanase, une série de procédures hàlives, violentes, mensongères. Athanase serait là, devant eux, avec son argumentation calme, sa dialectique incisive et railleuse, son ardeur concentrée. Uévêque jurisconsulte, comme l'ap* pelle un historien, arriverait, suivant sa coutume, les mains chargées d'un dossier de pièces ofû ciel les, recueillies, étiquetées, classées avec un soin minutieux, dont chacune était destinée à démentir une calomnie. A l'autorité d'un docteur, il joindrait, pour les confondre, la précision de l'homme de loi et la logique souple de l'avocat1.

Il ne leur fallait pas grande perspicacité pour deviner que, mis à pareille épreuve, ils auraient bientôt changé de rôle, et que les accusés deviendraient accusateurs. « Quand ils ouïrent parler, disait plus tard en raillant saint Athanase, d'un jugement ecclésiastique où il n'y aurait ni comte pour présider, ni satellites pour garder les portes, où on ne demanderait pas de décision souveraine à l'empereur... ils furent saisis d'une grande terreur 2. » Eusèbe de Nicomé-

I. Ces qualiuis d'homme de loi habitué à la discussion des textes et à l'étude de dossiers étaient si bien connues que Sulpice-Sévère, Hist. tacra, n, 3C, nomme Athanase Alexandrie episcopum jurisconsultum. Gibbon, en rapportant ce texte, dit que cette qualité n'apparaît nulle part dans la rie et dans les écrits d'Athanase. 11 n'y en a, au contraire, presque aucune qui soit plus apparente.

i. S. Athan., ad Soi., p. 816.

die, cependant, sut payer d'adresse et d'impudence.

On reçut convenablement les envoyés du pape, mais on leur fit attendre la réponse. Le voyage était difficile,

disait-on, avec les dangers toujours menaçants de la guerre de Perse, plus vive que jamais sur la frontière des diocèses orientaux1. Moyennant ce prétexte et d'autres encore, on put laisser passer toute Tannée 340, et atteindre le début de la suivante, époque où il y avait tout naturellement une grande réunion des évêques d'Orient à Antioche pour la dédicace d'une vaste église nommée la Basilique d'or, dont les fondements avaient été posés par Constantin. Constance, qui passait assez volontiers les hivers à Antioche pour ne pas s'éloigner de son armée de Perse, devait assister à cette cérémonie. Eusèbe savait par expérience le parti qu'il pouvait tirer de ce genre de réunions, qu'il excellait, comme on avait pu s'en convaincre à Tyr, à gouverner par d'habiles manœuvres a.

A. d. L'assemblée d'évêques eut lieu en effet à Antioche dès 341 les premiers jours de 341 3. Quatre-vingt-dix prélats d'Orient s'y montrèrent, et l'on voit encore figurer ici les noms déjà trop connus de Narcisse de Néroniade, de Patrophile de Scythoplc, de Maris de Chalcédoine. Mais

Page 1