‹ L'église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 4)Chapitre 150 sur 321 · Amm. Marc, xxii · texte numérisé non relu

Amm. Marc, xxii

8. Liban., Or. 10, p. 271. — Ju1.,û</ Athen, p. 510. — Soi., — Amm. Marc., rv'i, S.

Barbares avaient mis le siège. Quand il y arriva, le 24 (le ce mois, les Barbares avaient disparu et la ville était libre. Le seul bruit de son approche, en c^ffet, avait rendu le courage aux vétérans qui défendaient la (fité, et plusieurs sorties heureuses avaient rail reculer les troupes assiégeantes qui s'éloignaient par 1^ route d'Auxerrc. Julien n'hésita pas à se mettre à leur poursuite. Deux routes pouvaient être suivies pour les atteindre: la grande voie romaine qui passait par Sidoleucum et Cpra (Saulieu et Vermanton, le long l'Yonne), et un chemin de traverse qui coupait au P'us court en s*enfonçant dans les bois. Julien choisit ris balancer la voie la plus rapide et la plus périlleuse, -^^oompagné de deux corps de cavalerie et d'infanterie ■^*S^re, il traversa la forêt et se trouva à Auxerre au o ment où Tennerai sortait de celte ville pour se diriger ^Ut- Troyes (Tricassini). Après quelques instants de '^^Pos, la poursuite fut reprise. Entre Troyes et Auxerre îilteignit enfin les Barbares, et Julien s'en vit même ^^^nme environné de toutes parts. Un combat engagé ^^tls un lieu habilement choisi lui permit de frapper un S^'owdcoup sur une de leurs bandes isolées, qu'il fit ^^plive presque tout entière. Le reste de la troui)e, ''^ès-elTrayé , continua son mouvement rétrograde, et ^ ^Hen, ne se souciant pas de commettre son pelit corps ^ ^rmée avec une foule désordonnée, laissa à dessein fugitifs s échapper. Tous ces mouvements avaient ^té accomplis pourtant avec tant de célérité, que quand

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lors avec plus de circonspection, mais non avec moins de courage, en peu de mois il eut poussé devant lui les Barbares jusqu'à Strasbourg ; et de là , descendant le oours du Rhin, il put rétablir successivement la puissance romaine à Coblentz , puis enfin à Cologne. Une s^ule bataille, livrée dans une plaine d'Alsace, déc^ida la fortune. Un des rois francs demanda la- paix ; les fortifications de Cologne furent réparées; puis Julien n 'osant ni se fier à ces traités, ni passer Thiver sur une ft^ontière encore si dégarnie de troupes, eut le temps de tr^averser de nouveau la moitié de la Gaule et de venir dans un lieu plus sûr, aux environs de Sens, non pas jouir de ses victoires, mais en préparer de nouvelles *.

Pendant les derniers jours de cette heureuse campagne, un incident assez singulier fit le sujet des cotiirersations de Tarmée. On distribuait un matin aux aidais, sous les yeux du césar lui-même, la solde extraordinaire de campagne, et chacun venait à l'ap- PbI pour la recevoir. On appela à son tour Martin, fils de vétéran , et à ce nom on vit sortir des rangs tout jeune homme, de bonne mine, qui, m lieu s'approcher du payeur, marcha droit au prince lui dit : a César, jusqu'aujourd'hui j'ai servi pour ^'ous: souffrez que désormais je serve Dieu. Que celui fl^i veut porter les armes prenne votre solde : pour moi, ne veux plus être soldat que du Christ, et les combats ^ ine sont plus perniis. A cette demande inattendue,

Amm. Marc, /oc. cit, — Liban., Or. 10, p. 271, 272. IV. t

.suivie (le cette profession de foi qui ne lui plaisait guère, Julien fronça les sourcils, d'assez mauvaise humeur: a Quel esl le lâche, dil-il, qui veut se retirer la veille d'un combat? » — « Si Ton prend ma foi pour de la peur, reprit le jeune cavalier sans se troubler, qu or^^

me mette demain sans armes devant les rangs, et ai j

nom du Seigneur Jésus, et avec le signe de la croii pou r

toute défense, je saurai traverser les bataillons ennr >■

mis. » Soit qu'il voulût ou non accepter TépreuvŒ», Julien fit toujours , en attendant, mettre Timporln^a pétitionnaire aux arrêts. Puis le hasard fit qu'il n'y e^mii plus de combat, les Barbares ayant demande la paix d^^s le lendemain. Alors, si Julien voulut examiner les éta^ ^ de service du jeune homme, il put apprendre qu'il él^»*^ originaire de Pannonie ; qu'on l'avait enrôlé de for^^e cinq ans auparavant, à peine âgé de seize ans, en ver de la loi qui obligeait les fils de vétérans à embrasser 1^ carrière de leurs pères. On ne parlait dans la légion q«J^ de son inépuisable charité ; ses camarades raimaie?vivement ; il distribuait aux pauvres ce qui ne lui éL^** pas strictement nécessaire pour subsister, etce nécessai élait peu de chose, car sous runiforme il vivait av^* l'austérité d'un moine. On racontait de lui, entre aut» choses, un trait louchant. Un jour, par un grand fro ■ il avait rencontré sur sa route un pauvre à moitié n • lui-même était fort mal couvert, ne portant d'aiE^^ vêtement que le simple manteau militaire; et n'ay»**' d'ailleurs nul argent sur lui, il n'avait rien imaginé

mieux que de partager son manteau par la moitié avec son épée, et d*en donner une partie au mendiant. Puis il était rentré aii camp dans cet accoutrement bizarre» au milieu des plaisanteries de ses camarades. Mais » ajoutaient les soldats chrétiens, dans la nuit, le Christ I ui était apparu couvert du lambeau qu*il avait donné au pauvre, en disant : « C'est Martin qui m'a vétu de Iq sorte. » Depuis lors il n'avait plus songé qu'à quitter le camp pour se rendre auprès de l'évéque Ililaire (le Poitiers, dont la renommée croissante l'attirail. Rien de tout cela, sans doute, ne touchait beaucoup Julien ; ^ais Martin était dans son droit, son temps de service ^toii fini. On le laissa partir sans autre observation, et bientôt personne n'y pensa plus*.

Malgré Tenthousiasme qu'excitaient dans Tormée des ^Uocès inattendus, personne mieux que le jeune césar sentait combien i|s étaient incomplets. <c Les atraires ^Waient mal la première année », écrivait-il luj-mênue plus tard : il avait raison. Les Barbares n'étaient nulle- Q^^nt découragés. Des transfuges partis probablement rangs des troupes auxiliaires, les informaient régu- Uèrement de tout ce qui se passait dans le camp romain, Ils apprirent ainsi que, pour subvenir à la subsistance Tarmée sans trop fouler des populations déjà épuises par l'invasion, Julien avait disséminé ses troupes ^ d'assez grandes distances autour de Sens. Ils surent

Snlp. Sev., Vita B. Mart, i, 5.

20 JULIEN ËN GAULE.

même en particulier que les deux corps qui portaient les noms de Scularii et de GentiteSy les meilleurs probablement dont Julien pût disposer, n'étaient point avec lui en garnison dans la ville. Profitant de cet avertissement» ils prirent subitement les armes au milieu de l'hiver, et on les vit arriver devant Sens» au moment qu'on s'y attendait le moins. A peine eut-on le temps de fermer les portes et de mettre les murailles en dérense. Julien, surpris» ne perdit pas pourtant courage: il ne s'agissait» après tout, que de tenir quelques jours, car on ne pouvait douter que le maître de la cavalerie» Marcellus» campé à peu de distance, n'accourût à la première nouvelle du péril d'une personne impériale. Fortifiant le mieux qu'il put la muraille intérieure» Julien mit sa petite troupe en défense sur le rempart » et en prit lui même le commandement. Plusieurs nuits» plusieui jours sécoulcrent dans une attente infructueuse Marcellus n'arrivait pas. La troupe tombait de fatigu et de sommeil ; Julien se promenait sur le rem] avec rage, et regardait en grinçant des dents la plaim Irès-irrilé de ne voir rien paraître. Aucun retard nepi pourtant le déterminer à céder la place, et trente jours passèrent ainsi, au bout desquels les Barbares fatigia eux-mêmes , et ne trouvant plus de quoi se nourr s'en allèrent comme ils étaient venus *.

C'était alors h Marcellus d'expliquer sa coupa, inaction. Julien le cita à comparaître; mais l'a

1. Gps faits doivent s'iHrft passifs dans l'hiver dt» 350 A r.57.

usolent, au lieu de se conformer à cet ordre, prit [IroUySans autre explication , la route de Milan , içani qu'il allait rendre ses comptes à Constance. Il t pas embarrassé, en effet, pour trouver de quoi ir, dit Ammien IMarcellin, ces oreilles toujours les à la délation. Arrivé au séjour de l'auguste, llus demanda à être introduit dans le consistoire et là se mit à dénoncer avec une grande chaleur ir de Gaule comme se livrant à des manœuvres ites pour gagner la confiance des troupes et les rner'de leur devoir. « Ses ailes croissent, disait-il, ivant sur le visage de Constance l'effet de ses insims, et il ne tardera pas à prendre son vol plus Bocore. » Il en était là , quand on annonça qu'un é de Julien demandait à son tour à être admis. Il it pas moyen de fermer la porte à la défense après r ouverte à Taccusalion.

en, en effet, avait envoyé, à la suite de Marcellus, puté chargé de justifier sa conduite, et il avait ioin pour cette mission d'un des eunuques mis y de lui en qualité de chambellans , et chez avait démêlé un esprit et un cœur supérieurs à idilion. C'était un Arménien du nom d'Euthérius, d'origine, mais que le sort de la guerre avait dès son enfance en captivité. Bien qu'il fit partie ;ortége imposé où Julien ne voyait que des espions, ice et lui s'étaient promptement liés par une symde goûts littéraires. Euthérius avait l'esprit cul-

22 JULIEN ËN GAULE.

tivé , et Julien avait trouvé du charme à reprendre avec lui ses lectures favorites. Peu à peu, touché de ses bons procédés, il s'était laissé aller à épancher dans le sein de ce confident inattendu les peines qu*il devait cacher à son entourage suspect. En retour, le chambellan lui donnait ses conseils et corrigeait même assez hardiment en lui ce qui pouvait rester encore de la mollesse des habitudes asiatiques. Cet excellent ami s'acquitta dignement de sa mission : mis face à face avec Mnrcelhis, il raconta, preuves en main, comment ragent infidèle avait compromis par sa défection le sort de la domination romaine en (Jaule. Sa défense énergique trouva un auxiliaire dans Tappui d*Eusébie, qui gardait toujours pour son jeune parent une tendre^ prédilection. Sous Tinflucnce de cette douce voix, Con stance fit taire, au moins en apparence, sa jalousie nais-, santé, cl Marecllus fui banni et remplacé. La cavaleri» fut confiée à Sévère, et l'infanterie renforcée de vingi cinq mille hommes sous le commandement d'un génér du nom de Barbalion. Si ce Barl)ation était le mèn officier qui avait arrêté autrefois Gallus en Istrie, c'ét un étrange serviteur qu'on donnait au frère même ^«-3 ce malheureux prince *.

Snlisfait cependant de ce résultai qui lui fut com m,~Mu probablement dans Thiver de 357, avant qu'il mi rci)rendrc le cours de ses opérations militaires, JulieiB.

1. Amm. Mail'., xvi, 7. — Liban., Or. 10, p. 272. — Zos., ni, — - Voir aussi dai)s le vohirufi précédent, p. 247-248 .

témoigna sa reconnaissance à renipereur,et,avec plus de vivacité encore et de sincérité, à Timpératrice. C'était le moment où Constance se disposait à ce voyage de Rome, dont nous avons raconté tout au long les ridicules incident9. De toutes parts, on se le rappelle, les sénats des grandes cités envoyaient leurs députations pour assister à I entrée de l'empereur dans la ville éternelle, et lui offrir leurs hommages*. Partout les écrivains étaient à l'œuvre: cla ns touslesateliers de rhétorique on fabriquait des pané- Sryriques. Julien, aussi dissimulé qu'ardent et habitué dès l'enfance au mensonge par Toppression, quitta aussitôt l*opée pour la plume, et se mit à l'ouvrage comme les au 1res; appelant à son aide tous ses souvenirs classiques, feuilletant de nouveau son Virgile et son Homère qui ne le quittaient pas dans ses campagnes, il tira de sa veine deux morceaux de déclamation verbeuse, où il coinpare Constance à tous les héros de l'Iliade, et Etisébie à Andromaque et Pénélope. Nous avons encore ces deux pièces curieuses, composées, avec bcaud'art, d'après toutes les traditions de l'école. Le texte en a pu être . un peu relouché par l'auteur, à une époque postérieure, car l'invocation aux dieux du Paganisme y dépasse vraiment la mesure de ce que la fiction poétique * pouvait permettre sous un empereur

Voir le volume précédent, p. 371 et suiv. ^' L«; ton gôuéral de ce discours est païen et philosophique : il n'y a Jl"^^ ^lïà mot qui indique une croyance chrétienne. Dans un endroit *^nie^ l'auteur se sert à plusieurs reprises du mot «les Dieux » ( Or. 2, ^^^). Cette singularité a justement étonné les éditeurs. Comment

chrétien. Mais Tesprit général n'a pu être altéré. C*est une suite de citations classiques, entrecoupées d'aphorismes philosophiques, tout empreints des souvenirs de Plalon et des interprétations de l'école d'Alexandrie. Libanius n'eût fait ni mieux, ni même aussi bien ; mais en fait de basses flatteries, l'élève ne reste pas non plus au-dessous du maitre. Constance a la valeur d'Ajax, mais n'a pas sa violence ; il n'a pas fui, comme Hector, devant Achille; son éloquence est plus heureuse que celle de Nestor et d'Ulysse, car elle a apaisé une guerre civile, et les orateurs grecs n'ont pu empêcher leurs princes de se quereller. Suivent les récits obligés des exploits de Nisibe et de Murse, et le moindre mol ne fait pas soupçonner que Constance était absent à la première de CCS aiTaires, et se cachait à la seconde. Yient^ enfin un tableau d'un bon prince, d'un prince coura —

Constance pouvail-il se laisser dire par son subordonné, qu'il était nrserviteur des Dieux (c jy. oXi-Y^pc; ôspaTTEta; 6e wv), et cela Tannée mém^s où il rédigeait des lois contre le paganisme et où il faisait enlever

statue de la Victoire du sénat? — Les commentateurs Si>anheim , Péta"

et plus récemment M. Desjardins, inclinent à penser que Julien reloue^ ce discours plus tard, pour le faire figurer dans ses œuvres. Mais ce" conjecture ello-mèmc n'est pas sans difficulté. Comment croire (^^^ Julien, une fois empereur, c'est-à-dire quand il ne se gènà.it pas p< accal)ler d'invectives la mémoire de sou prédécesseur, ait pris pla^b^ à retoucher un panégyrique qui devait lui rappeler des temps d'hn"^BCi liation et de hassossc ? — Nous avouons n'avoir pas de répouse satî&~^C santé à cette question. Peut-être cependant, dans l'habitude des éc»~M^ l'éloge du souverain régnant était-il une chose tellement de style, "«J affaire tellement de conventi(>n, que Julien n'éprouvait vis-à-vis d» s conseillers habituels , les rhéteurs , accoutumés à ce genre d'exerc% et en connaissant les conditions, aucun embarras de l'excès de flatr'C^^ auquel il était descendu.

:eiix dans l'adversité et clément dans la victoire, et ïoiistancc est encore prié de se reconnaître dans ce ableau si ressemblant *.

Un accent plus vrai se fait entendre dans Féloge d'Eulébie. Il y a de la grâce et du sentiment dans ce dé- )Ut. « Je m'étonnerais, en vérité, si nous, qui louons si irolontiers les hommes de bien, nous regardions comme indignes de louanges les vertus des femmes, qui ne sont pas moindres que celles des hommes. Nous voulons qu'une femme soit chaste, prudente, juste pour tous, courageuse dans le danger, magnanime, libérale. Nous exigeons d'elle, en un mot, toutes les vertus, et nous la frivons de toute louange, comme si nous craignions de plraitre flatteurs. Mais Homère n'a pas rougi de louer ^énélope et l'épouse d'AIcinoûs... Nous ne rougissons B8 de recevoir d'une femme un bienfait. Hésiteronsous à lui en rendre grâce? Et si Ton dit qu'il est ridiale d'attendre quelque chose d'une femme, trouveronslous donc que le sage Ulysse a manqué de courage, orsqiril est venu supplier la vierge royale qui jouait avec ;es compagnes sur le rivage de la mer*? »

L'auteur s'attendrit tout à fait lorsqu'il vient à ra- :^nler l'inépuisable charité d'Euscbie et à vanter ses bontés pour lui-même. Il ne s'abandonne pourtant pas complètement à son émotion, car l'allusion aux malheurs qu'il a soufferts est toujours conçue dans un esprit de

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