‹ L'église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 4)Chapitre 179 sur 321 · Jul., Ep. xxxyiii. (éd. Span.), p. 4iA · texte numérisé non relu

Jul., Ep. xxxyiii. (éd. Span.), p. 4iA

JULIEN EX r.AiM:.

avec trop de précipitation et de rigueur» les torts de l'administration de Constance» il se mit aussi en devoir de répondre par des morceaux d'éloquence aux hommages qu'on lui envoyait de toutes parts. Il écrivit aux plus grandes cités de l'empire, pour incriminer Constance et justifier sa propre élévation. Il ne s'attendait pas sans doute à trouver un juge bien sévère dans ce public de l'empire accoutumé depuis si longtemps aux entreprises des ambitieux et aux rivalités des prétendants^ et qui* n'était pas difficile en fait de légitimité ; mais il lui importait de mettre d'accord l'audace de son entreprise avec le type abstrait de justice et d'impassibilité stoîque qui convenait à un philosophe couronné. Posant, comme le modèle du sage , devant la postérité et devant les déclamateurs de toutes les écoles, il lui importait de faire comprendre comment il pouvait concilier ce caractère avec la prétention à l'empire, et l'ardeur qu'il mettait à venger ses injures*.

Ces pièces d'éloquence, dont une seule nous est parvenue, furent très-diversement accueillies. A Rome l'envoi réussit très-mal : ou trouva que le philosophe s'était Oublié, et que l'invective contre Constance, qui s'étendait Oiême à la mémoire de Constantin, passait la mesure. Quand le préfet Tertullien donna lecture de la lettre en plein sénat, il y eut un soulèvement général : « Montrez plus de respect, lui cria-t-on, pour celui qui vous

i. Liban., Or. iO, p. «80. — Zo8.> ra, 10.

a fait ce que vous êtes. » D'où venait cette lueur d'iiidépendance dans un corps asservi? Élait-ce seulement un élan de reconnaissance pour les bontés que, quatre ans auparavant. Constance avait témoignées à la capitale du monde? Quelque dépit, on peut le supposer, se mêlait à ce sentiment honorable. Rome étaitbiessée de voir que ce jeune homme, qui voulait restaurer Tempire etleculle des dieux, ne fût pas venu tout d'abord se retremper x±QZ elle aux traditions nationales : elle sentait en lui le ^ Grec plus que le Romain , un lettré antiquaire plutôt,;;» qu'un fils du vieux monde latin. Ses héros, on le voyait,^ ^ étaient au Parthénon , au Portique, à l'Académie, par— -77, tout, excepté au Capitole. La république , du sein d^ Je sa tombe, regardait donc avec indifférence les dernièrei^ss luttes de la philosophie. Julien , informé de cette maiiii^. vaise grâce, n'en prit point d'humeur : au contrairai^, comme il sut en même temps que le blé manquait à la capitale, et qu'on y était menacé de la disette» il p — -wit avec un soin tout particulier de sages mesures fomm^ur assurer la subsistance du peuple romain. II donna /a place de Terlullieu à un sénateur, païen de distincti^z}/?, Symmaque, très-versé dans la rhétorique, en mœiDe temps qu'il accordait le gouvernement de la grainrfe Pannonie à Thislorien A urùle- Victor. Le gouvernenn^/?/ des théologiens finissait, et faisait place à celui des /entrés*.

Aussi ce fat à la capitale des lettres qu'il adressa m

i. Amm. Marc. XXI. 10. 19.

épttre la plus partaile, la plus étudiée, la seule qui, |agée digne d*èlre conservée, reste encore entre nos mains. Sa lettre au sénat et au peuple d'Athènes, exact et touchant récit des malheurs de sa jeunesse , est une œuvre d*art achevée. On sent que l'auteur parlait là à son public de prédilection, a II savait, ditLibanius, que les dieux mêmes ont voulu être jugés par les Athéniens, et c'est pourquoi il prit les fils d'Ërecblhée pour ses juges.» — tt C'est à vous,leur disait-il, à vous qui avez conservé jusqu'à nos jours les restes et comme l'étincelle des vertus de vos aïeux , c'est à vous à considérer, non hgrandeurdes choses, mais leur justice. Et quand même pielqu'un traverserait le monde avec une incroyable lipidité et une force infatigable,comnie s'il volait à traers les airs, vous devriez encore vous demander s'il fait yut cela avec le droit de son côté. Et si vous trouviez u*un tel homme est juste , alors seulement vous auriez ) droit de le louer en public et en particulier. Mais s'il ▼ait manqué à la justice, vous le priveriez, avec raion, de tout honneur; car la justice est la sœur de la irudence. Ceux qui la méprisent, çhassez-les justement ^mme des impies qui outragent votre déesse. Et voilà ^urquoi je veux vous raconter tout ce qui me touche Le messager qui porta cette lettre était sans doute cet hiérophante d'Éleusis, appelé, suivant Eunape, à la cour de Julien, et qu'il renvoya à Athènes avec ordre de présider à la reconstruction des temples.

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