Soz, — S. Grég. Naz. — Théod., cit
î. Soz.— Théod.— S. Gi^j;. Naz., /oc. ct7.— Soc., m, ilî iv, 1.
Julien plus équitable et plus modéré que l<i loi par laquelle il avait ordonné d'une manière générale, et sans même désigner les édifices chrétiens, de restituer aux villes toutes les possessions qui leur avaient été retirées par Constance. Dans l'application, rien n'était mieux fait pour mettre les partis aux prises et les populations en feu. Ces possessions, on Ta vu, étaient presque toutes devenues des églises, honorées d'un culte assidu, renfermant des tombeaux de martyrs ou des images vénérées, solennellement consacrées par la bénédiction épiscopale et où reposait, à la lueur d'un feu continu, le ciboire de la sainte Eucharistie. Chasser violemment prêtres et fidèles de ces sanctuaires, pour installer avec éclat une idole sur l'autel qui avait porté le corps de Jésus-Christ , c'était blesser au vif tous les sentiaienis des populations chrétiennes. Pour faire l'opération complète, il fallait encore aller plus loin. Combien de joyaux enlevés aux statues des Dieux étaient maintenant incrustés dans des croix et dans des calices : combien d'étoles, combien de vêlements sacrés, étaient avec les riches dépouilles du culte détruit ! Pour le^ rendre à leurs anciens possesseurs, il fallait pratiquer un véritable pillage des objets consacrés. C'était loiilc une restauration qu'il fallait tenter, une sorte de contrerévolution avec toutes les violences que ces réaclions entraînent. Il fallait s'attendre que dans une telle entreprise les gouverneurs, souvent brutaux eux-mêmes et emportés, rencontreraient chez les fidèles une rési-
JULIEN Airr.llSTE.
stance énergique et seraient forcés de chercher dans la lie encore païenne des grandes villes de dangereux auxiliaires.
Un des premiers lieux où ces difûcultés inhérentes à toute réaction se manifestèrent, fut la petite ville d'Aréthuse en Syrie. Elle avait pour évèque un prélat qui n'était pas sans reproche sous le rapport de la foi, mais qui, admis h la cour de Constantin , avait joué an rôle honorable dans les tragédies de la famille impériale. C'était le vieux Marc» le même qui avait recueilli dans sa maison, au moment du massacre préparé par Constance, Julien enfant et son frère, et les avait soustraits à leur persécuteur. Fort en faveur auprès de Constance malgré ce trait d*humanilé, il avait profité de sa puissance pour obtenir la démolition d'un temple très-anciennement vénéré, qui déshonorait sa métropole, et il ofRciait maintenant chaque jour dans une Tîche église bâtie sur les ruines du temple. En application de la loi nouvelle, il reçut le commandement de restituer le terrain et de rebâtir à ses frais l'édifice détruit. Le bas peuple, qui lui gardait rancune de la suppression d'un sanctuaire fort accrédité, se pressa autour de son palais pour accélérer par la force l'exécution de la mesure. Marc, efl^rayé, ne crut pouvoir ni céder à ce qu'on lui demandait, ni faire téte à l'orage, et se retira. Il était déjà à quelques lieues de la ville, lorsqu'il apprit qu'au défaut de Tévôque on commentait k vouloir exercer les reprises sur les chrétiens de
distinction du diocèse. Jugeant alors de son devoir de protéger ses coreligionnaires, ii revint sur ses pas et rentra dans la ville, se livrant lui-même à la fureur de la populace ' .
Ce courage ne fit qu'irriter ses adversaires. On se saisit de sa personne, on le tratna par les rues, en le tirant tantôt par les pieds, tantôt par les cheveux, et en Tabreuvant d'outrages. On le jetait dans les égouts, d'où on le retirait tout meurtri et tout souillé. Des jeunes gens le prenaient par les bras et par les jambes, et se jetaient son corps les uns aux autres comme une balle de jeu. Des Tcmmesde distinction, des magistrats même, ne craignirent pas de se mêler à ce divertissement hideux, laissant éclater ce jour-là des sentiments longtemps contenus, ou suivant à l'aveugle le vent de persécution qui s'élevait. Quand l'horrible promenade fut terminée, on enduisit le corps du vieillard d'une couche de miel, et on le suspendit dans un filet, exposé à toutes les piqûres des mouches et des guêpes.
Tant d'injures ne vinrent à bout ni de lui arracher son faible souffle de vie, ni de faire plier son âme courageuse. Il ne mourut pas et ne céda pas. On ne surprit sur son visage ni impatience, ni terreur. « Je suis heureux, disait-il, d'être élevé de quelques degrés vers le ciel, tandis que vous autres vous rampez sur la terre.» Ses persécuteurs voulaient le faire fléchir, mais n'osaient
1. s. Grég. Naz., Or. v, 55, 88, 99. — Soz., v, 10. — Théod., m, «
e faire mourir. Ils lui offrirent donc à plusieurs reprises le le délivrer, moyennant le paiement de la somme à aquelle on avait évalué le temple détruit, et, comme il »i refusait obstinément à cette condition, à chaque proposition nouvelle on diminuait la somme demandée, et on flnit par mettre sa libération à un prix si bas que tous les chrétiens de hi ville offraient de payer pour lui. Mais l'évéque fut inébranlable, répétant toujours que les lois de l'Église Tempèchaient de concourir, même par le plus léger tribut, au rétablissement de Fidolâtrie. Enfin le jour se termina, et les bourreaux, lassés plutôt que vaincus , mais n'osant pas enfreindre les ordres de l'empereur en allant jusqu'à enlever la vie à leur victime, lui accordèrent la liberté sans condition*. On ajoute que l'effet de ce triste spectacle fut tel que beaucoup de gens vinrent demander pardon à Marc, écoutèrent Ses instructions, et se convertirent à la religion persécutée.
Des scènes de désordre analogues, et provoquées par es mêmes motifs, se reproduisirent à Damas, où des fuifs mirent le feu à deux grandes basiliques chrétiennes^ ; h Béryle, où le magistrat de la ville lui-même, le comte Magnus, procéda à l'incendie de l'église ; à Émèse, où la foule vint placer en grande pompe la statue de Bacchus sur l'autel, puis détruisit et jeta au vent les restes de tous les martyrs qui étaient ensevelis sous