Jul., Hp, uvii (éd. Spau.),p
l'heure, m'écrié-je, où lempereur me faisait venir : j'entrais, je m'asseyais près de lui, car il me le permettait. Je disputais avec lui pour la défense de ma ville, car il m'était permis de parler au souverain en faveur de ceux qui l'ont offensé. Il triomphait dans la discussion, ayant de justes griefs et une plus grande éloquence. Moi, j'osais le contredire, et je ne lui devenais pas odieux, et il ne me chassait pas. Voilà de quoi je me nourris, et je prie les Dieux d'abord de vous faire vaincre les ennemis, puis de vous ramener à nous, tel que vous étiez autrefois... Traversez les fleuves, fondez sur ces grands archers, plus rapide qu'un torrent, et ensuite reprenez les sentiments que vous aviez jadis. Puis ne vous fatiguez pas de me donner toutes les consolations que comporte l'absence. Quant à moi, je vous écrirai partout ; je vous provoquerai en pleine bataille, persuadé qu'il est digne de vous de camper, de frapper et d'écrire tout ensemble*. » Puis, se montant la tète sur son métier d'ambassadeur et d'intermédiaire entre le souverain et les sujets, il se mettait d'avance à composer le discours qu'il prononcerait à Julien victorieux, pour le décider à rentrer à Antioche. Nous avons encore cette pièce d'éloquence tout à fait touchante, à laquelle il n'a manqué qu'une chose pour produire son effet, les victoires de Julien ot son retour^
!. Liban., Ep. 712, p. 341.
2. Lil»an., Ijey. ftdJui.,^. 151 et siiiv. Le texte de ce discours fait roir qu'il ne put jamais être prononcé, puisqu'il suppose le retour de Julieo.
JULIEN PEnSKCLTELR. 349
Pour être payé de sa peine, et pour faciliter sa lâche, Libanius aurait bien voulu aussi décider les habitants d*Antioche à faire quelque bonne démarche de nature à plaire tout à fait à l'empereur. Il lui annonçait bien, à la vérité, peu de jours après, pour l'adoucir, que le préfet Alexandre réussissait à merveille dans son gouvernement ; que sa sévérité avait les plus heureux fruits; que la ville, entre ses mains, prenait une activité inconnue, et qu'il ne reconnaîtrait pas les Antiochiens, devenus à son retour de véritables Spartiates*. Mais tout cela ne pouvait produire Teffet qu'aurait causé une conversion en masse de la population au paganisme. C*est à ce résultat que Libanius ne désespérait pas d'arriver à force d'éloquence. « Croyez- moi, disait-il à toute heure aux Antiochiens, vous n'apaiserez jamais la colère de l'empereur ni par vos pétitions, ni par vos cris, ni même par vos ambassadeurs, quand même (ajoutait - il , sans doule en baissant modestement les yeux) vous lui enverriez vos meilleurs orateurs, si vous ne cessez vos mauvaises plaisanteries et si vous ne consacrez votre cité à Jupiter et aux autres Dieux que, bien longtemps avant l'empereur et dès votre enfance, Hésiode et Homère vous ont appris à connaître. Vous mettez du prix à être des gens cultivés, et vous faites avec raison consister l'éducation dans la connaissance (le ces poètes. Mais dès qu'il s'agit des intérêts les plus