IV
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Quoi qu'il en soit, à partir de ce moment on vit Tincertitude se glisser dans ses conseils. U resta plusieurs jours en observation devant Ctésiphon et aux environs , sans se mettre en devoir de commencer le siège. Il es« seyait, par de feintes manœuvres, d'appeler de nouveau l'armée perse dans la campagne; mais elle était surseS gardes, ne voulait plus quitter l'abri des murailles, et les généraux lui faisaient dire que, s'il tenait absolument à livrer bataille, il n'avait qu'à aller chercher le grand roi, ou seulement à l'attendre. A force de recevoir ces défis dérisoires, une nouvelle idée s'empara de son imagination. Pourquoi consumer devant quelques remparts ses forces et son temps? Alexandre, le seul avant lui
qui eût marché si loin au-devant de l'aurore , s'étaitril
soucié de se battre contre des pans de murailles? Non
c'était à ciel découvert, et en rase campagne, qu'il avai^H provoqué et immolé l'ennemi de la Grèce. Engagé ai ^
service des mêmes Dieux et poursuivant la même en
treprise , Julien se demanda ce qu'il pouvait faire d ^ mieux que d'imiter un si grand exemple? Les plaines d'Arbelles n'étaient pas loin : quelques jours de marchme et un peu d'audace suffisaient pour porter le dîscij^le de Jamblique sur les bords où croissaient les paln^c^^ qu'avait cueillies l'élève d'Arislote.
Une fois conçue, la pensée d'aller au-devanl de Sapor pour lui offrir la bataille ne quitta plus son espnV, Coûte que coûte, d'ailleurs, c'était un grand éclat qu'il lui fallait. Entrer dans Babylone , comme Cyrus, s'eoï-
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parer du camp d'un nouveau Darius, peu importait, pourvu qu'on fît taire à force de gloire les railleries des chrétiens d'Antioche. Ce plan , rapidement substitué à celui qui Tavait inspiré jus(|ue-là, détermina l'accueil qu'il fit à deux émissaires, l'un officiel, Taulre secret, qui arrivèrent du camp de Sapor, et qui obtinrent audience de lui tous les deux , par l'intermédiaire d'Horitiisdas.
Le premier était un député qui venait apporter des propositions de paix. Étaient-elles sérieuses et conformes à la position des armées victorieuses de Julien? Sapor Toulaitril réellement, au prix de quelques sacrifices, prévenir l'issue toujours incertaine d'une bataille? C'est ce que nous ne pouvons savoir avec certitude, dans le silence d'Ammien Marcellin, dont le texte mutilé nous manque ici subitement. Libanius exalte en termes aussi emphatiques qu'obscurs le courage de son héros qui refusa, suivant lui , de se contenter de la moitié de l'empire perse. Socrate, au contraire, ne voit dans ce refus que TefTet d'une ambition insatiable et téméraire^ Ni l'un ni l'autre ne méritent d'être crus entièrement dans leurs paroles d'enthousiasme ou de haine ; mais ils s'ao^ cordent tous deux à reconnaître que , malgré l'insistance d'Hormisdas, le député de Sapor repartit sans avoir rien obtenu. Socrale prétend que ce fut le philosophe Maxime qui combattit le plus vivement, dans le conseil, toute idée de paix. Il rappela, suivant cet historien, que jamais Alexandre n'avait admis de pareilles
ouvertures, et il insinua en même temps que Pythagore pouvait bien avoir raison; que la métempsycose n'était pas un système si absurde qu'on le pensait généralement; qu'il y avait dans le monde des rapports de situation et de caractère bien étranges, et qu'enfin l'âme de Julien, si semblable à celle du fils de Philippe, n'avait peut-être, pour trouver le chemin de la victoire, qu'à consulter les vagues réminiscences d'une vie antérieure *.
L'autre Persan, qui jeçut un meilleur accueil, était ou disait être un noble de la cour de Sapor, maltraité par la tyrannique injustice de son mattre. Il avait encouru quelque disgrâce; et, pour lui faire sentir le déplaisir royal, on l'avait privé de ses biens et mis à la torture. Il arrivait, le cœur pénétré de ressentiment, et prêt, pour se venger, à livrer les secrets de son maître et l'indépendance de sa patrie. Il offrait de Conduire l'armée romaine par des chemins à lui connus, et de lui fournir ainsi roccasion de prendre Sapor à rimproviiite. Cette histoire avait une étrange ressemblance avec le fameux Irait du satrape Zopyre, livrant h capitale de TAss} rie au fils d'Hystaspe, et il n'était pas même besoin de croire à la métempsycose pour qu'une analogie si évidente fît naître de grands soupçons. Toute la cour vit donc le transfuge avec méfiance, et principalement le
1. Liban., Or. 10, p. 301, 321. Le texte est mutilé et défigurô j-ar des transpositions qui le lendent inintelligible. Aussi Gibbon a-t-il fait, en le traduisant, les plus étranges erreurs. — Soc, ui, îl.
prince Hormisdas, qui connaissait par expérience la perfidie de ses concitoyens. Julien seul avait pris Thabitude de tout croire, et voulait vaincre à tout prix\
Les propositions du Persan furent donc acceptées, et il fut résolu qu'on marcherait, sous sa conduite, vers Tinlérieur de la Perse, et qu'on irait au-dovant de Sapor. Mais il n est pas sans inconvénient de changer de résolution au milieu d'une campagne. Ce qui avait été jusque-là une force immense pour Julien devint subitement, pour l'exécution de ses nouveaux plans, un immense embarras. Que faire de la flotte, pendant qu'on s'éloignerait du Tigre et qu'on s'enfoncerait dans les terres? Si on la laissait sans défense, elle devenait rapidement la proie et le trophée des Barbares. Si on essayait, soit de la faire garder par des troupes, soit de lui faire remonter l'un ou l'autre des deux fleuves, il fallait laisser à bord un détachement d'hommes considérable, et Julien n'avait pas un soldat à éloigner du champ de bataille. Dans cette incertitude, le transfuge fut le premier à exprimer tout haut une pensée qui traversait déjà l'esprit de Julien, mais à laquelle il n'osait s'arrêter. Une bouche étrangère put seule proposer, sans frémir, de livrer aux
i. Soz., VI, 1. — Sext. Ruf. , Brevia., hist. rom. — Aurel. Victor., Epit. 42. — S. Grég. Naz., Or. iv, 11. L'histoire du transfuge, omise par Zosime et Libanius, est attestée par le païen Aurèle- Victor , et Ammien, interrompu ici , y fait un peu plus loin une allusion trèsévidente. I.e récit anonyme , publié par Mal (SpicUegium romanum, vol. 2), complète la ressemblance de cette histoire avec celle de Zopyre, en disant que le transfuge s'était coupé le nez pour mieux accré* diter la fable.
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flammes l'arsenal et la citadelle mobiles, dernière image qui représentait à l'armée romaine la patrie éloignée.
Le mot une fois Iftché, les arguments à l'appui d'un dessein si étrange ne manquèrent pourtant ni à Julien lui-même , ni aux conseillers perfldes ou flatteurs qui l'environnaient. Au point où en étaient les choses, la flotte, dit-on, était une entrave et non un secours : elle enchaînait l'armée aux rives du fleuve; elle occupait inutilement plus de vingt mille bras qui pourraient porter les armes ; elle ôfirail un asile à tous les soldats fatigués ou paresseux, qui voulaient se reposer à moitié chemin après une victoire imparfaite. Les ondes du Tigre, d'ailleurs, plus impétueuses que celles de l'Euphrate, fatiguaient les carènes des bâtiments, et on n'avait que le choix, ou de les détruire d'un coup, ou de les voir se dissoudre pièce à pièce. Enfin, à quoi servit cet immense magasin? Que fallait-il, à le bien prendre, pour ruiner à jamais la puissance des Perses? Quatre jours de nourriture pour quatre jours de marche, et un soldat assez dispos pour porter les provisions à dos. Le lendemain de la bataille, on aurait à sa discrétion toutes les richesses d'un empire*.
Personne ne combattit ces raisonnements, bien qu'ils n'eussent au fond convaincu personne. A l'exception de douze petits navires qu'on devait transporter sur des chariots pour bâtir des ponts en cas de besoin, toute la flotte (onze cents bâtiments d'un seul coup) fut donc