‹ L'église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 4)Chapitre 78 sur 321 · Zos., ioc. cit. — Lib., Or., 10, p · texte numérisé non relu

Zos., ioc. cit. — Lib., Or., 10, p

chrétiens faisaient leur devoir en essayant d'arrêter, par leur influence pacifique, l'effusion d'un sang précieux qui emporlait avec lui les meilleures forces de l'fitat. Quel qu'ait été d'ailleurs le motif des incertitudes de Constance et de sa lenteur, sa timidité était mal fondée, et TefTel le fit bien voir. Magnence , poussé par le désespoir à un véritable délire de férocité, se méfiant de tout le monde et sacrifiant ses meilleurs amis au moindre soupçon , eut bien vile exaspéré tous ses partisans. Dès le début de 353 *, quand Constance eut enfin pris la \v?* résolution de faire marcher son armée, avant même qu'elle fut tout a fait sortie des Alpes cottiennes, elle avait vu reculer devant elle, ou passer dans ses rangs les restes des troupes de Magnence. Cet indigne souverain, qui était lui-même retiré à Lyon, put entendre de ses oreilles ses propres gardes criant sous ses fenêtres : (( Vive Constance Auguste ! » Ne trouvant plus Je ressources pour échapper à une fin ignominieuse, il prit le parti de se donner la mort, en enveloppant dans la même résolution désespérée sa femme, sa mère elson propre fils. Son frère Décence, qu'il a\ait as.socii'; au pouvoir avec le litre de César, suivit son exemple, aussi fidèlement qu'il avait partagé sa fortune et ses crimes ^

^- 353 ap. J.-C. U. C. 1106. — Indict. x. — Conslautius vi et Galliis

1 Jol.— Zon. — Vict. — Eutr. — Soc, — Soz., loc. cit.,^ Chron. ^^«•^M p. 541.

Constance commandait donc à ]*Occident, et comme il se croyait encore sûr de tenir en tutelle le pouvoir de son jeune collègue en Orient, il voyait le monde entier sous ses lois, et se trouvait fortuitement arrivé au comble de son ardenle bien que timide ambition. Le passage rapide d'un tel péril à une telle puissance, mit à trop forte épreuve sa faible tète. Il ne put, dit Zosime, porter modérément la prospérité. 11 avait été doux, patient, humain même, pendant la lutte : il fut sans pitié comme sans prudence après la victoire. La joie d*un bien inespéré, la crainte constante de le perdre, lui enlevèrent tout sang-froid. Les poursuites contre les amis de Magnence Turent poussées avec une extrême rigueur; les délations accueillies et encouragées se multiplièrent, et d*affreux supplices les suivirent, dans lesquels les innocents Turent souvent conTondus avec les coupables. Le tableau de ces terribles réactions nous est tracé de main de maître par un annaliste éminent, dont il faut signaler ici avec reconnaissance l'apparition dans Thistoire. tt Comme un corps malade est agité par le plus léger choc , ainsi , dit Àmmien Marcellin dans le style de la décadence, mais avec la vigueur de pensée d'un autre âge, rânie étroite et irrilable de Constance, croyant que tout bruit qui se faisait entendre venait d'un fait ou d'une pensée qui tendait à sa ruine , attrista sa victoire par les gémissenients des innocents. Il suTfisail qu'un militaire, ou un dignitaire, ou un homme distingué dans ^a classe, fût désigné par la plus légère rumeur

comme ayant soutenu la causeennemie, pour qu'il se vît mis à la chaine comme une bête féroce : et sur Finstigalion d'un rival, ou même. par le seul fait qu'on l'avait nommé devant l'empereur^qu'il était dénoncé, ou soupçonné, il se voyait condamné à la mort , à la perte de ses honneurs , ou à la rélégation dans les fies. A l'âpre inquiétude que Constance éprouvait, dès qu'il croyait voir menacer rétendue de sa puissance, à l'irascibilité de ses soupçons, venaient ajouter encore les flatteries sanguinaires de sescourtisaiis; ils exagéraient les moindres incidents; ils feignaient de frémir à la pensée de ce qui arriverait si la vie du prince était compromise, cette vie Maquelle était suspendu, disaient-ils, comme à un fil, le

repos du genre humain Aussi, le vice funeste de la

cruauté, qui s'amortit chez la plupart des hommes avec lesannées, bouillonnait au contraire de plus en plus chez CoDstaoce. La cohorte de ses flatteurs venait incessamment prêter des armes à la dureté de ses résolutions. » . Parmi ces serviteurs du pouvoir et de la vengeance, Ammien nomme en particulier le secrétaire Paul, qu'on avait surnommé la Chaine, à cause de l'art qu'il savait déployer pour tirer les accusations le? unes des autres, comme on déroule les anneaux d'une chaine , afin de •aire naître des conspirations et de trouver des coupables. Il exerçait ce talent funeste en Bretagne, où il avait été envoyé, et y portait une telle ardeur que le vicaire de 'île, Martin, en fut scandalisé et essaya de le contenir. Menacé lui-môme d'élre compromis et dénonxié à Tem-

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peraur, le bon gouverneur se crut bientôt perdu, et se donna la mort. Pendant que les provinces réoemment conquises retentissaient ainsi des gémissements des victimes, Constance était à Arles, célébrant son triomphe par des jeux solennels et de magnifiques spectacles

Âu nombre des délateurs qui l'entouraient, et qu'Ammien a fiétris par la louche brûlante de son pin» ceau, rhistoiro doit nommer à regret de très-^vénérés personnages qui ne le cédaient à personne pour l'achar* nement de la haine et riiabilelé de la flatterie : c'étaient les évéques ariens ou leurs émissaires. Eux aussi se voyaient arrivés au comble de leurs espérances. L'Occident, la Gaule mémo, de tout temps le Toyer de l'orlho^ doxie et le centre de la résistance à Terreur, obéissaient enfin à un souverain dont ils possédaient seuls la confiance, et qui n'avait plus de ce côté, ni frère» ni collègue, ni rival à ménager. Le champ était libre de» ^ vant eux : l'àme de Constance, à la fois débarrassée de toute contrainte et ouverte à tous les soupçons, était toute disposée pour se prêter à leurs insinuations. Dans un moment où toute accusation était écoutée, de vieilles calomnies, accréditées par leur durée seule , devaient aisément revivre. 11 ne fallait pas beaucoup d*effort8 pour faire d'Athaiiase et de ses amis, des complices de l'usurpateur d'Occident.

1. Zos., n, 55. — \mm. Marcell., xiv, 5. La narration de cet exceUeat hisU^rien commcDce après la mort de Magueoce, et va dev(>uir la lumière du récit, en ce qui touche la politique, pendant toute la fin du règne de Constance et le rèpno entier de lulien.

Le délits en effet, ne fut» ni long, ni malaisé à con** siruire. Ce fui, ditron, Yalens de Murse qui s'en char» gea^ profitant de l'intimité qui s'était établie entre l'em* pereur et lui, pendant le long et inquiet séjour do rar** mée impériale en Pannonie^ Constance attribuait à ses prières le succès de cette rude campagnoi et disait volontiers qu'il devait la victoire, non à la vertu de sei propres armes, mais aux pieux mérites de Valens. La trame fut lissue avec habileté par ce digne successeur d'Eusèbe. Atbanase, ditril, avait reçu, au début de la guerre, la visite des ambassadeurs de Magnence, et le détour fait par ces députés du côté d'Alexandrie ne pouvait avoir eu d'autre but que de remettre une lettre de Tusurpateur au fauteur désigné de tous les troubles religieux de l'empire. Sur son chemin, en Italie, en Gaule, Constance n'avait-il pas trouvé partout le nom d'Atha<« nase en grand honneur auprès des évôques d'Occident, et ces évêques n'étaienl-ils pas ceux-là même qui avaient donné à leurs populations l'exemple de la plus prompte ^^oumi8sion au pouvoir illégilimfe? A ces griefs nouveaux, habilement développés, on joignait les anciens, rajeunis el comme retrempés par les nouvelles circonstances. L'hostilité d'Athanase et de ses amis contre le pouvoir de Constance n'était-elle pas évidente? N'était-ce pas à la ^uile (le son séjour auprès de Constant, dix ans aupara-

Sulpice Sév., Hist. eccL, ii, 28 : Obaoxiiis quidcm omnibus, dil-U liarlaût de CoDStance et des prêtres ariens, sM Valeuti prœcipue

vant, que des menaces de guerre avaient élé prononcées par ce malheureux prince? Ainsi, il n'avait pas tenu à Athanase que la guerre civile ne s'allumât dix ans plus tôt, rendue plus douloureuse encore par Thorreur d'une rivalité fraternelle. La politique obstinée de cet ambitieux avait donc toujours été de mettre l'Orient et TOccident aux prises, et sa présence en Orient était une insulte « éclatante à la puissance de Constance, qui Ten avait si longtemps tenu éloigné. La paix enGn si heureusement rétablie, fallait-il en compromettre le résultat en laissant durer un ferment de troubles toujours prêt à éclater'?

Ces insinuations chaque Jour répétées étaient appuyées par une influence plus active et d'une nature plus touchante : c'étaient les conseils d'une Jeune femme, d'une beauté rare, avec qui Constance venait de contracter une seconde union. Aurélie Eusébie était d'une famille noble de Thessaloniquc : un caractère doux, un esprit cultivé, un sens exquis, telles étaient les qualités qu'elle avait apportées sur le tronc impérial, et qui lui donnaient sur les résolutions de son époux un empire presque absolu. Elle n'était exemple ni des ))a>sions de son sexe, ni de l'orgueil de son rang; mais, excepté dans les cas, assez rares, où soit sa Jalousie, suit sa liciié royale, l'une et l'autre très-susceptibles, étaient en Jeu, on la trouvait habituellement douce, ser\ iable, humaine, ne manquant Jamais une occasion d'obliger ses amis et ses parents.

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