‹ L'église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 4)Chapitre 95 sur 321 · Théod., Il · texte numérisé non relu

Théod., Il

en sentent plus le besoin que moi. » Enfin, Teunuque Eusèbe crut devoir imiter la générosité de ses maitres, mais cetle fois ce fut avec une indignation méprisante que Toffre fut rejetée, a Suis-je un criminel, s'écria le pape, pour que le dévastateur des églises m'ofTre ainsi Tauiiiônc? Va, malheureux, et songe avant tout à devenir chrétien. » Le lendemain les gardes Taltendaient pour partir : et de ce palais impérial, où tant de fois l'ami était venu dénoncer son ami, le frère défouer son frère au cpurroux du maître ; où le chevet conjugal n'était pas un abri sùr contre la délation ; où on avait vu à tant de reprises les magistrats, les jurisconsultes, les interprètes du vieux droit romain, voiler la loi devant le bon plaisir du souverain, sortait un vieillard seul, p&le, enchaîné, payant de sa liberté et de son repos sa fidélité à son Dieu, à l'amitié absente, au droit et à l'innocence * !

Nul ne pouvait échapper, complètement à l'impression do celle grande scène. Voici en quels termes un païen, témoin oculaire, la racontait peu d'années après. « Ea ce temps, dit Ammien Marcellin, sous l'administration du préfet Léonce, l'évèque de la loi chrétienne. Libère, fut amené à la cour de Constance, parce qu'il résistait aux ordres de l'empereur et aux décrets de plusieurs de ses collègues, chrétiens comme lui. C'était au sujet d'Alhanase, alors évéque d'Alexandrie, qui s'était élevé beaucoup au-dessus des choses de son jélat, et s'était

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ingéré dans des affaires qui ne le concernaient pas * . Des rumeurs persistantes Tayant dénoncé, une réunion de plusieurs évéques assemblés en un même lieu, un synode, comme ces gens disenl ^, l'éloigna du poste sacré qu'il occupait. Car on disait qu'il était versé dans l'art de consulter le sort et de tirer des augures du vol des oiseaux. 11 avait souvent prédit l'avenir, et on racontait encore de lui d'autres choses tout à fait étrangères à la loi dont il élait le ministre. C'est cet homme que Libère avait reçu commandement de l'empereur de chasser, par un.ordre écrit, de son siège épiscopal. Libère pensait d'^thanase comme tout le monde ^, mais il refusait avec obstination de le proscrire, répétant très-haut que ce serait le dernier des crimes de condamner un homme qu'il n'avait ni vu, ni entendu V II résistait ainsi ouvertement au désir de l'empereur; et celui-ci, très-ennemi d'Âthanase, bien qu'il eût déjà accompli sa volonté, s'efforçait cependant, avec une grande ardeur, de faire confirmer sa sentence par cette autorité supérieure

1. Amm. Marc.^ xv, 7 : Ultra professionem altius se efferenlem scis- Otarique conatam externa.

2. Gœtas in unum quaesitus ejusdem loci multoram^ syooclus, ut ^pellant.

3. Paria sentiens cœleris, dit le texte. Le sens de cette phrase est ^Uigmatiqae. Les autres, cœten\ sont-ils les évèques qui condamnaient A^tlianase, ou ceux qui l'approuvaient ? J'incline à penser qu\\mmien, ^yant vécu à la cour, croyait naturellement Athauase condamné par ^ majorité des évêques, d'autant plus que Libère évitait de prendre directement sa défense, se retranchant derrière l'irrégularité de la pro- ^^^ure pour ne pas se prononcer.

4. Perseveranter renitebatur^ nec visum homiuem^ nec aaditum damiiare, nefas ultimum sspe exçlamans.

qui appartient aux évèques de la ville éternelle ^ » L'observateur sagace, mais prévenu, qui assistait aux débats de l'Eglise avec ce mélange singulier d'admiration et de préjugés, était alors jeune et caché obscurément dans la compagnie de gardes qu'on nommait les Protecteurs. Il avait accompagné à Milan son général, le mattre de la cavalerie, Urficin, prévenu d'avoir prêté son concours aux machinations supposées de Gallus. Car Tinquiète jalousie de Constance suivait de tous les côtés à la fois, et comme sur toutes les pistes, tout ce qui pouvait troubler son pouvoir ; et pendant toute la durée du concile, concurremment avec i'iiH struction ecclésiastique, d'autres procès s'étaient suivis» et ceux-là sans contradicteur, contre les hommes considérables qui avaient approché le jeune Cés^r pendant la courte durée de son règne à Antioche ^. Presque au même moment où Libère était emmené vers la Thrace, un jeune homme, victime de la même oppression, quittait aussi par la même route le palais impérial, après six mois d'angoisses et de contrainte. C'était le prince Julien, mandé à la cour aussitôt après la mort de son frère, et qui n'avait dû son salut qu'à l'extrême prudence de sa conduite et à la gracieuse intervention d'une femme.

Julien était naturellement désigné aux soupçons de son redoutable parent ; si Gallus avait eu des desseins

1. Licet sciret impletum^ tamen auctoritate quoque, qaa potiores ietems urbis episcopi, firmari desiderio nitebatur ardenti.

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