s. Hil., contr, Const, p
sance du trouble de leurs esprits. Il avait prévu la réaction qui s'opérait chez eux , et se tenait prêt à en
profiter.
La publication du livre des Synodes, envoyé par lui aux évêques de sa province , suivit en effet immédiatement la révolution de palais qui avait été la suite de celte réaction. Répondant à des questions qui lui étaient posées, Hilaire entreprend , dans ce traité, de donner aux Occidentaux un fil conducteur à travers le labyrinthe des professions de foi orientales. Il reprend , Tune après l'autre, à peu près toutes ces formules, il les discute» les examine, leur donnant à toutes le sens le plus favorable, le plus conforme à Torthodoxie, dont elles soient susceptibles, ne rejetant absolument, comme impie et blasphématoire, que la dernière formule de Sirmium -, et pour toutes les autres, sans justifier Tomission du mot consuls stanttel, s'efTorçant toujours de prouver que, si le terme ^ s'y trouve pa^,au moins des idées équivalentes y sont auvent exprimées; que, dès lors, le difl'érend est purement verbal et ne devrait pas mettre des chrétiens aux Ptises. Ses concessions ne vont nulle part jusqu'à aban- ^^nner le mot consubstantiel ; mais tous ses efforts sont employés à en bien expliquer, à en bien éclaircir le sens, ^e manière à faire tomber les préjugés, à dissiper les K3i.aages, à donner, en un mot, aux deux partis de l'Église, XMne intelligence réciproque et charitable de la difficulté ^ai les sépare, a Le mot consubstantiel ^ dit-il, ne doit ^tre ni légèrement omis, ni enseigné sans explication. On
peut le dire avec piété : il n*y a point non plus d'impiété à l'omettre quand on ne le comprend pas ^ »
Le but du traité entier est évident. A la veille d'un concile universel , c'est un programme tracé aux évoques d'Occident pour faire rentrer dans le sein de la foi, sans les effaroucher ni les humilier, tous les schismatiques modérés d'Orient, que l'expérience commençait à éclairer. Hilaire, changeant souvent d'interlocuieiir, adresse lui-même parfois la parole avec tendresse k ces faibles dans la foi : a 0 vous, leur dit-il , qui avez pris enfin à cœur la doctrine évangélique et apostolique, vous chez qui, du sein des ténèbres de l'hérésie, là chaleur de la foi se rallume , quelle espérance vous noUs avez rapportée de voir reiiaîtré la vérité, par Taildàce que Vous venez de montrer contre Tcssor d'une audacieuse perfidie!... L'hérésie, se dévoilant par une pi^ fession explicite et d^uné autorité publique , allait proclamer tout haut, avec triomphe, ce que jusquMcî elle ne faisait que murmurer tout bas. Grâce à vous, Tempereur, averti, non de son erreur, mais de celle de ses conseillers, s'est délivré de ses liens. » Et il ajoute : « ...Nous sommes en exil, mais qu'importe? Demeurons toujours proscrits , pourvu que la vérité commence à être prêchée ^. »
1. 6. HU.. de Syn.yp, 1190.— Nou est, fratres Câri88itDi,tiiniPaiH8ef Filii deneganda substantia : sed nec irratiouabiUter pra&dicanda... Potèst una substautia pie dici et pie iacëfi. Qiiid Vërbi C^tllittii&ih ènUpli^ Mtiï teiMibuB, rei intellif entiam non dissidentes?
î. S. Hil., Ibid., p. 1193, 1194.
LA PBHSECt'TION ARIENNE. 411
Le messager qui portail ces paroles paeiliqiies en Occidenl était en même temps chargé d'une autre lettre, où le cœur du saint confesseur s'abandonnait dans un épanchcmeni plus doux ; par un contraste touchant , où la même éme se révèle sous deux aspects diiïérents, il envoyait de tendres instructions à sa lille, en même temps qu'à ses frères en épiscopal des conseils pour le gouvernement le TÉglise.
« A ma très-chère tille Abra, ililaire, salut dans le Seigneur.
« J'ai reçu vos lettres, où je vois que vous me
regrettez,' el je n'en doute pas, car je sais combien esL
dôsiralde la présence de ceux que nous aimons. Et
puisque mon absence vous est pénible, je ne veux pas
9tie vous croyiez que je vous aime moins, parce (|ue je
^le si longtemps loin de vous, et je veux m'excuser de
^Oii départ, pour que vous voyiez qu'ils vous est bon
^ue je sois parti... Voici donc pourquoi je suis en route.
^*ai appris qu'il y avait dans le monde un jeune homme
^yant une perle et une robe d'un prix inestimable, et
c%iie celui qui pourrait les obtenir de lui aurait des
K^ichesses et un bien au-dessus de tous les biens hu-
K«iaiii8. A cette nouvelle, je suis parti pour chercher ce
S^une bomine^ et l'ayant trouvé après un voyage bien
cSifBcile et bien long, je l'ai vu et je suis toml>é à ses
^>ied9, car il est si l)eau, qu'on ne peut le regarder en
Caœ. Et lorsqu'il me vit prosterné, il me demanda ce
cjue je voulais ; et je lui ai réi>ondu qu'on m'avait parlé
412 LA PEnSEClTIUN AHIENNE.
de sa robe et de sa perle, el que je venais pour cela ; car j*ai une fille que j*aime beaucoup, el c*esi pour elle que je voudrais qu*il me donnai celle robe el celle perle... Ce jeune homme donc, qui esl si bon qu'il n*y a rien de meilleur au monde, m'a répondu : As-lu vu celle robe et celle perle que lu me demandes, avec lanl de larmes, de donnera la fille? El je lui ai dil : Seigneur, j'en ai enlendu parler, el je sais qu'elles sont excellenles. El alors il a ordonné à ses ministres de m*aller montrer la perle, el la robe. La robe m'a élé présenlée d'abord, el j'ai vu, ma fille, ce que je ne puis rendre. Comparée à celte finesse, la soie n'est qu'une toile grossière; comparée à celle blancheur, la neige parait noire; comparée à cet éclat, l'or parait livide... El puis j'ai vu la perle, et je suis tombé en la voyant, car mes yeux n'en oui pu soutenir le feu... Et comme j'étais là , étendu, quelqu'un des assistants m*a dil : Je vois que vous êtes un bon père, el que voua désirez celle perle el cette robe pour voire fille. Mais, pour accroître votre désir, je vous dirai ce qu'elles ont encore de particulier. Celle robe n'est jamais atteinte par les vers; on ne l'use pas, on ne la souille pas» on ne la déchire pas : elle reste toujours telle qu'elle esl. El la vertu de la perle est telle, que celui qui la porie n'a ni maladie à craindre, ni vieillesse, ni mort... Et ayant enlendu cela, je n'ai fait que pleurer et prier davantage. Alors le jeune homme m'a ordonné de me lever et m'a dil : Tes prières et les larmes me touchent.
et puisque tu veux donner ta vie pour cette perle, je ne puis te refuser; mais voici mes conditions : La robe que tu me demandes est telle, qu'on ne peut l'avoir si on veut en porter quelque autre, soit de couleur , soit d'or ou de soie : et je la donnerai à celui qui n'aura porté que des vêtements d'étoffe simple et sans teinture. Et ma perle est de telle nature , que je ne la puis donner qu'à ceux qui n'ont point eu d'autres joyaux... Avant donc de la donner à ta flile, il faut savoir ce qu'elle veut faire... C'est pourquoi je vous écris, vous priant de vous rései*ver pour celte robe et cette perle, si vous ne
voulez pas affliger votre vieux père. Si donc on vous
apporte une autre robe , de soie ou d'or , ou de quelque
couleur brillante, dites à celui qui vous l'offre : J'en
attends une autre, et mon père est en voyage pour
Oie la rapporter. Jusque-là, la laine de mes brebis
Uie suffit, avec sa couleur naturelle... Et je désire
<^tte robe dont on m'a dit qu'elle ne s'use ni ne se
déchire. Et si l'on vous propose une perle à mettre au
doigt et au cou , dites : Que voulez-vous que je fasse de
<^es perles inutiles ? J'en attends une plus belle et plus
iprofitable; et je crois ce que mon père m'a dit, parce
c^ue lui-même a cru celui qui lui a fait celte promesse.»
A celte aimable allégorie était joint l'envoi de deux
liymnes, l'un pour la prière du soir, et Tautre pour
<%lle du matin. En enseignant à son enfant à demander
chaque jour l'humble pardon de ses péchés, il lui recom-
'^'andait également de maudire Terreur d'Arius et les
414 LA PEUSÉCUTION ARIEXXE.
aboiements de Sabellius ^ Ainsi se mêlaient dans celte grande âme les suaves inspirations de Tamour paternel aux soins de la charité épiscopale, en même temps qu'un long usage du monde lui faisait porter, dans le gouvernement de rÉglise , une prudence exempte de faiblesse» mais non de politique.
Les progrès de son habile travail de conciliation étaient assez actifs pour jeter une grande inquiétude parmi les ariens exaltés, et pour valoir même à Hilaire quelques témoignages de méfiance de la part d'un petit nombre de confesseurs orthodoxes, aigris par l'exil, et qui« trouvaient qu'il allait trop loin dans la voie des concessions. Mais, pendant qu'il se défendait contre ces accusations,parties principalement du voisinage de l'ardent Lucifer de Cagliari^; pendant qu'il préparait tout, iiutour de lui, pour agir efficacement sur les délibérations du fqtur concile, un événement inattendu vint rompre toutes ses mesures, et rendre le courage gux prélats de la cour.
Toute réflexion faite, c'était à Nicomédie, et qop à Nicéc, que Constance avait indiqué le rendez-vous de l'assemblée. On lui avait sans doute fait craindre que, sur celle terre natale du grand symbole, le triste contraste du présent et du passé ne filt trop saillant, et que les sou— vcnirs de l'éloqueuce d'Alhanase ne se réveillassent
1. s. Hil., Opp.j p. 1210-121 i. Hymnam fideli modulando guttui Arinin sperno, latraDtem Sabcllium.