‹ L'Église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 5)Chapitre 135 sur 324 · Ihi'd., p · texte numérisé non relu

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trop de Tiracité. Ai] moment où tout était déjà préparé à P^icomédie pour recevoir les évéques, un effroyable tremblement de terre déchira le sol de cette ville et détruisit de fond 6n comble la grande église bâtie par Constantin. Le faite en tomba sur la tête de 1 évéque Cécrops, et récrqsa. Le vicaire Aristénète , grand ami de Libaniiis, eiit le iqême.3ort dans son palais. C^ltc catastrophe, précédée d'une extrême sécheresse, eut lieu le H août. Ellei fut suivie d'un incendie qu'on ne put éteindre pendant plu^ de cinquante jours, et qui consuma les plus beau^ quartiers de la ville et fit périr une grande partie delà population. Le contre-coup de I9 secpifsso se fit sentir à Nicée, dans presque toute la ProviQce de Pont| et au del^ même du détroit, jusqu'aux I^i*les de Conslantinople. Chacun tira parti de Tévénç- ''^^nt suivant ses croyances et ses dispositions. Libanius ^^ 81 le sujet d'une déclamation , où il prenait Neptune ^ partie pour n'avoir pas épargné (a cjpqujème ville du ^^nde. liQ diacre Éphrem, du fond de ses montagnes ^e Mésopotamie , pleura révénement dans une élégie ^Mr l'inconstance des choses de la terre. Les chrétiens ?^Ppelèrent que le désastre avait été prédit par un ^ini homme du nom d'Arsace,qui avait péri lui-même ^^^c la ville , et se raillèrent des astrologues qui avaient Promis à Nicomédie une durée éternelle. Les païens ^^ïïiarquèrent que c'étaient les bâtiments consacrés au ^tilie par Constantin qui avaient le plus souffert. Les ^^ens, enfin, ne manquèrent pas de dire très-haut que

Cécrops , semi-arien , avait reçu le prix de ses faiblesses récentes pour les défenseurs du Consubstantiel. Mais , au milieu de ces récriminations réciproques , une chose était évidente, c*est que le concile ne pourrait se tenir dans la ville ruinée '.

Les évéquesy déjà en route, reçurent donc Tordre de s'arrêter, et Constance dut -délibérer de nouveau sur le lieu qu'il allait choisir. Déjà même il revenait à Tidéede désigner Nicée, lorsque les prélats courtisans, par Tintermédiaire de Teunuque Eusèbe,qui leur était dévoué, lui suggérèrent la pensée de renoncQrau grand trouble que causait la convocation d'un concile général, et de se borner à inviter les deux Églises d'Orient et d'Occident à tenir séparément leurs assises dans deux villes qu'elles désigneraient. Le prétexte mis en avant était sans doute les énormes frais du déplacement qui devait s'opérer, comme toujours, en voilure publique, c'est-à-dire aux dépens du trésor impérial. Le véritable motif est aiséà deviner. En séparant ainsi rassemblée en deux fractions, on enlevait à Tune et à Tautre cette autorité suprême qui n'appartient qu'à TËglise entière : puis, livrées à ellesmêmes, les majorités des deux réunions, au lieu de se rapprocher et de s'entendre, suivraient chacune sa pente naturelle, et arriveraient ainsi à des décisions différentes, puisqu'elles ne seraient pas concertées :

1. Soz., IV, 16. — Philost , IV, 10. — Ainm. Marc., ivii, 7. —S. Jér., Chron. — Auiel. Vict. de Cœs., 15. — Liban., Or, 6, Epist, i5, 81. — Idac, Fast. — Chron, Alex,, p. 298.

e//es s'engageraient dans de nouvelles dissidences. Les rdios, d'ailleurs, étaient distribués par avance: Ursace et ^^alens, parlant la langue latine, se chargeaient de suiv^re en Occident les intérêts communs du parti, qa' j^cace de Césarée se faisait fort de servir en Orient '.

.A^ussi mobile qu'impérieux , Constance donna les a. d.

mxi ns à cette proposition dont il ne prévoyait pas la ^^^'

portée^ et ne songea plus qu'à choisir les deux villes

qu'il assignerait comme rendez-vous aux deux fractions

d& rÉglise. Le choix était indifférent aux Occidentaux,

pour qui tout lieu était bon, parce qu'ils n'éprouvaient

les uns contre les autres aucune méfiance. On proposa

la ville de Rimmi, qu fut acceptée par tous sansdiffi-

calié. Hais les évèques d'Orient , travaillés par leurs

divisions intérieures, passèrent plus de six mois ^ avant

i^ pouvoir se mettre d'accord sur le nom d'une ville,

chacun craignant de donner l'avantage à telle nuance

plutôt qu'à telle autre, suivant les dispositions des

divers diocèses et des évoques qui les gouvernaient.

^ guerre lasse ^ enfin, on se décida pour Séleucie,

en Isaurie. Pendant que ces débats se prolongeaient

^Sirmium,sous les yeux mêmes de Constance, on ne se

faisait pas faute de se disputer aussi par avance sur le

*• Soz., IV, 16. — S. Alhan., de Syn. Àr. et Sel., p. 869, 874. — ^- Hil., Fragtn., p. 1358. -— S. Athauase explique très-clairement le ^^^^ des évoques qui donnèrent à Constance le conseil do diviser

^«coQcile.

. *• Î59 ap. J.-C. — U. G. 1112 — Indiction ii. — Eusebius et Hypam. tl

418 LA l^BRSÉCOTIOlf Alllllllll.

fond même de la foi^ et dur le sens et les limilOB éé VU pression ê$mMablê tn êHkëtancé. Pour n'en pés perdn rhabilude, et pour préparer les travaux du concile» ol dressait des formules de fol , et Athanase se railh agréablement d'un nouveau symbole qui Ait rédigé sous les yeux du Boi éternel Constance, et avec la dâU expresse du 22 niui 359^ de crainte^ dit4i| qu'on ne M trompât et qu'on ne prit la vérité d'aujourd'hui pool celle d'hier*. Ce symbole ne différait de celui qui avait été précédemment adopté que par ce seul faiti qu'au lieu de proclamer le Fils semblable en eubitanMt on y disait d'une façon plus générale qu'il est sembiebh au Père en loutes chosee.

La décision ainsi arrêtée après tant d'incerlitudeB, Constance écrivit de nouvelles lettres , envoya de AoU veaux ordres, et les officiers se mirent de nootei en campagne. Ces marches et ces conlre-marchef qui épuisaient de Tatigue les chevaui des relais tnif riaux et grevaient le trésor de frais énormes, tu vraient les chrOlieus de ridicule. On riait publiquem

1. Soi., IV, 16. — Philost., IV, 11. — Socr., n, 37,S1^.— S. Af de Sffn, Ar, et Sei,^ p. 871-875. — S. Épiph., Hœr,, LXin, il. voit par la date mise eu tète de cette pièce, qu'elle doit être entre le trcmblfmeiit de terre de Nicomédie et la convocatioa i cile de Kimini. La question agitée était de savoir si on dirait nmn que le Père est semblable au Fils» ou bieu si Ton ajoutanlt <; semblable en substance ou en toutes choses. Les semi-ariens t*<^ à la formule simple, et se contentèrent du mot semblable e choses, eu expliquant qu'ils comprenaient ia substance dans mots.

LA PBRSÉGUTION ARIËfINB. 419

de ces évèqties qui couraient les grandes routes , pour savoir ce qu'ils devaient croire '. Dociles aux ordres de l'empereur» bien que sensibles à l'humiliation qu'on leur imposait» les évêques d'Occident furent les premiers prêts, et se montraient aussi les plus pressés d*en finir. Beaucoup d'entre eux, ceux des Gaules en particulier, ne voulaient point accepter les Voilures de l'empereur, et vinrent à leurs frais, logeant en route chez leurs confrères*. A peine arrivés, et se trouvant réunis au nombre de plus de quatre cents, sur lesquels on ne comptait pas plus de soixante à qualre-vingts hérétiques, il se mirent i TcBuvre avec la simplicité et la promptitude de gens qui, ne doutant nullement de leur Toi, n'éprouvaient nul ^nbarras à l'exprimer. Mais avant toute délibération, Taurus, préfet du prétoire d'Italie, qui avait reçu ordre d'assister à leur assemblée, et à qui on avait promis le consulat si les choses étaient menées au gré de l'empereur, leifr donna lecture d'une longue lettre de Constance, qui leur commandait de traiter d'abord des laaljères de foi, et de s'abstenir surtout de toute intervention dans les atfaires de l'Église d'Orient. La lecture faite et écoutée avec respect, Ursace, Valens et leurs ainis se levèrent pour donner connaissance , à leur tour,

*• Amm. Marc, xxi, 16. — Ut calervis autistilum jumeritis publicis ^^ citroqae discnrrentibus per sycodos, qnas appellant, dum ritam ®^em ad saum conanlur arijitriiim, rei veliiculaiiae succiderel ner- ^08. S. Alhanase, de Sijn. Ar. et Sel., p. 870, dit aussi que ces allées ^J '^nues étaient un scandale pour les catéchunièues, et un sujet de nsée iuterminable pour les païens.

*• Sulp. SéY., II, 41. — S. Athan., ibid., p. 874, 908,

(le la dernière profession de foi rédigée à Sirmium , sous les yeux de l'empereur : u Voilà , dirent-ils, ce qui a reçu rassentiment de l'empereur, et ce qu'il nous parait sage d'accepter. 11 n'y a là dedans aucun nouveau terme, rien qui ne soit dans les Écritures, point de chicane de fausse logique. Vous ne voudrez sûrement pas diviser l'Église pour des mots qui ne sont pas dans 1 Évangile*. »

La proposition était brusque et surprit étrangement l'auditoire. Les Occidentaux n'étaient point habitués à tout ce manège de professions de foi, corrigées, surchargées, amendées, auquel les docteurs d'Orient s'adonnaient avec tant d'ardeur. Us en étaient restés au symbole de Nicée, qu'ils récitaient régulièrement dans leurs prières. L'idée d'adopter sans discussion une nouvelle formule qui retranchait le mot le plus considérable de l'ancienne, leur causa un grand scandale. Sans vouloir rien écouter, et se bouchant presque les oreilles pour ne point entendre, ils— résolurent de s'en tenir purement et simplement aih^ symbole de leurs pères, déclarant qu'il ne fallait y rieo^ ajouter, ni en rien retrancher; et comme Yalens^* Ursace et leurs amis , réclamaient , se récriaient ^. tenaient des conciliabules, refusaient d'apposer leun^ signatures aux décisions de la majorité, sans mar — chander davantage , on les déclara hérétiques et dégra—

1. Sulp. Scv., Il, 41. — S. Hil., Fragm. p. 1340. — Socr. — Soi. ^- - S. Athaii., loc, cit, — Théod., ii, 18.

(/os. Tout cela fut tait comme une affaire toute naturc^I le, sans hésiter et en trè^peu de jours, car, dès le 2^ juillet, des députés étaient déjà porlis pour aller ar^ vioncer ce résultai à Tempereur *.

Teut-être peut-on croire qu'Ursace et Valens s'élaient

al.^'endus à ces résolutions, et ne furent pas, au fond,

tr"ès-vivement contrariés de les voir prises avec cette

e^ctrëme netteté. Us prévirent, en effet, Timpression que

Constance en allait ressentir. Le mettre ainsi, dès le

fT'emier mot» face à face avec le concile de Nicée;

déchirer, sans daigner les discuter, tous les documents

qu'il avait rédigés lui-même; déposer, sans le prévenir,

^es meilleurs amis : c'était faire acte de courage et de

^nnefoi, plus que d'adresse, car c'était le blesser au

point le plus sensible de sa vanité. Par cette démarche ,

faite sans ménagement, toute tentative d'accommo-

*• s. Athan., de Syn, Ar. et Sel., p. 876, 880. — Soz., iv, 17, 18. — ^r., Il, 37.— S. Hil., Fragm,^\i, 1342. — C'est ici que se place la lettre 'yiiodale da Concile de Rimini, que nous avons déjà en l'occasion de ^i*€r comme une des preuves du baptême de Constantin in extremis, ^ pbrase où cette mention du baptême de Constantin est f.iitc étant **^ obscure, on a essayé d'en altérer le sens en supposant (jue le ^xie devait porter Constant et non Constantin. Nous croyons que cette ^ïï«ction ne supporte pas l'examen. Il est dit que Constantin avait ^ le plus grand soin à établir la formule de foi de Nicée. Or, cette **sertioQ très-vraie de Constantin lui-même, serait parfaitement fausse l^ son fils Constant, qui ne se mêla jamais de débats théologiques; ^d'aillenrs, que faisait h. Constance l'opinion de son frère, avec qui il *^ait toujours vécu en médiocre intelligence, et qu'il Bavait très-bien ^'ff^rer d'opinion avec lui sur la question arienne? — L'autorité de j^nstimin, au contraire, était excellente à citer auprès d*uu fils qui ^^^ devait son trône et sa gloire, et ne répudiait nullement les tradi- *»oii8 paterneUes.

dément, toute politique de conciliation, était ruiné par la base, et les conseillers habituels de rempereu; allaient par Ih mémo reprendre sur son esprit ai crédit un instant ébranlé.

L'événement confirma ces prévisions. Quand Tempe reur apprit ce que les députés de Rimini apportaien (d'habiles messagers, envoyés en même temps qu'eui arrivèrent assez d'avance pour l'en prévenir), son pari fut aussitôt pris de ne pas les recevoir. Alhanase, arri vant en personne à sa cour, ne lui aurait pas causé pla d'effiroi ou plus d'humeur. Maître de lui, cependant, « préférant toujours d'iuslinct, au début de toute affaire la ruse à la violence, il ne maniresla pas ouvcrtemen sa colère. De Sirmium , il partit pour Constantinople les députés durent Ty suivre pour attendre leur au dience. Mais il eut aussitôt une tournée à faire sur I frontière, pour examiner l'état des troupes qui dcfen daient l'empire conlrc les Barbares, et il fit savoir qu' son retour il s'arrêterait à Andrinople , et que c'était I qu'on pourrait le trouver pour parler d'affaires, a Voi savez, écrivait-il aux Pères qui attendaient sa réponse Rimini , que , quand il s'agit de traiter des choses (g touchent notre sainte religion, on ne saurait av« l'esprit trop dégagé des soins de la terre. Que \o < Gravité ne s'offense donc point si je lui fais attend un peu le retour de ses député-^ *. »

I. Socr., II, 37. — Soz., IV, 19. —S. Athan., /'>c. cit, et p. MO. Théod., II, SO, 21. — Marc, et Faust., Liùellus precum^ p. 94, ttt.

LA l^BBSêCUTlON ARIBNNE. 428

En attendant, lea députés de Rimini restaient aux INrises avec les conseillers ordinaires de Tempereur» qui avaient ordre de tout mettre en œuvre pour leur faire trahir leur mandat. Le choix de ces députés avait été fait par le concile avec la naïveté imprudente de la bonne foi. C'étaient des jeunes gens sans instruction, et surtout sans babilude des course Ils eurent bien vite donné leur mesure aux habiles observateurs qui les entouraient. Caresses, menaces, subtilités dogmatiques, on n'épargua rien pour les étourdir et les éblouir. Quand CD les crut suffisamment ébranlés, on les fit venir à une petite distance d'Andrinople , dans une ville qu'Hilaire appelle Nice ; et là , on leur proposa de 90uscrire une profession de foi qui déclarait le Fi|$ semblable au Père, d'une façon générale, sans ajouter la mot de substance , et même en proscrivant absolument l'usage de ce mot, comme propre uniquement à Nourrir d'inutiles débats^. Pressés de toutes paris,

%llp. S^-i n> U* — Cad. Théod. Chron,, p. 60. — SocrateetSozomène

^OoS Toya^Qr Un^e et Valent à la cour de Temperear, pour i'aveiiir

^^ix-mèmes des procédés du ooDcile de Rimini. Nous n^avous pas pu

^^^Lopter O0tte vernon. U d'^us semble trop InvraisenoblaMe que ces

meneurs du parti aient quitté le théâtre de la délibération,

aller trouver eux-mêmes Constance.

f . Ex pait6iM)6lf^^ dit Sulpice-Sévère^ leguntur homlues adolescentes

docti et panun canti.

%. Bîêo que nous ue puissions avoir la prétention de reproduire dans

jéeii toutes les professions de foi des ariens, semi-ariens, ano-

(, etc., ce qui chargerait l'esprit du lecteur et n'éclaircirait point

idées, nous croyons devoir faire remarquer qu'il y a dans cette pé-

:«iode quatre fono^Jas de foi e^ présence, toutes émanées de l'empereur

^îu de ses co^se^lers^ et qui fiorre^[K)ndent aux diverses oscillations ^

soa esprit. Ce «oui : i^ |^ for^M^ ré4isée à^i^rmiyo;», pour être signée

cédant à Tappareil de la force autant qu'à celui d'une dialectique dont ils n'avaient pas Tusage, les députés balancèrent plusieurs jours, et enfin signèrent Constance, alors, n*eut plus d'objections à les laisser repartir. Il les chargea lui-même d'une lettre pour le préfet Taurus, à qui il donnait l'instruction d'imposer au concile entier ce qu'on venait d'arracher à ses envoyés * .

Cependant les évoques assemblés à Rimini ne comprenaient rien à ces délais. Entassés dans une petite ville, sans ressources, manquant de tout, ils voyaient

parOsias. Elle établit riiiégalité complète da Père et du Fils. Cette formule est anomœennc : c'est elle qui provoqua La réaction du semlarianisme ; V La formule rédigée aussi à Sirmium par Basile d'Ancyre, à la suite de la réonion d'Ancyre^ et qui établit la similitude en substauce. Cette formule est semi-arienne, et correspond an moment où Constance, averti qu'il avait été trop loin, recule, bannit Etiddn, Aétius, et se jette dans les bras du semi-arianisme ; 3" Une derniérr formule rédigée à Sirmium, à la veille du concile de Rimini, et pareUl' \ la seconde, à cette différence près que le mot substance n'y fgnr plus, et qu'on y dit seulement que le Fils est semblable an Père t toutes choses; 4* La formule de Nice, qui fait un pas de pins que précédente, et proscrit nominativement remploi du mot subêtam comme dangereux pour la foi Ces deux dernières sont l'œuvre d'Aca d'Ursace et de Valens, du parti des courtisans, de ceux en nn mot voulaient favoriser les anomœens sans se compromettre avec eni arrêter les tendances trop connilialrices des semi-ariens. C'est c dernière qui finit par prévaloir à Rimini et à Constantinople.

1. Théod., lor. cit.-^ S. Hil., Fraym., p. 1346. — Cette fOTI de Nice, en Thraco, est tr^'s -obscurément indiquée dans S. Ath» de Syn., p. 905 et 934, et dans Socrate et Sozomène; le texte de 7 doret l'éclaircit parfaitement. Elle fut rédigée avec les déput concile de Rimini, imposée ensuite au concile même, et enfin w à Constantinople, après le concile de Séleucie. Socrate dit qn'on choisi ce lien de Nice, à cause de la ressemblance du nom ayee c Nicée, et pour faire illusion aux ignorants. — Marc, et Faust., \

ai-rnver avec désespoir l'hiver, qui redoublait leurs priver ^ions et leur fermait le retour vers leurs pays. L'impet tiience de partir les gagnail tous : ils étaient d'ailleurs sai T^s chef avoué, sans guide éminent, tous les évéques orthodoxes, de quelque valeur, languissant dans l'exil d^-puis dix années. Ils s'étaient défendus au premier moment contre la violence qu'on voulait leur faire, pr^écisément par la simplicité de leur esprit ; mais cette même simplicité les rendait à la longue accessibles à tous les artifices. Dans leur ardeur de savoir des nouvelles de la cour et de fixer la date de leur départ , ils CB usaient avec les hérétiques, qu'ils supposaient mieux ^formés qu'eux. Ces conversations altéraient peu à peu I^ur ingénuité native. Quand on les avait bien entretenus ^^ Vhomoousios et de Yhomoiousios, de Vhypostase et de I'oif^>y (]e tous ces composés et de toutes ces nuances ^^ la langue grecque, auxquelles la raideur de la langue '^tine se prête si maladroitement; quand on leur avait '^tnpli l'esprit de fausses synonymies et de vaines disjonctions, ils sortaient de ces entretiens ne voyant plus ^'^ir dans l'état de leur propre intelligence. Ils ne ^^inprenaient plus qu'une chose , c'est que l'Église ^*^il déchirée, leurs troupeaux sans pasteurs; que la "^i se perdait dans les divisions, et que la neige qui ^^^mmençait à tomber sur les montagnes élevait une ^^^rrière entre eux et leurs diocèses abandonnés*.

^. Sulp. Sév., lî, 43. — Marc, et Faust., p. 25. — S. Hil., Fmym,, ^- «47,1348.

426 LA PERSÉCUTION ARIBNNE.

Leur joie fut donc grande, quand. ils apprirent» dam les derniers jours d'octobre, le retour de leurs députés. Mais leur désappointement fut presque égal , quand ils surent à quelles conditions ce retour était acheté. Une grande division se déclara alors entre eux. Les uns, à bout de patience, déclarèrent quils voulaient retourner chez eux, à quelque prix que ce fut; les autres résiSftaient encore, mais commençaient à équivoquer et à dis* puter sur les termes. Ursace, Valens, le préfet Taurus, tous les prélats suspects d*hérésie» se mêlaient activa ment à ces débats : <c Qui ôtes-vous donc, disaienirils en raillant, des chrétiens ou des Athanasiens? Adoreivous Jésus-Christ ou le mot Consubstantiel? » — Puis on leur offrait la profession de foi à signer, accompignée d'un permis de partir. Chaque jour comptait une signature de plus et un évéque de moins dans la ville. Au bout de peu de temps , il n*en restait plus que vingts maintenus encore dans la résistance par Phébado d'Agen', et Servais de Tongres. Pour venir à bout do cette dernière opposition, on leur offrit une transaction : c'était, non d'altérer le formulaire, mais d'y ajouter, contre Arius, tel anathème qu'ils voudraient. Valeos lui-même s'offrit à prononcer cet anathème devant le peuple. Lassés, au fond, d'une lutte inégale, les évéques qui résistaient encore accueillirent avec joie cet expédient , et le mot Consubstantiel perdit ainsi ses derniers

1 . On a de Phéhade, évéque d'Agcn, un petit traité contre l€8 ariens^ inséré dans la Hibliotheca pattum, t. iv, p. 230 et suiv.

défenseurs. . Valens, en retour, s'exécuta de bonne gr&ce , et tout haut , dans la grande église , il anathéœatjsa tous ceux qui diraient que Jesus-Christ n'est pas Dieu, Fils de Dieu, éternel, et surtout qu'il est une créature. Il est vrai qu'en prononçant cette dernière parole, il ajouta cette restriction, dont on n'était pas convenu» et que personne ne comprit ou ne remarqua : «Il n'est pas une créature comme les autres créatures^n Apràs cette scène publique, tous les évéques quitté- T&nt Rimini. Ils regagnaient leurs diocèses, inquiets, confus» se disputant en route les uns avec les autres, sur le sens de la concession qu'ils avaient faite, insistant tous pourtant sur ce point que si , pour le besoin de la paix» ils avaient abandonné le mot Consubslantiel, au moins ils avaient maintenu et sauvé l'idée. Au fond, ils se sentaient humiliés et coupables. Ils avaient raison : le mal qu'ils avaient fait était même plus grand qu'ils ïïe savaient. Le contre-coup de leur faiblesse allait se fairesentir dans l'autre partie du monde , et détruire les résultats d'une campagne très-bien conduite, que les conseils habiles d'Hilaire de Poitiers avaient amenée ^^xplus heureux résultats.

Il y avait déjà plus d'un mois, en effet (depuis la fin de septembre), qu'après de difficiles préliminaires, le ^ncile d'Orient s'était enfin réuni à Séleucie d'Isaurie, ïïoaiinéeSéleucie-la-Rude, à cause de la contrée monta- Rneuse qui l'environne. L'empressement n'était pas

*• Sulp. SéT., Il, 44.— Rnflu,î,i6.— s. Jér., Dioi. «do. Luc, 18, 19.

grand : on était très-fatigué de disputas en Orient , et chacun se méfiait de son voisin. Il n'y ent guère plus de cent cinquante prélats exacts au rcndeas-vons. La grande majorité était prise dans cette masse d'ariens modérés, qu'on nommait généralement semi-ariens, et qui avaient adopté Vhomoiousios pour symbole. L'orthodoxie de Nicéen'y comptait que douze représentant. Trente-neuf ou quarante seulement inclinaient plus ou moins du côté d'Aétius; mais encore dans le nombre fallait-il compter Acace de Césarée et plusieurs de son m^ ^j espèce, indifférents au fond de la question, prêts à sa — ^^q. crifier la doctrine comme la personne des anomœens, et^^ ^i ne cherchant qu'à tirer de l'assemblée une.décisionqucL^^u maintint exclusivement entre leurs mains la directior <:> joi de l'empereur et de l'Église *.

Parmi ceux qui arrivèrent dès le premier jour , T , fc proscrit Hilaire ne craignit pas de se présenter*. /]

1. Socr., II, 39. — Théod., ii, 26. — S. Kihîin.,deSyn. Ar, et Sf^ 'mZ^Se/,, p. 880, 881. — S. Hil., in Const.,^. 1247. 1248. —S. Épiph., HflF^c-fc-^fl»/-., Lzxiii, 23. — S. Hilaire compte autrement que S. Athanase le nonir Mz^^bre des prélats présents à Séleucie. Il en range cent cinq parmi les pr ^ irtisans de l'homoiottsios, et dix-neuf seulement parmi les anomoeeE^^ -=eiis. On peut faire accorder les deux calculs, en supposant qu'il y ava: peu près dix-neuf anomœens décidés partisans d*Aétius , et que vingt autres mentionnés par Athanase appartenaient à cette nua intermédiaire dont Acace était le représentant, que les histoi confondent trop aisément avec celle des anomœens purs, et qu'il en bien distinj^uer, puisque c'est elle qui triompha et fit exiler Aet Acace s'appuyait sur les anomœens, pour lutter contre les tendai de conciliation des semi-ariens, mais il était, au fond, indifférent querelle religieuse.

2. S. Hil., ihid. — Sulp. Sév., u, 42. Cet auteur atteste la faw^

LA PBRSÉCLTION ARIENNE. 429

iporlait avec lui el pouvait donner à lire à ses eol- (ues , un grand ouvrage dogmatique qui ne contenait s moins de dou^e livres, et qui, sous le titre de ^aiié de la Trinité , était une longue réfutation de iriaoisme. C'était là qu'il racontait comment il était rvenu à la foi de Tentière divinité du Christ, par la arche naturelle de son esprit, sans autres livres que elvaogile , sans connaître même le symbole de Nicée. out le plan de ce vaste ouvrage, un des plus beaux lonuiDeuts dogmatiques de cet âge, était de faire ériver la doctrine catholique directement de TÉcriture ainte , sans l'intermédiaire de la tradition et des sym- Kiles, sans rentrer dans les discussions épineuses de la erminologie * . Tandis que les polémiques d'Âthanate M)nt des réfutations constantes , où l'adversaire est à ^que instant pris au corps ^ où tout respire l'ardeur le la lutte, la démonstration d'Hilaire se déroule paisileaient avec la clarté de renchainement logique. Les ^lémiques d'Âthanase ont leur date et leur adresse : ^parées de Tune et de l'autre, on les comprend mal. B traité d'Hilaire , élevé tout entier à la région des lées éternelles, est propre à enseigner tous les siècles. n y retrouve pourtant tous les traits de son rang el de à race : c'est la diction choisie et tempérée de l'homme

vec laquelle nilairc fut reçu à Séleucie par les semi-ariens : Magao nin favore récent us oiunium.

1. La date de rou>Tagede ia rrm//^ est déterminée par cette phrase la livre x : Loquimur exsuies per hos libros. Son exil finit, en effet, ^u de temps après le concile de Séleucie.

du monde ; c'est aussi cette lucide disposition des parties, cette fucilité de tout nimener à des généralités fécondes ; ce rapide passage des principes les plus élevés à leurs dernières conséquences pratiques, toutes ces briilanles qualités, en un mot, qui ont fleuri de bonne heure sur le sol des Gaules. L'ouvrage entier pourrait avoir pour épigraphe cette phrase unique qui le couronne : c< L'apôtre ne nous a jms laissé una foi nue et pauvre de raison ; et bien que la foi soit ce qu*il y a de plus nécessaire pour le salut, si elle n'est point insiruile par la science, elle pourra bien dans le combat trouver quelque retraite pour se protéger ellemême , mais elle ne saurait s'avancer avec la certitude de vaincre. Mlle sera comme le camp où les faibles se réfugient , mais elle ne marchiMa point avec Tordeur invincible de l'honinie armé. Il faut donc détruire les disputes insolentes qui se font contre Dieu , battre en brèche les lî.nraillrs des raisonnements trompeurs, et les citadelles rle\ees pur l'esprit d'impiété *. »

Muni de ce liiiilé, qu'il désirait faire connaître en Orient, llilaire s'était mis hardiment en route pour se rendre au concile, et avait même réclamé du gouverneur

1. s. Hil., De Trinii., xii, 20. — Fidein non iiudaiii Aj)OSlolus atque iii(.»li»'m iMtioiiis î'iiquit : .{ua* cjnaiiivis potissinia ad salnU-m <it,taiuen, iiisi por doftiin.'ini iustiiialmv, hal»el»it i|uid«ni iuter advensa tutum rot'iiL'iendi si-cossuin, non »'tiani rctiii.bit coiistaulem obnitcndi securit.iUni : criliiue iit inliriiiis Miiit i-usl fupiin castra, non etiaui ut Mima lialtentihus adost iiiii>ert»nnla Ibrliludo. Conluudendœ sant^ erjio iii^«>UMilt:s adversmii Douni disi>alatioii»»:î, et deslruenda rationuiil-. fallacium muuimeuta, ut elevata ad impietatein ingénia conterenda.

icui 11 aToii puiiii UBC IV lui ioiUM;r. viumuiu ii

. chemin » un de ses biographes raconte qu'un dimanche, traversant une bourgade de Phrygie» Ua pour entrer dans une église. Par hasardj» ne fille païenne se trouvait là mêlée à la foule éliens qui priaient. Elle se nonmiail Florentia tenait à Tune des principales familles du pays. K intérieure se fit tout à coup entendre d'elle l'écria comme inspirée : Voici le serviteur de i entre; et, se précipitant aux pieds de Tévéque . elle le supplia, en fondant en larmes, de lui

le front et d'y tracer le signe de croix. Hilaire» cette inspiration divine pour une instruction le^nefit point difllculto de marquer la jeune 16 du sceau des catéchumènes, tiorenlia courant liercher son père et toute sa famille, les amena

de force auprès de l'évoque et les contraignit,

supplications, à se faire chrétiens comme elle. anquillisée sur leur salut, elle prit congé d'eux, annonçant qu'elle était décidée à suivre jusqu'au 1 monde celui qui l'avait engendrée à la foi et h

meilleure. Vous m'avez mise au jour, disait-elle

432 LA PEUSÉCUTION ARIRNNE.

dévouement toules les traverses de la vie de l'exilé *. Ce ne fut point sans peine qu'Hilaire, arrivé à Séleucie, obtint la permission de prendre séance au concile. Le magistrat, chargé de la direction du concile (car là, pas plus qu'à Rimini, Tautorilé civile n'était absente ni inactive)» ne savait si l'ordre de TEoipereor autorisait cette intervention d'un évéque d'Ocddeot. Les amis d'Acace de Césarée et les anomoeens s'écriaient qu'il ne fallait pas recevoir un Gaulois, un ignorant entaché de Sabellianisme. L'insistance modérée» mais ferme, d'Hilaire vint à bout de toutes les résistances, et il siégea lui seul» latin et proscrit, dans celte assemblée de Grecs et de courtisans ^

La présence d'Hilaire au concile de Séleucie avait un but très-évident. N'ayant pu obtenir la réunion

générale de TËglise, qu'il avait souhaitée, il voulait an

moins tiier parti des dispositions nouvelles des prélats

d'Orient, pour leur faire faire, vers le symbole de^

Nicée cl la foi orthodoxe, autant de pas rétrograder

qu'il serait possible. Diminuer la distance qui séparait;

les catholiques des semi-ariens, jusqu'à ne laisser

entre eux que l'épaisseur d'un mot, dernier voile qu'on

ferait ensuite facilement tomber : c'était sa pensée

constante. Presque au même moment, soit par l'effet d£

1. Cette petite anecdote est rapportée dans la vie de saint Hilaii par Foituuat, et l'éditeur bénédictin a cru devoir l'admettie daiis " sienne.Nons imitons sou exemple, sans garantir l'autheoticué du faî

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