‹ L'Église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 5)Chapitre 136 sur 324 · S. llil., in Comt., p. 1248. — Sulp. Sév., ii, 4i · texte numérisé non relu

S. llil., in Comt., p. 1248. — Sulp. Sév., ii, 4i

LA PERSÉCUTION ARIEXXK. 453

cammunicatioiis écriles, soit par la rencontre natnrclle de deux hommes de bien et de génie, Âthanase, toujours instruit de tout, du fond de sa retraite, était arrivé à la même pensée, et déclarait très-haut dans ses lettres qu'il fallait distinguer avec soin les ariens purs de ceux qui n'étaient arrêtés que par le mot consubtlafêtiel : te Ceux-là, disait-il , il ne fallait pas les traiter en ennemis, mais en frères, puisqu'on ne discutait point avec eux sur les idées, mais sur les mots *. » Cette tactique, aussi habile que charitable, rencontrait une opposilion directe dans les vues d'Acace de Césarée, qui, comme les autres évéques politiques de son espèce, n'avait, lui, pour unique pensée , que de prévenir tout rapprochement. Hilaire et Acace, bien qu'ils fussent presque aussi étrangers l'un que l'autre aux deux opinions qui se disputaient l'assemblée, étaient donc, au fond, les vrais adversaires en présence.

Aussi.op peut supposer ^sans exagération, que ce furent lesconseils d'Hilaire qui inspirèrent l'énergie inaccoutu- ^^ avec laquelle les semi-ariens conduisirent le débat pendant les trois seules séances qu'il fut donné au concile

*• s. Athan., f!e Syn. Ar, et Sel., p. 915. — Une phrase de ce même

^"é Des synodes, p. 869, où Alhanase dit qu'il va rendre compte

de ce qa'il slsu ei vu lui-même , a fait croire à quelques écrivains

qull avait assisté secrètement au concile de Séleucie. Rien ne nous

parait confirmer cette assertion. Un fait si grave aurait laissé plus de

traces. Nous pensons, comme les BoUandistes (dans la vie d'Athanase),

qae le mot ittp«%a , j'ai vu, doit s'eutendre des actes du concile dont

alhanase cite en effet une grande partie. Mais s'il ne fut pas présent en

personne, il est très-probable qu'il se fit soigneusement tenir au courant

de tout, et qae la conduite d'Hilaire au concile fut concertée avec lui

434 l\ PËRSÉCtTlON ARIENNE.

de Icnir. Dans la première, pn décida Tordre des matières qne le concile anrait à traiter. Acace, pour prolonger le débat et Tenvenimer par des querelles d'amourpropre, aurait voulu que Ton commençât par examiner des griefs personnels, des plaintes faites» soit par dea évéques déposés, soit contre des évéques en place; el i» nombre de ce genre de réclamations était grand^chacu ayant dans celte Église en désordre quelque violence se reprocher ou quelque plainte à faire. Les semi-arie^ virent le piège, Tèvilèrent, et passèrent outre, séai^. tenante, a la discussion de la foi. Acace, se levant aiav exactement comme avait fait Yalens à Rimini (ce ^j prouve avec quelle entente les deux rôles avaient éê concertés), proposa à Tadoplion de l'assemblée, en invf: quant l'autorité de Tempcreur , la dernière formule (S Sirmium. Peut-être, s'il eût été seul, eût-il fait accepta sans trop de difficulté sa proposition, car on se rappela que si le mot substance avait été retranché de cette for^ mule , le mol semblable s'y trouvait encore. Mais Acac*^ avait derrière lui des soutiens dangereux, qui, en com^ mentant sa pensée et en Tappuyant , compromirent ^ perdirent tout. On vil reparaître dans leur langage raric:::^ nisme entier et les inspirations évidentes d'Aétius. Uc^ violente agitation se manifesta alors dans toute Tassera blée : tout ce qui était semi-arien s'effraya et se rail— chercher à tout prix quelque formulequi se distinguàlbi^ ouvertement d'Acace et de ses dangereux amis. Beaucoi»» sansdoule, réfléchirent, àcemomentsuprème,avecami

(orlir de ce dédale, au premier et au plus grand

.8 les symboles. N^osaut aller jusqu'à braver ainsi «apecl bumain et se donner à eux-mêmes un tel Dli^ils voulurent au moins se rapprocher le plus lie du point de départ. La formule qu'ils choiétait la plus voisine de celle de Nicée, et pour la t pour les termes. C*élail celle qu'avait proposée, le vingt ans auparavant, Eusèbe de Nicomédie à che, lorsque , pour la première fois après la mort md Constantin, il avait osé s'écarter timidement, * des expressions encore couvertes et ambiguës, voie tracée par le concile. On ne pouvait raser lia près le port où on n'osait encore aborder. L donc le formulaire d'Antiocbe qu'on imposa loe et à ses partisans, deux jours durant, malgré cris, leurs réclamations, leurs tergiversations, récriminations de toute sorte , et bien qu'Acace , (i6nt pressé , offrit de joindre à sa proposition un anatbème explicite contre Aétius et les

lUe indécisiOD et ce regret percent dans les phrases qiip Soorato os la boQche de Sophrone de Paphlagonie et d'^!)lenze de Cy- Revenons à la foi de nos prres : ferons nous chaque jour de les professious de foi ? Ou voit aussi Tavautoge qu'Acace tirait argament, puisque la foi de Nicée avait été chaugée, ou i»ouvait m encore de nouveaux changements.

doclrines anomœennes. Après deux orageuses journées, où il ne put rien gagner, Acace eut recours à la dernière raison de son parti. Le premier octobre, à l'ouverture de la quatrième séance, le questeur Léonas déclara qu'il avait eu ordre de l'empereur de se trouver à une assemblée régulière, mais que, puisqu'on ne pouvait

s'entendre sur rien , il ne compromettrait pas davantage

l'autorité impériale dans ce démêlé : « Allez dans votre église, leur dit-il à tous avec un sentiment de mépris qui commençait à être fort général , et criez-là tout à votre aise*. »

Cétait, en réalité, la dissolution du concile qu'il prononçait. Avec les habitudes prises par les Orientaux , et auxquelles les semi-ariens avaient tant de peine à renoncer» du moment où Tagent de Tempereur se retirait, l'assemblée ecclésiastique était par là même invalidée. Peu importaient, par conséquent, à Acace et à ses amis, les résolutions que put prendre dans les jours suivants la majorité du concile, les sentences qu'elle porta , les dépositions qu elle prononça. Leur parti était pris de n'en plus tenir compte et de transporter, sans perdre un instant, le débat auprès de l'empereur lui-même, à Constantinople. Acace s*y rendit tout le premier, accompagné d'Eudoxe, évêque déposé d'Antioche, qui avait à cœur de se justifier auprès de Constance. Ils y devan-

1. Soc, II, 39, 40. — Soz., IV, 2«. — Théod., ii, 26. — S. AUian., de Syn. Ar, et Sel., p. 881. — S. Épiph., Hœr., Lxxni, «5. — S. Hil., m Corut., p. 1247 et Suiv. — Sulp. SÔV., ii, 42.

cèrent de plusieurs jours les députés que les semiariens ne tardèrent pas à y envoyer, et auxquels Hilaire, attentif à suivre Tissue de ce grand débat , se joignit avec empressement. Enfin» pour que personne ne manquât au rendez-vous, Aétius, à qui sa qualité de diacre n*avait pas permis de siéger au concile» mais qui pouvait sans difficulté discuter de théologie dans un palais, arriva lui-môme dans la ville impériale avec son disciple <^héri, Eunome, plus habile et plus mesuré que lui dans Id discussion , mais d'opinion tout aussi extrême *.

Tous les acteurs de Sélencie se trouvaient ainsi sur

^ nouveau théâtre, et malgré l'extrême prévention de

instance, que les dénonciations d'Acace avaient forte-

^^ni irrité, la discussion, reprise sous ses yeux, se pour-

^^tvitpendant^lusieurs jours avec un avantage marqué

pour les semi-ariens, lesquels, de leur côté, faisaient

Jous les jours aussi un pas de plus pour se rapprocher

"® Torthodoxie. Une longue discussion entre Eustalhe

^c Sébaste, l'un d'eux, et Eudoxe, puis entre Basile d'An-

^ï^ et Aétius , avait déjà grandement avancé ces deux

^'ésuliats. Aétiuss'était montré, à son ordinaire, très hau-

*^in, très-hardi, dédaigneux de l'autorité des Pères, peu

^pectueux pour celle de l'Écriture. Il avait pénétre

Constance de terreur par la témérité de ses raisonnr-

^^nis. Il se raillait même assez hautement de ceux qui,

Pensant comme lui, n'osaient parler tout haut, ni loni

1- Soc. — Soz.*— s. Athan. — Théod. — S. Hil.,/w. tiY. — Philost. '^ 4, Il sulp. Sév., II, 45.

438 LA PERSÉCUTION ARIBNNB.

dire *. De leur côté, dans Tardeur de le réfuter, les semi-ariens empruntaient de plus en plus » sans t^eo apercevoir, le langage d*Hilaire et d*Alhanase. Il leur arrivait de défendre Tidentité de la substance , et, en se familiarisant avec l'idée , ils se réconciliaient a^ec h mot. Tout marchait donc à souhait vers le but qu'Hilaire s'était proposé, quand ses espérances furent tout à coup renversées, et la face des choses toute changée par un orage qui éclatait du coin de Thorizon où on i*auniil le moins attendu. C'étaient les évêques de Rimini qui venaient annoncer la faiblesse dos Occidentaux '.

Ce fut un coup de théâtre qui bouleversa tout. L'Oeeh dent passait, avec raison, pour Tasile et le rempart de h foi de Nicée. Là se trouvaient les défenseurs jurés, eeui qu*on nommait même, par dérision, lesT adorateurs dii consubstanliel. Quand ceux-là même consentaient I signer une formule de foi , très-vague , où la aimilitvdi du Père et du Fils était à peine afOrmée d'une façon évasive et générale, qui pouvait se montrer plus difftcile et plus obstiné qu'eux? Le triomphe d'Acaoe Ail donc extrême, et le découragement gagna aussitôt sei adversaires. Constance, d'ailleurs, que tous ces débiti commençaient à étourdir et à fatiguer , vit avec joii

Page 1