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louer, et tu me demandais des paroles égales à tes hauts faits. Et moi, je tendais déjà toutes les forces de mon esprit, pour approcher de la hauteur de tes actions, comme un lutteur prend soin de tenir tous ses membres en bon état à l'approche d'un grand adversaire. Mais j'élèverai la voix et je parlerai, et je ne souffrirai point qu'un injuste silence couvre tes exploits, et d'autres entendront ce cantique. Il est mort, celui qui avait rem* porté tant de victoires! Agamemnon fut blessé, mais il n'était roi que d'Argos; Cresphonte aussi, mais il ne gouvernait que Messine; Codrus, mais il obéissait à un oracle; Ajax, mais c'était un général sans grandeur d'àme; Achille, mais il était l'esclave de la volupté et livré à la colère; Cyrus, mais il avait des fils; Cambyse, mais il était en démence; Alexandre périt, mais non de la main d'un ennemi, et d'ailleurs il avait donné matière à l'accuser. Mais celui-ci avait étendu son empire depuis le soleil levant jusqu'au soleil couchant; son âme n'était pleine que de vertus; il était jeune et sans héritier. Un inconnu Ta frappé. Alors j'ai regardé vers le ciel pour voir s'il ne pleuvrait pas des gouttes de sang, comme Jupiter en fit pleuvoir pour arroser le corps de Sarpédon. Je n'en ai pas vu; mais peutrêtre sont-elles tombées sur le cadavre, et peut-être ne les a-t-on pas aperçues au milieu de la poussière et delà mêlée... Oh! quelle perte! oh! quelle vieillesse infortunée est la mienne ! je pleure à la fois mon souverain, comme tous les Romains, et pour moi-même un
456 LE RETOUR DE l'ARMÉE.
ami, un compagnon... Déjà j'avais préparé un discours qui devait élre le remède des maux de ma pairie, et tu es mort! Mon remède n'a pas vu le jour, et je suis devenu sans force pour enfanter désormais des discours, comme les femmes qui, à force de souffrances, deviennent stériles et ne peuvent plus concevoir*. »
Telle est la première pièce, où Ton saisit encore quelques accents d'une douleur vraie. L'autre discours, plus long, plus étudié, composé à tète plus reposée, est une œuvre de parti qui a des prétentions historiques. C'est uq récit de la vie de Julien, écrit dans le style le plus contourné, où il est très-difficile de suivre la série des faits à travers l'abondance des allusions, des parenthèses, des lieux communs de rhétorique, et où la vérité est trèsrésolùment contredite toutes les fois qu'elle pourrait nuire à la gloire du héros. Le but de ce long morceau apparaît tout entier dans sa péroraison. Il s'agit de justifier pleinement Julien du mauvais succès de l'expédition de Perse. La grande et capitale faute de Julien, Tincendie de la flotte, y est racontée en détail et défendue avec un luxe de mauvais arguments. Pas un mot des malheurs et des soutTrances qui précédèrent le jour fatal. Julien est mort, tué on ne sait par qui, en pleine victoire, au moment où les Perses ne pensaient qu'à se jeter à ses pieds pour obtenir miséricorde. La paix et ses dures conditions sont Tœuvre toute gratuite de la faiblesse du