‹ L'Église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 5)Chapitre 317 sur 324 · Thémist., Or. v, p. 68-67, passim · texte numérisé non relu

Thémist., Or. v, p. 68-67, passim

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à votre égard celui qui n'éprouverait pas de tnlles dispositions, combien n'est-il pas plus impossible encore de rendre les hommes pieux et amis des Dieux par dea décrets humains, qui ne peuvent imposer qu'une courte nécessité et inspirer qu'une faible terreur, que le temps apporte et que le temps détruit? C*est par suite de cette ridicule entreprise que nous sommes devenus des adorateurs, non de Dieu, mais de la*pourpre impériale, et, en Tait de culte, plus changeants que les flots de TEuripe. Autrefois Théramène seul, par ses changements, a mérité d*étre comparé au cothurne qui peut chausser tous les pieds. Tous aujourd'hui nous sommes dignes du même surnom... En face de tous les autels, de toutes les victimes, de toutes les images et de toutes les tables saintes, on voit passer tour à tour les mêmes visages. Ce n'est pasJà, très-pieux empereur, ce que vous aves voulu ; mais, demeurant en toute autre chose souverain maître (et puissiez- vous l'être toujours!), en t)e qui touche la religion et le culte de la divinité vous vou* lez, par votre loi, que chacun soit souverain par luimême. »

« Et en cela, ajoute le rhéteur, insinuant ici discrètement une théorie d'indifférence un peu trop large, que Jovien sans doute n'eût point approuvée s'il l'eût comr prise, vous avez imité Dieu lui-même qui a donné à toute la race, humaine un penchant commun pour la piété, mais qui a laissé à la discrétion de chacun le choix de la manière de lui rendre hommage. Celui donc qu|

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finit intervenir la violence, enlève la liberté que Dieu a accordée aux hommes. C'est pourquoi les lois des hommes, les lois de Chéops et de Cambyse, ne durent que la vie de leur auteur; mais celle de Dieu» qui est la vôtre, demeure immuable et éternelle; à savoir: que toute àme soit libre de suivre vers la piété le chemin qui lui convient. Celle-là, ni les spoliations, ni les supplices, ni le feu, ne pourront la détruire. Vous pourrez tuer ou exiler le corps, si vous voulez, mais rame s'échappera, emportant avec elle la pensée, libre encore, quand bien même la langue serait contrainte. Je pense aussi, empereur, que vous avez compris le motif, de cette loi divine, dont vous avez voulu suivre la trace. C'est que l'homme est ainsi fait, qu'il s'applique avec plus d'ardeur à soutenir une lutte qu'à pratiquer les choses où il ne rencontre point de concurrence. Là où nous ne trouvons point d'adversaire nous tombons dans la paresse. Notre âme soutient mieux la fatigue en vue du combat; cest pourquoi vous ne défendez pas qu'il s'établisse entre nous une noble émulation de piété; vous ne voulez pas émousser Taiguillou de notre zèle... Peut-être aussi ce Dieu lui-même ne verrait-il pas sans regret sur ces points un accord trop complet entre les hommes; car la nature, dit Heraclite, aime à se cacher, et fauteur de la nature doit penser comme elle, et nous avons plus de respect pour lui par là même qu'il nous est moins aisé de le connaître, que nous ne l'atteignons pas sans labeur, et que nous ne pouvons

jamais le saisir que d*une seule main... Laissez donc» â empereur, la balance des cultes divers en équilibre. Ne la faites peucher d*aucun côté, et souffrez que de toutes parts montent des vœux pour vous vers le ciel *. » L'orateur termine en peignant l'impatience de Constantinople et la joie que cetle cité va éprouver à revoir, non le fils, non le neveu de Constantin, mais Constantin luimême. Car ce sont ses yeux, son port, ses mains; c'est sa manière de porter le diadème et la pourpre. « Hâtez* vous donc, excellent empereur; pressons le voyage. Le ciel partage les vœux de notre ville, car les nuages se dissipent, et en plein hiver voici le printemps. Envoyez devant vous l'astre précurseur de Taurore, ce jeune consul qu'on porte encore dans les bras et qui, bien qu'à la mamelle, est déjà tout le portrait de son père. Quel regard fier ! Quel air d'audace ! On dirait qu'il va haranguer le peuple. Puisse le Dieu qui lui fait partager avec vous la première magistrature l'associer aussi plus tard à la pourpre impériale! »

Mais le pauvre enfant, qui, par ses pleurs, démentait ces compliments, avait, ce semble, un plus juste pressentiment de sa destinée. Il fallut reprendre le voyage, qui continuait d'être fort pénible. L'hiver n'était adouci que dans l'imagination de Thémistius, et d'Âncyre on mit encore piusieui*s jours pour arriver à Drépanc enBithynie. Jovien dut y passer la nuit du 16 au 17 février.

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