AUian., Apol,, p
pape Libère qui priait Âlhanase de se rendre auprès de lui, pour le metlreau courant de tout ce qui le touchait et lui démontrer son innocence. Cette démarche était singulière après tant d'épreuves répétées, après l'avis unanime des conciles de Rome et de Sardique, et il est impossible de n'y pas voir un premier efTet des intrigues des courtisans de Constance sur l'esprit de Libère, plus laible que son cœur. Quelles que fussent la douleur et la surprise d'Âthanase devant une demande si inattendue, il ne s'en troubla pourtant pas et ne songea qu'à en prévenir le funeste effet. Il envoya à Libère, en guise de réponse, l'attestation de tous les évéques d'Egypte, unanimes à affirmer son innocence, et attendit, encore cette fois, un ordre plus exprès, avant d'aller lui-même livrer sa liberté et sa vie aux pièges de ses ennemis K Cet ordre n'arriva pas : Constance, intimidé, ne jugea
1. H 7 a ici uoe assez grande difficulté dont je suis sorti par une Conjecture.
An nombre des lettres et fragments historiques que Ton croit avoir été recueillis par saint Hilaire de Poitiers, et qui, en raison de leur 4ate comme de leur auteur, doivent être considérés comme les meilleurs documents de cette époque, on rencontre (éd. Ben., p. 1327 ) une lettre du pape Libère, annonçant à tous les évéques qu'il a sommé Athanase de venir à Rome se justifier, et que le primat d'Alexandrie ayant refusé, il croit devoir le séparer de sa communion.
Cette pièce a naturellement excité une très-vive controverse. Elle aurait pour conséquence, en effet, de faire remonter la faute et la chute du pape Libère jusqu'aux premiers jours de son pontificat, ou tout au moins de supposer une première erreur dont il serait revenu, et qui ue l'aurait pourtant pas préservé d'une seconde. Or Athanase , qui raconte très-explicitement la seconde faute, celle qui suivit l'exil de Libère, ?t qu'on aura à discuter au chapitre suivant, ne dit pas un mot de «"etie première défection, et aucun autre témoignage contemporain n'en
pas encore à propos d'insister : Libère, se tenant pour sufGsamment éclairé, ne persista pas non plus dans ses doutes injurieux ; mais il eut la naalheureuse pensée de vouloir faire partager sa conviction à Tempereur, et au lieu de se tenir, comme Athanase, sur une habile et forte défensive, il crut devoir prendre l'initiative pour ramener la cour à un juste sentiment de Tintérôtde rÉglise et des droits de la vérité. Il prit sur lui d*en« Yoyer à Arles, auprès de Tempereur, deux légats, dont Tun était Vincent de Capoue, celui mémo qui avait déjà figuré à Nicéo, portant les lettres des Orientaux et des
parle. On trouve, au contraire, dans toute la suite des ftills de cette année. Libère constamment et courageusement attaché à Atbanase.
Aussi nous n'hésitons pas, comme l'ont fait Baronius, les pieux éditeurs bénédictins de saint Ililaire, et^ en dernier lieu^ le savant Hefele (Concilien Oeschichte, p MO), à considérer cette pièce comme fausse «I forgée pir les Ariens, d'autant plus que ce genre de falsification était alors tr^s-commun et a plus d'un exem[ilo dans l'histoire.
Mais, fausse ou non, cette pièce est très-probablement contemporaine. Elle a dû avoir cours du vivant du pape Libère même, et il faut qu'elle ne fût pas dépourvue de vraisemblance pour avoir séduit saint Hilaire, qui n'avait nul intérêt à produire un témoignage dn siège de Rome, contraire aux orthodoxes et à saint Athanase. 11 est donc impossible d'admettre qu'elle ne leposc pas sur un fondement de vérité, et ce fondement m'a paru être la demande faite par Libère à Athanase, de venir se justifier à Home, demande à latpiellc Athanase aura encore évité de se rendre, en faisant répondre pour lui les évoques d'Egypte.
J'ai été amené ^ cette supposition, puis confirmé dans ma pensée par une autre lettre de Libère (cette fuis très-authentique, qui suit dans le recueil des fragments de saint Hilaire (p. 1330). Dans cette seconde pièce, on ettet, Lil»ère se justifie de n'avoir pas cru aux dénonciations qui lui étaient faites contre saint Athanase, parce «îue quatre-vingts évéques d'Egypte lui f.u valent parvenir dos témoignages contraires: Fidem et smftnitinmy dit-il, >t m cont/tnidavininx nostram^ quod codetn tempore octogiuta çii'sroinjruui .Efjj/itlhrum de Athanasio scntentia repugnavit. Ces termes n'indiquent-ils pas tiès-évidemment un com-
évéques d'Egypte. Ils reçurent la mission d'éclairer la conscience impériale, de prévenir toute résolution violente qui pourrait lui être suggérée par les évéques ariens, et d'offrir même au besoin, pour terminer tous les différends de TÉglise, la convocation d'un concile général; remàde toujours et si vainement invoqué, et dont rissue du concile de Sardique n'avait que trop montré Timpossibililé dans l'état de division de rËglisei. Rien ne pouvait être plus mal calculé qu'une telle démarche. Les légats allaient ainsi, en effet, au-devant de rembùche mémo qu'avait si soigneusement évitée
mencement d*enqiiète faite sur la conduite d'Athanase, et terminée par le témoignage des évéques d'Egypte?
Rien n'est plus d'accord d'ailleurs que notre supposition avec la suite ^68 faits. Le tort du pape Libère^ dès l*originc, tort qui* eut plus tard de si funestes conséquences^ fut de laisser remettre en question co qui ^vait déjà été décidé ii plusieurs reprises^ et, tout en adhérant invaria- Uement à la foi de Nioée, de laisser souvent séparer de cette cause sainte, celle de rinnocence d'Atbanase. C'est ce qui fit la faiblesse de la défense des ses légats à Arles, et entraîna la chute d'une partie de VÈglijie orthodoxe d'Occidjent.
A la vérité, l'authenticité de toutes les pièces lassemblôes dans les Fragments historiques attribués à saint Hilaire de Poitiers, a été contestée sans distinction dans une savante dissertation des Bollandisles^ 23 sept., p. 575 et suiv. Cette conclusion nous parait inadmissible; parmi ces pièces, il en est qui portent un caractère manifeste d'authenticité et par leur ton général et par leur rapport avec les meilleurs documents de cette époque. C'est une collection évidemment faite dans le temps môme, par un écrivain habituellement bien infonné, nuiis qui s^est par fois trompé. Il n'y a rien d'invraisemblable à ce que ce collecteur soit saint Hilaire lui-même, qui longtemps retenu en exil, a pu être souvent induit en erreur. 11 faut donc faire de U)Qtes ces pièces un usage tiès-modéré, et se garder d'y prêter une foi entière; mais il serait également déplacé de renoncer à tous les renseigMmenti préoieui et parfaitement vraisemblables qu'elles contiennent. 1. s. Hil., Fragm,\ p. 1330*1334.
236 LA JKINESSK UK Jl'LIKN.
Alhanase. Constance, qni aurait redouté de violenler dans Rome le chef de l'Église, ne pouvait rien imaginer de mieux , pour ses desseins, que de voir cette autorité suprême représentée à sa cour (où abondaient les évêques ariens) , par deux prêtres isolés, incapables de tenir tête à toutes les instonces dont ils allaient être circonvenus. A peine arrivés, en effet, Vincent et son collègue apprirent qu'un édit impérial était préparé, portant l'exil et l'excommunication d'Alhanase, et qu'on n'attendait que leur signature pour le ratifier. Valens et Ursace en étaient, dit-on, les rédacteurs. Tout étourdis d*une telle nouvelle, que Constance lui-même leur annonçait, en l'accompagnant de beaucoup de menaces et d'invectives contre Athanase, les députés ne se sentirent point le courage de résister ouvertement. Soit crainte pour leurs personnes, soit désir sincère de conjurer la tempête qu'ils voyaient près d'éclater sur l'Église, ils cherchèrent quelque moyen de traijsaction. Après tout, dirent-ils, la personne et la dignité d'Athanase n'étaient que des intérêts secondaires auprès de ceux de la foi. Si l'empereur consentait à donner satisfaction à la vérité, par une condamnation explicite de la doctrine arienne, ce résultat ne saurait être trop payé par le sacrifice d'une seule personne. Dans les crises violentes, celui qui comfhence à faiblir est vaincu par avance. On promit aux légats, en termes équivoques, h peu près tout ce qu'ils voulurent, ou peut-être se prêtèrent-ils euxmêmes à croire ce qui accommodait leur faiblesse. On les
L\ JKINKSSK l)K JILIKN. '2M
entraîna dans une réunion d'évéques, où la condamnation d'Athanase fut sur-le-champ mise aux voix. Yaine- • ment réclamèrent-ils d'une voix timide pour qu'elle fût précédée de la déclaration de foi qui leur afvait été promise : la majorité passa outre, sans les entendre, et eux-mêmes, affaiblis par leur précédente concession, débordés de toutes parts sur le terrain qu'ils avaient laissé gagner autour d'eux, n'opposèrent qu'une molle et courte résistance. Un seul évêque, Paulin de Trêves, sut se défendre de cet entraînement général, et le prompt exil qui suivit son refus d'obéir, en attestant la violence que souffrait l'Église, ne servit qu'à mettre dans un plus Irisle jour la lâcheté de la plupart de ses autres représènlants*.
La défection des légats de Rome fut accueillie en Gaule *l en Italie par la plus morne stupeur. Tous les yeux aussitôt furent lixés sur Libère, qui en éprouva lui-même une douleur et une confusion inexprimables. Son cha- 9'in était envenimé par la pensée qu'en laissant remettre ''^i-même en question, au moins par son attitude irré- ^'ue, ce que tant de conciles avaient décidé, il avait placé ses députés sur la pente de l'abîme où ils venaient *e se laisser tomber. 11 n'hésita pas pourtant à les désavouer très-haut, et de toute la force de son àme, par *es leiires énergiques envoyées aussitôt dans les principaux diocèses. (( Je ne dois rien cacher à. votre con-
^; S. Hil, ihid., et ad Const. Awj., p. 1222. — Sulp. Sév., ii, 39. *^' Atbaij., J/>o/.,p. 692.
science, écrivait-il au grand champion de Nicée^ à Osius. De concert avec beaucoup d*évéques d'Italie» j'ai demandé au religieux empereur Constance qu'il voulût bien donner des ordres pour qu'un concile fût réuni à- Âquilée; et votre sainteté saura que notre députation fut confiée h Vincent de Capoue» et à Marcel, qui est de Campanie comme lui. J'espérais beaucoup de Yincenti et parce qu'il connaissait très-bien cette affaire, et parce qu'il avait eu à siéger plusieurs fois avec vous» comme juge dans cette cause; et je pensais qu'entre ses mains rÉvangile ne périrait pas. Non-seulement il n'a rien obtenu, mais il est tombé lui-même dans le mensonge. Après un tel fait, je suis navré de douleur : je passerai pour avoir trahi l'innocence, ou pour m'étre prêté à des doctrines contraires à TÉvangile. Il ne me reste donc plus qu'à mourir pour mon Dieu ^ »
Mais le mal était plus facile à déplorer qu'à réparer. Enhardi par la faiblesse des représentants de Rome, Constance prenait le tou très-haut avec tous les évéques d'Occident et d'Italie, et les jpressait, par toutes sortes de menaces, de joindre leurs adhésions à celles qu'il avait déjà obtenues des évéques réunis à Arles. Il s'irritait des désaveux de Libère, et répandait en Italie des proclamations de sa main, très-injurieuses pour ce pontife. Libère ne vit d'autre moyen d'arrêter la contagion des défections, que de demander lui-même une nou«