S. Greg. Naz., Or., xuii
ne lui survivent que quand un rayon de la foi en a échauffé les germes. Avec des naturels dilTérenls, Tun plus austère, l'autre plus tendre, Tun plus réglé par les leçons de la science, l'autre plus entraîné par les élans de l'amour divin, c'était chez tous deux même ardeur dans la prière, même pureté de mœurs, même culte pour 1^ pieux souvenirs du toit paternel ; et loin , bien loin après la ferveur des études chrétiennes , même enthousiasme pour les lettres, la poésie et l'éloquence. Basile gouvernait ses jeunes compagnons par la sagesse de ses conseils, Grégoire les animait par la chaleur communica* Uve de sa parole ; Basile contenait Grégoire dans ses en- Initnements ; Grégoire soutenait et ranimait l'âme plus Mélancolique de Basile, attristée souvent par la corruption du siècle. «Ah! disait plus tard Grégoire, comment se rappeler ces jours sans verser des larmes? L'élo- <|uence, la chose du monde qui excite le plus d'envie, nous enflammait d'une ardeur égale, et cependant nulle jalousie ne se glissait entre nous : un zèle commun Dous excitait ; nous luttions, non à qui remporterait la palme, mais à qui la céderait à l'aulre : car pour cha- ^"n la gloire de l'autre était la sienne propre. C'était une seule âme qui avait deux corps. VA s'il ne faut point croire ceux qui disent que tout est dans tout, du moins la»l-il convenir que nous étions l'un dans l'autre... ^ous ne connaissions que deux chemins, le premier, et le plus aimé, qui nous menait vers l'église et vers ses
Jouteurs; l'autre, moins élevé, qui nous conduisait à m. 49
récûlc et vers nos iiinilres. Nous laissions à d'autres les sentiers qui mènent aux fêtes, aux Ihéâtrcs, aui spec^ tacles et aux repas*. )>
Dans cet asile, (roù émanait comme un parfum de sainteté, les bruits de Técole n'arrivaient pas. Lesautres étudiants n*y pénétraient que rarement, avec embarras: car la réputation des jeunes gens était grande, et leur abord, bien qu'aimable, un peu imposant. Nul n'aurait osé les traiter familièrement, ni les provoquer par les plaisanteries et par les défis ordinaires entre camarades^ Julien pourtant, pou>sé par Tardenle curiosité qui Tani* mait, pénétra dans leur retraite. Il connaissait Basile depuis quelques années déjà, car le jeune chrétien avait étudié d'abord à Constantinople sous Libanius. Julien vint plusdune fuis dans le logis commun des deux amis s'asseoir à leur table , s'entretenir avec eux des bellflB lettres, qu*elquefois expliquer les saintes Ecritures, soit pour cacher, par une manœuvre adroite, les sentiments déjà trop apparents de son âme, soit peut-être qu'avants de rompre tout à fait avec la foi de son enfance il voulftt;^ jeter un dernier regard dans les proiondeurs de rÉvan— gile. Les sujets communs de conversation ne manquaient: pas, car Basile était un grammairien très-habile ; il pouvait disserter très -savamment d'histoire et de poésie ^ l'astronomie, la géométrie, l'arithmétique, la médecine même, lui étaient familières. Quelque agrément, sam^