s. Athan., ÀpoLy p. 673 et suiv
ce qu'ils ne veulent pas laisser faire, ce qu'ils empochent par loules sortes de moyens. Ils se justifient donc, dans ces formules, précisément de la chose dont on ne les accuse pas... Ils sont comme un homme qui, accusé d'adultère, se défendrait de vol ou qui, prévenu du soupçon de meurtre , démontrerait qu'il n'a fait ni faux serment, ni détournement de dépôt. Ce serait plutôt une dérision qu'une excifse, et ce serait presque un aveu du crime. Car, qu'y a-t-il de commun entre un meurtre et un dépôt, entre un adultère et un
vol? Pour nous, nous sommes chrétiens, et non
Ariens; et plût à Dieu que ceux qui ont rédigé ces nouvelles formules n'eussent point les sentiments d'Arius ! Hais maintenant il faut parler franchement , car nous n'avons point reçu un esprit de servitude qui engendre la crainte; c'est à la liberté que l'Esprit de Dieu nous a appelés. Et ce serait une grande honte si cette foi , que nous avons reçue du Sauveur par les Apôtres, nous l'abandonnions pour Arius et pour ceux qui pensent comme lui. Mais la plupart des gens de ce pays, connaissant l'artifice de ces rédacteurs de professions de foi, sont décidés à résister jusqu'au sang à leur malice, et cela surtout parce qu'ils comptent sur votre courage. Puis donc que nous sommes en face de l'hérésie, et qu'elle est sortie comme un serpent de sa caverne, mais que l'enfant divin, qu'Hérode cherche pour le tuer, est conservé parmi vous; puisque la vérité vit en vous, puisque votre foi est pleine de vigueur, allons donc, je in. ^^
338 • LA PEBSÉCUTION ARIENNE*
VOUS en conjure, tenant dans led mains cette doctrine que vos pères vous ont transmise à Nicée, donner au monde l'exemple de la confiance et de la foi en Dieu. G* est ici le combat de la foi : il y a plus d'une attaque de reo- ' nemi, et celui-là n'est pas seul martyr qui refuse d'encenser les idoles ; mais refuser de renier la foi , c'est là le témoignage, le martyre éclatant de la conscience *• i Ce n'était pas^assez de ces vives exhortations : elles étaient bientôt suivies de quatre traités dogmatiques, discutant toutes les questions agitées entre les ariens et les orthodoxes. £à, nulle allusion aux événements du jour, nulle trace des émotions de la lutte : le dogme seul et l'Écriture. Ces dissertations sont fatigantes pour un lecteur moderne, que n'intéressent plus les détails d'une question épuisée : quand on les étudie de près et avec patience, peut-être le caractère particulier du génie d'Alhanase, l'union de la fermeté à la souplesse, sY développe-t-ïl mieux que partout ailleurs. A voir sur quoi la discussion porte, sur quelle interprétation forcée des textes de l'Écriture, sur quelle puérile ambiguïté de mots, on s'étonne dèquelles objections daigne sepréooeo* per un si grand génie. Regardbz^de près : la subtilité naS'
1. s. Athan., Conbra Arian. On r, ^ 29S, SOS; SOSi ^ Cette pièee porte dans l'édition que nous citons le titre de Pr&nif dUcêurs oon^ les Ariens, bien qu'eUe n'ait rien de commun avec les quatre qui suivent, et que sa suscriptiott particulière en fasse une Traie drculaire aux ôvôque& d'fgypte. — Voir Tiilemont, Saint AthanasBt note 76.
de la difficulté qu'on lui pose; le bon sens jaillit, droit et ferme, (le la réponse. Fatigué parfois lui-même des misères auxquelles on le condamne : «0 les fous, s'écrie4-il, •ô les chicaneurs! Mais il faut bien leur répondre. Il vaudrait mieux se taire ; mais puisqu'ils ne se tiennent point en repos, pour réfuter leurs impertinences il en faut peut-être dire de pareilles. » Dénouant alors d'une majn délicate les mille liens dans lesquels on veut l'enlacer, puis saisissant d^un bras de fer son ennemi , le géant l'entratne avec lui sur les hauteurs de la métaphysique chrétienne.
Au fond, ces petits traités ne sont qu'un long dilemme posé aux Ariens sous mille formes : « Ou Jésus-Christ est Dieu y ou il est une créature. S'il est Dieu , que nous reproche-t-on? S'il est créature, pourquoi fadorezvous? Vous êtes des païens et dés gentils, si vous adorez ce qui est créé. Idolâtres ou catholiques : vous n'avez point d'intermédiaire*. » C'est sur ce point vulnérable de TArianisme que portent incessamment les traits d'Athanase. Et , en efifet , l'identité parfaite de sa substance avec la substance divine était la seule chose, •qui distinguât le Christ de tous les demi -dieux; fils de dieux , de toutes les incarnations poétiqifes ou gro* tesques dont l'antiquité avait chargé ses autels. S'il n'était pas le grand Dieu lui-même, le Dieu unique.
1. Cette assimilation entre les païens et les Ariens leyient à toutef l6»^page8. -* Voyez, eatr^aqlres, p. 381, SM.
il n'était qu'un nom de plus ajouté à la liste des faux dieux. Il prenait rang avec Jupiter, avec Neptune, avec Apollon , dans un Olympe placé à moitié chemin, à mi-côte du ciel et de la terre, au-dessous des retraites inaccessibles d'un Dieu suprême, immuable et inconnu. Le polythéisme rentrait par une porte détournée, si une mam vigoureuse ne l'avait démasqué et déposté. Là est pour l'histoire de Tintelligence humaine Tintérêt persistant de la lutte de TArianisme, et le cri d'Athanase, poussé jusqu'à nous du fond du désert, vient encore ébranler tous les échos de la raison comme de la foi.
Cependant les nouvelles d'Alexandrie devenaient chaque jour plus sinistres, car l'inutilité des perquisitions irritait et exaspérait les persécuteurs. Leur colère était surtout redoublée par la désertion des églises dont les prêtres ariens avaient pris possession. Les chrétiens fidèles les fuyaient pour aller tenir leurs réunions, soit de piété, soit de charité, aux portes de la ville, dans des campagnes reculées. Défense fut faite aux ecclésiastiques rebelles de célébrer le service divin, ou de distribuer les aumônes ; défense aux pauvres, de les recevoir. Puis, le premier dimanche qui suivit la Pentecôte, informé qu'une de ces réunions prohibées se tenait dans un cimetière, le comte Sébastien y fait subitement invasion avec trois mille hommes , l'épée nue , au moment où la messe finissait. Il fait arrêter les fidèles de distinction , principalement les vierges , et les faisant dé-
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pouiller de leurs vêtements , il ordonne qu*elles soient frappées de verges qu'on avait formées de branches de palmier fraîches dont on n'avait pas enlevé les épines. Le supplice fut prolongé assez longtemps, pour coûter la vie à beaucoup de ces saintes filles et à plusieurs homjnes. On laissa leurs corps gisant dans la campagne, a^oc dëlense de les enterrer. Les mêmes violences ne tardèrent pas à s'étendre sur toute la surface de l'ÉgN |)te : seize évêques bannis, trente forcés de fuir, partout des prêtres dispersés, martyrisés ou proscrits; des églises pillées et des instruments de supplice dressés sur toutes les places publiques; tous ces désordres couvrirent l'Egypte d'un spectacle de désolation que n avait égalé aucune des persécutions du paganisme *• Le bruit de ces malheurs arrivait dans la retraite d'Athanase, apporté par des fugitifs dont les larmes ou les blessures lui déchiraient le cœur. La crainte d'exposer ses pieux hôtes à ce redoublement de cruauté le décida alors à se séparer même de cette société silencieuse, où il goûtait les douceurs de la sympathie. ■
Fuyant toute habitation d'homme, il alla chercher un asile tellement secret qu'il ne pouvait, dit-on, y jouir librement de la vue de l'air. C'était , ou quelque grotte souterraine, ou quelqu'un de ces vastes caveaux funéraires dont la piété des Égyptiens avait couvert la campagne^ et qui, souvent abandonnés et oubliés, deve-
1. s. Athaa., ad Sol., p. 850 et suiv. ; ApoL, p. 692; De fuga^ p. 704 et suiv. — Théod., ii, 14.
S42 LA PERSÉGUTfON ARIENNE.
Baient ta retraite des bètes sauTages. Un seal fidèle eir savait le chemin et Tenait l'y trouver pour lui apporter sa nourriture et lui remettre ou prendre ses lettres V Car du fond de son cachot inconnu » où le jour ne pénétrait pas, sa voix trouvait encore moyen de se fair& entendre. Il y a même dans les écrits qui , par leur date 9 ont dû évidemment être composés dans les entrailles de la terre, plus de feu encore, des transports plus ardents d'une sainte colère, et comme une verve plus âpre. Sous Tétreinte chaque jour plus resser-^ rée de la persécution, le courage se concentre et s'exalte.
Il apprend, par exemple, que ce courage était mis en doute par les évéques ariens qui, de dépit de ne pas le trouver, répétaient en riant qu'il avait fui. « Quoi! s'écrie-t-il , bondissant d'indignation , j'entends dire que Léonce d'Antioche, Narcisse de Néroniade, Georges de Laodicée, et les autres Ariens, se raillent de moi et m'appellent lâche, parce que je ne me suis pas livré de moi-même à leurs coups * !. . . Et ils ne voient pas que
l. Soz., iT, 10. — Rtifin, I, 18. — Luc. 'M., Epist, ad Athan.,ï\i fin du volume des œuvres de Lucifer.
4. S. Athan., De fuga, p. 701. — Ce traité d'Athanase, et celui qu^ nous allons citer tout à Theure, sont évidemment postérieurs, au moins de dix-huit mois ou deux aos, aux précéd^its,. puisqu'il y est fait mention de la chute d'Osius et de Libère, qui n*eut lieu qu'à la fin de 357 ou au début de 358. Mais la suite du récit nous a obligé de les plaoer ici, parce que s'il s'était écoulé un assez long laps de temps, il ne s'était pourtant pas opéré de changement notable dans la situation du prélat proscrit, entre ses premiers et ses derniers écrits, Cto dit qu^'
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fpar ces railleries ils se dénoncent em-mêmes. Car, s'il est mal de fuir, il est plus mal encore de poursuivre. Celui qui fuit se cache pour ne pas mourir; celui qui poursuit, ooOTt pour tuer... S'ils trouvent la fuite honteuse, qu'ils rougissent eux-mêmes de leur poursuite, car s'il n'y avait pas d'embûche, il n'y aurait pas de fuite non plus ^.. Devant qui fuit-on? Est-ce devan •les gens humains et doux, oe devant les gens féroces et •criminels? On fuyait devant Saâl, et on se réfugiait chez David*... S'il est mal de fuir, pourquoi Jacob a-t-il fui devant Ésaû? Pourquoi Moïse a-t-il fui chez les Madia- Tiites? Et que diront-ils, ces mauvais plaisants, de J)avid fuyant de sa maison devant les meurtriers de JSaûl, se cachant dans une caverne, et déguisant son visage, jusqu'à ce qu'il ait échappé aux embfiiches d*Abimélech? Que diront-ils, ces bavards imprudents, du grand Élie qui savait faire descendre la puissance de Dieu sur la terre, et ressusciter les morts, mais qui se cachait devant Achab et devant les menaces de Jézabel , dans le temps même où les fils des prophètes fuyaient la mort dans les cavernes d'Abdias? — Mais peut-être que ce sont là des exemples trop anciens et qu'ils n'ont pas
Msta six ans dans sa cayeme. Quelque soin que je mette à suiyre bêlement Tordre chronologique, on conçoit que dans le récit de faits qui se passèrent dans des lieux aussi éloignés les uns des autres, a faut s'écarter quelquefois de la toite des dates pour ne pas briser 4 tout moment la narration.