Ibid,, p
Sodome, sans se retourner, de peur de subir le sort de la femme de Loth. Quant à ceux qui sont restés purs de l'impiété, qu'ils en aient la gloire devant Dieu, et qu'ils disent : Nous n* avons point élevé nos mains vers des dieux étrangers ; nous n'avons point adoré l'œuvre de nos mains; nous n'avons servi aucune créature , mais toi seul Dieu, qui as tout créé par ton Verbe, ton Fils unique, notre Seigneur, par lequel à toi, comme à lui et à l'Esprit saint, soient la gloire et l'empire aux siècles des siècles ' . »
Ces paroles, sorties toutes brûlantes d'un asile inconnu, faisaient circuler partout un frémissement d'indignation. Partout la puissance impériale rencontrait une résistance inconnue aux âges précédents, résistance qui prenait rarement les armes et ne versait le sang que par entraînement et à regret, mais qui trouvait un invincible point d'appui dans la force de la conscience affranchie et de l'opinion indignée.
Les scènes lamentables de l'Egypte se reproduisaient, en effet, de toutes parts. Partout on offrait aux évèques la condamnation d'Athanase à signer; et si la défection épiscopale se faisait attendre , la persécution arrivait, suivie de l'héroïque désobéissance des fidèles. Le courage ne faisait pas défaut en Orient même , quoique le nombre des évêques complaisants y fût très-grand , et que l'hérésie arienne, qui y avait pris naissance , y eût
t. s. Athan., ad Soi., p. 865, 86G.
jelé des racines plus étendues, A Anlioche, où une succession de pasteurs hérétiques gouvernait déjà depuis plus de trente ans^ ; à Constantinople , où, depuis l'exil deTévêque Paul, suivi promptement de sa mort, l'usurpateur Macédonius régnait en maître*, il se trouva pourtant un noyau de chrétiens persévérants qui payèrent leur fidélité de la confiscation de leurs biens , de Texil et des plus affreux supplices. On détruisait leurs églises; ils les rebâtissaient le lendemain. La nouvelle capitale de Tempire, à peine achevée, était ainsi le théâtre de luttes violentes entre les soldats et la foule, qui mettaient à forte épreuve la solidité déjà très-mal assurée de ses monuments et le calmé de sa population, formée, par des émigrations de toute sorte , d'aventuriers et de gens sans aveu. Les ruines faites par la sédition et par l'émeutç s'y mêlaient de toutes parts aux constructions inachevées. C'est ainsi que l'église des Saints-Apôtres, où reposait la dépouille de Constantin , se trouvait ébranlée à peine vingt ans après sa fondation. Macédonius voulut enlever le corps du prince, pour le faire déposer dans un lieu plus sûr. Dans l'état agité des esprits, ce fut le signal d'une insurrection. On répandit parmi le peuple que, non content de déchirer le symbole du grand concile , les Ariens voulaient encore déterrer les restes du saint empereur qui y avait figuré. Chacun courut aux armes. Au premier rang des révoltés figurait la petite
1. Voir la première partie de cette histoire, t. ii, p.'.300. S. Voir plus haut, p. 65.
350 ^ LÀ PERSÉCUTION ÂRIBVNB.
seete des Novatiens dont Constantin avait négocié à Nioée la réconciliation avec l'Église, et qui, malgré la persévérance de ses coutumes bizarres, demeurait inébranlable* ment attachée à la mémoire du concile. On se battit plusieurs jours dans le sanctuaire de Saint-Acace , où le corps avait été déposé, et le sang ruisselait , dit Soio« mène, de Tintérieur de Téglise jusque sur la place quif conduisait \ La lutte ne finit que par Tinterventioa ds Tempereur, qui blâma Tévèque et se réserva de dispe* ser liii*méme, à son arrivée , dès restes mortels de son père.
iiiUeurs» la résistance, plus évangâique et plus digne, avait pour soutiens les Àvéqoes d'Occident, prosmti à Milan, eè qu'on avait envoyés passer leur temps d'exfl en A^. Ëusèbe de Yerceil et Lucifer de Cagliari , détenus dans deux villes de Palestine, y étaient l'objet à la Sns des traitements les plus rigoureux de la part des magistrats , et de la pieuse admiration de la foule chrétienne. On s'empressait autour d'eux, pour entendre le récit de leurs peines. La maison où demeurait Eusèbe à Scjtbopie et qui appartenait à un juif converti de distinction, le comte Joseph, était chaque jour encombiée de visiteurs, qui arrivaient les mains chairs de présents, d'habits, d'aliments, pour subvenir à tous ses besoins. Ce speetade , qui feisait de l'exil un triomfAe, irrita les Arwns de la ville, qui avaient dans Tévéqua
i. Soz., IV, 20, 21. —Soc., II, 38.
* Patrophile un chef actif et obstiné. On alla tirer bruta- : lementle confesseur de sa maison, et on l'enferma dans la cellule d'un hospice , où personne n'eut permission de le venir voir. Ëusèbe se laissa foire en silence; mais le lendemain Patrophile reçut de lui un billet avec cette suscription : a Eusèbe , serviteur de Dieu , au geôlier HPatrophile. d II lui annonçait sa résolution de ne pas manger un morceau de pain, de ne pas boire une goutte d'eau diins sa prison, décidé qu'il était à se laisser plutôt mourir de faim qu'à renoncer à recevoir sa nourriture des mains de ses frères. Patrophile » ému de cette froide intrépidité» n'osa prendre sur lui de causer la mort d'un ecdlègue, et lui fit rendre sa liberté. La foule lui fit cortège de la prison jusqu'à sa demeure» et voulut illuminer elle-même tout le bâtiment. Peu de jours après, il reeevait une députation de deux prêtres de son église qui avaient traversé la mer pour venir lui apporter les souvenirs et les collectes de son troupeau. A son tour , il distribuait des aumônes à ceux qui l'avaient assisté la v^le; il écrivait aux fidèles d'Italie pour les encourager elles remercier, et resserrait ainsi encore, du fond de M retraite, toutes les mailles de ce réseau que l'organisation ecclésiastique avait jeté sur le monde, et qu'au* cune puissance humaine ne pouvait ]^lus briser ^
j i. La Vttre dTusêbe de Verceil à son église, qni rend compte de ^ cette aue(?dote, a été publiée par Baronios [Ann- ^cL, ann. 356, § 95], €t porte un grand caractère d'authenticité. — S. Épiphane {Hœr,, xxx, 5) racf >nte qu'il a été voir lui-même le confesseur Eusèbe dans sa retraite de Scythople, chez le comte Joseph*
35â LA PERSÉCUTION ARIENNE.
Lucifer supportait les peines de l'exil avec moins de patience et bravait la persécution avec plus d'audace encore. Dans une suite de pamphlets écrits d'un style dur et rustique, comme il le dit lui-même, ce rude paysan poussait la liberté évangélique Jusqu'à ses plus extrêmes limites : Défense d'Athanase, Condamnation des rois apostats , Nulle société avec les hérétiques, Il ne faut point épargner les ennemis de Dieu y Mourons pour le Fils de Dieu, tels étaient les titres de ces traités acerbes 9 où les anathèmes sévères de la langue bi« blique sont épuisés par cet autre Ëlie contre un nouvel Âchab : le serpent de la Genèse , le loup de l'Évangile ne sont plus que des images adoucies de l'empereur arien. « Au dernier jour, dit-il, comme Adam dit à Dieu : c'est le serpent qui nous a séduits ; nous, évêques, si nous faiblissons , nous dirons : c'est Constance qui nous a séduits... Viens donc, empereur, pourquoi ne te venges-tu pas de moi, de ce mendiant qui t'insulte?... Penses-tu que nous respecterons ton diadème, te3 pendants d'oreilles, tes bracelets, tes riches vêtements, et que nous oublierons le maître des cieux et de la terre* ? » Tous ces écrits circulaient rapidement, grâce à la communication constante des églises entre elles, malgré la police et les distances. Athanase en eut connaissance dans sa retraite, put faire demander ces écrits, les recevoir, et bien qu'il dût déjà y reconnaître des