Amb., Op., t II, p. 829 et
placée 2 « Voilà une belle sculpture, dit-il ; pour ceci, je puis le (aire copier, et je le ferai. — Prenez garde, seigneur, lui dit Hormisdas, avant de faire venir le cheval, il faudrait avoir bâti récurie. — Et que pensez-vous de tout ce que nous voyons, disait-il à ce même inlerlocateur, à la fin d'une de ces fatigantes excursions? — Quel dommage , reprit le prince proscrit avec une nuance d€ mélancolie, qu'on meure ici comme ailleurs* ! »
Pendant que ces visites faites de bonne grâce aux monuments de la vieille Rome rassuraient les païens sur les desseins immédiats de l'empereur, d'autres victimes plus intéressantes de son despotisme s'assemblaient secrètement dans la ville, pour aviser aux moyens de tirer parti de sa présence. C'étaient les chrétiens restés fidèlement attachés à leur pontife proscrit. Le nombre en était très-grand, et à leur tête figuraient beaucoup de dames de distinction, femmes de
1. Anim. Marc, ihid. — Le texte de la phrase d'Honni sdas porte: id tautuMi sibi placuisse aiebat, quod didicisset ibi quoque homines moii. Mais la phrase ainsi faite exprime un sentiment d'une aineitume vraiiueat excessive. En substituant, comme le propose Valois dans sa note, et comme Gibhon s'y est décidé, le mot dispiicuisse à placuisse, on arrive au même sens, mais sons une forme plus adouc* et plus élégante. Quant à la bienveillance avec laquelle Constance visita les temples païens, la lettje de Symmaque à l'empereur Valentinicn ne laisse sur ce point aucun doute : Per omues vias urbil aeternae lœtnm seqnutus senatum, vidit placide ore delubra, legit in* scripta fastigiis deorum nomina, percontatus est teraplurum origines, miratus est conditores.... Symmaque ajoute qu'il ne refusa pas de pourvoir aux dépenses des cérémonies des Romains, et nomma de( nobles au sacerdoce (S. Amb., Op., t. ii, p. 29). Si Ton n'avait pal d'autre témoignage, celui-ci suffirait pour infirmer les deux lois diSf entées plus haut.
sénateurs ou de hauts dignitaires. Elles pressaient sans relâche leurs maris d'aller trouver l'empereur et d'obtenir de lui le retour de l'évêque. c( Si vous n'en venez pas à bout, disaient-elles, nous quitterons la ville et nous irons retrouver cet auguste et cher exilé. ))Les hommes, plus intimidés ou moins zélés, étaient difficiles à déterminer. « Allez-y vous-mêmes, finirent-ils par diie : à nous autres, Constance ne pardonnerait pas une démarche qui lui déplairait; mais il ne voudra pas sévir contre des femmes : il vous accordera ce que vous demandez, ou du moins il vous renverra sans vous maltraiter. » A la réflexion l'avis parut bon, et les dames chrétiennes se décidèrent à se rendre en pompe, et parées de leurs plus beaux ornements, au palais de l'empereur. En voyant entrer dans la cour de son palais ces matrones, dont il n'eut pas de peine à reconnaître la quahté, l'empereur ordonna qu'on les introduisît, et il leur fit très-bon accueil. « Seigneur, lui dirent-elles, en se jetant à ses pieds, prenez pitié de cette grande ville privée de son pasteur et exposée à l'invasion des loups ravissants. — De quoi vous plaignez-vous, reprit l'empereur? Vous avez un évoque tout à fait en état de remplir sa charge. » Les dames lui représentèrent que Félix n'était qu'un intrus dont les bons chrétiens fuyaient la communion *.
Le favorable accueil de la ville, le plaisir qu'il prenait à s'y trouver, avaient mis l'empereur en veine de
i. Théod., II, 17,
douceur. Il voulait obliger tout le monde, et c'est à cette charitable intention shns doute qu'il faut attribuer une . pensée que Théodoret lui prête, mais à laquelle il est! * difficile de croire qu'il se soit sérieusement arrêté. Il an- 1 ' nonça, dit cet historien, Tintention d'offrir à Libère la | permission de revenir, à la condition qu'il consentirait 1 à partager avec Félix le siège épiscopal. Cette idée plai- ) santé, qui attestait la profonde ignorance du chrétien qui se mêlait de régir l'Église, circula rapidement dans ia ville. C'était jour de cirque, et Constance assistait aux jeux. Le projet de l'empereur se répandit sur tous les bancs, et fut accueilli par un concert de quolibets et de railleries : a Yoilà qui va bien, disait-on; il y a deux factions dans lés jeux du cirque : chacune a déjà ses couleurs; chacune aura aussi son évêque. » Puis,
passant de la plaisanterie à une émotion plus sérieuse que le lieu ne paraissait le comporter, la foule en chœur s'écria : « Un Dieu ! un Christ ! un évêque ! » Il n'en fallut pas davantage, sans doute, pour détourner Cojistance de son étrange projet, et no voulant pas se créer d'embarras en face de la foule excitée, craignant tout ce qui ressemblait à une commotion populaire, il se borna à laisser espérer qu'il ferait quelque chose pour Libère, si Libère, à son tour, entendait raison*. Cette
1. Théod. — Nous n'osons prendre sur nous la responsabilité de donnfl comme absolument authentique le fait allégué par Théodoret. En tont cas, si lldée étrange qu'il prête à Constance fut réellement cono» par cet empereur, nous ne pouvons croire qu'il ait été jusqu'à en faire Tobjet d'uue lettre lue dans le cirque^ comme Thistorien i*af firme. U
vague promesse ne l'empêchait pas de resler en amilié avec Tusurpateur Félix, comme on peut le voir par plusieurs lois qu'il lui adressa pour renouveler, en les accroissant^ les privilèges de son Église. Une singulière disposition, que nous avons déjà rencontrée, et qui Bxempte des impôts ordinaires, même les opérations commerciales des ecclésiastiques, et étend cette exemption à leurs femmes et à leurs enfants, y est reproduite et amplifiée *.
Jusqu'au bout de son séjour. Constance fut fidèle à ce système de conciliation. Satisfait de la soumission de tous ses sujets, il leur témoigna à tous son contentement : aux chrétiens il accorda, non la suppression complète, mais la flétrissure officielle des combats de
lYâit sûrement auprès de lui un conseil ecclésiastique qui Paurait em< péché de commettre une pareiUe énormité. On peut admettre tout au plus que ce fut un projet communiqué en conyersation à quelques personnes^ et ébruité par indiscrétion. Les récits de Sozomène (iv, 15) , Rufln ( I, 27 ) , Sulpice Sévère, etc. , attestent également que la foule Intervint à Rome en faveur de Libère; et le premier de ces historiens va même jusqu'à dire qu'il y eut une sédition poiir le faire rappeler, où périrent plusieurs personnes. Nous ne pouvons admettre un fait de cette cavité, en présence du témoignage d'Ammien Marcellinqui afOrme que [k)nstance se trouvait si hien à Rome qu'U aurait voulu y rester. Or, uonstance ne se serait sûrement pas hien trouvé dans une ville où une sédition aurait eu lieu sous ses yeux. Quant à l'affirmation commune ie ces divers historiens, à savoir que Libère fut rappelé à la suite de ses interventions bruyantes de la foule, nous dirons plus loin pourquoi nous ne pouvons Tadmettre.
1. Cod, Theod., xvi, t. 2, 1. 18, 14. —Cette loi est d'octobre 857, plusieurs mois après le départ de Constance de Rome; mais, comme ^Ues que nous allons citer, elle est évidemment la conséquence de ce séjour, et atteste la disposition de l'empereur pendant tout le voyage.
gladiateurs» dans une loi qui interdisait à tout militaire d*y prendre part *. Avec les Ariens il tint quelques conférences sur les questions dogmatiques, et discuta des formules de foi ^. Avec les sénateurs qui se plaignaient toujours de la lourde charge des fonctions publiques, il combina une série de mesures pour faire revenir dans la cité les gens riches qui s'en éloignaient et laissaient ainsi peser sur les nobles présents le fardeau entier des devoirs civiques^. Au peuple, enfin, il accorda des Jeux, des représentations presque constantes, dans lesquels il laissa la foule faire la loi ellemême, allonger, modifier le programme comme élk Tentendait. Enfin, il promit à la ville, comm.e marque de son souvenir, de lui faire venir d'Egypte le grand obélisque d'Héliopolis, que son père Constantin avait fait transporter à Alexandrie. La promesse fut tenue, en effet. Tannée suivante, et c'est le même monument qui fait face aujourd'hui, sur la place de Saint-Jeande-Latran, à la métropole de Rome*,
Un mois s'écoula dans ces occupations et ces divertissements, et Constance y prenait tant de plaisir, trouvait Tair de Rome si pur et si doux, qu'il y fût resté volontiers plus longtemps. Mais des alarmes conçues sur la sécurité des frontières de Mœsie et de Pannonie, les soins d'un