‹ L'Eglise et l'Empire Romain au ive siècleChapitre 118 sur 137 · Amm. Marc, loc. cU. et xyik · texte numérisé non relu

Amm. Marc, loc. cU. et xyik

i: traité de paix ou du moins d'une trêve à renouveler avec

- les Perses, Tarrachèr^it à ces distractions et le ra-

?' menèrent vers les provinces septentrionales, qui étaient

e devenues le siège obligé du pouvoir impérial. Il était

^ de retour à Milan, et de là à Sirmium , avant la fm

de Tannée 357. Il y avait donné rendez-vous à la fois

:' au préfet du prétoire, Musonien, qui arrivait d'Orient,

porteur des propositions de Sapor, et à Osius de Cor-

r doue, venu d'Espagne, dont on lui avait mandé que Tin-

telligence s'affaiblissait, et dont il espérait, à Taide de

^ ses conseillers habituels, Ursace et Yalens, vaincre enfin

la résistance*.

Avec Musonien l'entrevue fut courte, et les affaires assez promptement réglées. Le préfet repartit, muni de pleins pouvoirs de l'empereur pour conclure le traité. Avec Osius, la négociation fut plus longue et plus pénible. Il arrivait accompagné de Potame, évéque de Lisbonne, que les ennemis d'Athanase avaient entièrement gagné à leur cause. Un mois durant, le vieillard, plus que centenaire, fut assiégé de menaces, d'obsessions de toutes sortes. Un séjour incommode sous un ciel rigoureux ^ loin du soleil de sa patrie, était le moindre des tourments qu'on lui imposât. Mille privations venaient accroître pour lui les infirmités de la vieillesse ; et en même temps on le poursuivait d'argumentations et de sophismes, auxquels son esprit

i. Amm. Marc, loc, cit. — S. Athan., ad Sol,^ p. 841.

droit et simple s'était toujours difficilement prêté, et auxquels sa tête affaiblie ne pouvait maintenant plus suffire. Las enfin autant qu*étourdi, ne comprenant plus ni ce qu'on lui disait ni ce qu'il faisait, le vieux confesseur finit par faire entendre qu'il se soumettrait à l'empereur et qu'il se prêterait à tout » poui*vu qu'on le /laissât tranquille ^

Cette soumission, extorquée à la faiblesse de l'âge, fut exploitée avec une ardeur et une habileté incroyables. On présenta à )a signature d'Osius non-seulement l'édit d'exil d'Âthanase , mais une nouvelle profession de foi (c'était la coutume des hérétiques d'en faire tous les jours de nouvelles). Celle-ci allait dans la voie de l'hérésie d'Arius beaucoup plus loin qu'aucune des précédentes : elle attribuait exclusivement à la personne du Père les qualités de Tout-Puissant, d'Invisible^ d'/mmortel et d'Impassible; elle affirmait que le Fils est inférieur au Père en majesté, en honneur, en gloire et en dignité, qu'il lui est soumis en toute chose, et elle défendait, comme inutile et superflue, toute discussion sur la similitude ou l'identité de substance des diverses personnes divines. C'était l'annulation de l'œuvre de Nicée. On la fit revêtir de l'adhésion du président même du grand concile ^

1. Marc, et Faust., Lib. prec, p. 34. — S. AUian., ad. Sol, p. 840-41.— Soz., lY, 12. —S. Epiph., Hœr., lxxiii, 14. — Socr., ii, 31.

2. S. Athan., de Syn, Ar. et Sel., p. 902, 904. — Soc, u. Si. — S. HU., de Syn,, p. 1158.

C'était un coup terrible pour lafoi; mais ce n'était pourtant pas le comble. Dans les jours de péril, et sur le champ . de bataille, la faiblesse est contagieuse. A peine la défection d'Osius était-elle connue, et pendant que le héros de tant de luttes traînait languissamment sur le chemin d'Espagne sa vieillesse humiliée, des lettres venues de Bérée, enThrace, apprirent que l'exil ébranlait aussi la fidélité du chef même de l'Église : Libère faiblissait. Sa nature, plus généreuse que ferme, s'était exaltée jusqu'à l'héroïsme pendant l'émotion des jours de crise . Mais ce courage un peu factice tombait dans la solitude; l'oubli, le silence de l'exil le plongeaient dans un morne accablement. On l'avait séparé de tous les prêtres de son église, et même d'un diacre très-aimé qui était son secrétaire et son favori. L'évêque de Bérée, Démophile, Fortunatien, évêque d'Aquilée, l'un et l'autre dévoués aux schismatiques, ne cessaient de l'entretenir des bonnes dispositions de l'empereur à son égard, du léger sacrifice qu'on lui demandait, du repos de l'Église qui dépendait de sa complaisance. L'Orient entier, lui disait-on, n'attendait qu'un mot pour rentrer dans la paix. Athanase, qu'il n'avait jamais vu, valait-il donc à lui seul la paix du monde? Le récit des scènes qui s'étaient passées à Rome acheva d'allumer chez l'exilé le désir passionné de se retrouver dans sa ville chérie, dans sa dignité sans égale dans le inonde, au milieu du respect et de l'amour de l'élite du genre humain, a Ce goût de la gloire humaine fut, dit le grave Baronius, la Dalila qui triompha de l'âme de ce ^

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586 LA PISKS^ftCOTION ARIEVNS.

Snmson. » Il se déciâa enfin à faire savoir à Constance, par rintennédiaire d'Ursace et de Valens, qu'il était prêt à faire sa paix avec les Orientaux, et que, s'il avait jusque-là défendu Athanase, c'était pour rester fidèle à la' décision de Jules, son prédécesseur, plutôt que par conviction personnelle. Sa lettre, d'un ton humble, suppliant, et qu'on dirait mouillée de ses larmes, attestait à la fois l'angoisse et l'affaiblissement de son âme*.

1 . La choie de Libère est attestée par les témoignageB, 1* de S. Athanase (ad SoL, p. 837., et ad ConsL, p. 807); 2° de S. Hilaire qui sV dressant à Teoipereur Constance, lui dit, en parlant de ce pape : Nfsdontmm majore impietate relegaveris, qnam remiseris; 3<^ par les trois lettres du pontife lui-même, insérées dans les Fragments de S. Hilaixe; 4° par S. Jérôme, de Viris illustribus, 97, et dans saC/irontgfutf/enfinpar Sozomène, IV, 15. De très-savants commentstteurs ont essayé vainement^ à mon sens, de détruire cet ensemble de témoignages, en contestant Tautl) en licite des deux passages d'Athanase et des lettres insérées dans les Fragments de S. Hilaire (voir Bollandistes, 23 sept. — Zaccana, de Commentitio Liberii îapsu, dont l'abbé Rohrbacher a adopté le thème). En admettant, en effet (ce qui pourrait être contesté), que les deux passages d'Athanase ne soient pas de la même date que les écrits dont ils font partie , comme ils se trouvent dans tous les manuscrits, la conclusion à tirer serait simplement qu'ils ont été ajoutés par Athanase lui-même, pour compléter son récit. On sait, en effet, que ce saint, très-giand collecteur de pièces, gardait avec soin ses manuscrits et les communiquait à diverses personnes {ad 5ffrap.,p. 670),longtemp5 api'ès les avoir publiés. Quant aux lettres, recueillies par S. Hilaire, il n'y a point de doute qu'elles n'aient subi de graves interpolations, et qu» l'état actuel du texte ne mérite pas grande confiance; mais le fond, aa moms, doit nécessairement être vrai, et la falsification contemporaine, sans cela elles n'auraient pu obtenir ni cours, ni créance, surtout auprès ' de S. Hilaire lui-même. Il nous parait donc impossible de détruire le concours de témoignages qui attestent la chute de Libère; mais nous reconnaissons que la mesure et la nature de sa fausse démarche sont très -difficiles à déterminer. Voir, sur ce sujet, Hefele, Concilienge" schichte, p. 647 et suiv.), et sur l'authenticité, des fragments attribués à S. Hilaire. La question de la chute du pape Libère vient d'être twitée de nouveau, dans le même sens que les Bollandistes et Zaccaria,par M. Éd. Dumont, Rei:tKdes questions historiqties, juillet 1866.

En retour, on lui envoya à signer une formule de foi dont le mot consubstantiel était effacé. Quelle était cette formule? dans quels termes était- elle conçue? de laquelle des réunions nombreuses que le schisme tenait depuis trente années, était-elle émanée? assuréaient ce n'était point celle qu'Osias venait de signer : des textes très-positifs s'opposent à cette conjecture, qui serait pourtant la plus naturelle. Mais quel choix avait-on fait parmi ces mille formules adoucies, qui avaient été essayées , puis abandonnées , à Antioche , à Milan , et à Sirmium même, dix années auparavant? C'est sur quoi disputent et disputeront longtemps encore les érudits de toute nature et de toute croyance, sans pouvoir ni se tirer de l'obscurilé des textes, ni se défaire de leurti arrière-pensées systématiques. La question, à peu près insoluble, est sans importance pour le dogme. Quelle qu'ait été l'erreur de Libère, qu'elle ait consisté dans l'abandon d'un innocent et la sim^ suppression d'un mot consacré^ qu'elle Fait entraîné jusqu'à l'affirmation indirecte d'irae^ypiaion qeri pouvait atténuer la dignité du Ghrist, elle est douloureuse, mais non compromettante pour rÉglise. Nul théologien n'a jamais pu penser que Libère, seul, sans conseil, adhérant timidement, sous Finfluence de la violence et contre son opinion connue, à une décision de foi qu'il n'avait ni rédigée, ni discutée, ait eu aucune qualité pour engager avec lui soit l'Église soit la papauté; il parlait comme simple fidèle, et faiblissait comme simple pécheur. Les faiblesses d'ua ji

homme ne sauraient porter atteinle à t'autorité ni de rÉglise, ni du siège de Rome *.

Deux chutes si éclatantes auraient dû, ce semble, porter le découragement dans les rangs des fidèles, et Texaltalion du triomphe parmi les zélateurs deThérésie. Par une heureuse dispensation de la Providence, et par un de ces retours d'opinion fréquents dans les temps de partis, ce fut le contraire qui arriva. La défection d'Osias et de Libère marqua comme le point culminant que devait atteindre le débordement de Thérésie. Parvenue presque au sommet de l'Église, elle allait, comme une marée qui se retire, commencer lentement à descendre.

i. La difficulté consiste dans la siDgalarité du texte de la première lettre insérée dans les Fragments de S. Hilaire. Libère dit dans cette lettre qu'il a signé une formule de foi rédigée par des évéques à Si^ mium (p. 1335). La supposition naturelle serait que cette formule a dû être celle qui venait d'être rédigée dans cette ville, cette année même, pour être signée par Osius. Mais le collecteur des Fragments (qu'on croit être S. Hilaire ) ajoute une énumération des prélats qui avaient rédigé la formule, et dans le nombre il s'en trouve, ou qui étaient morts en 357, ou qui devaient (comme Basile d'Ancyre par exemple) protester Tannée 358 contre tout ce qui venait de se faire à Sirmimn. Baronius en tire donc très-raisonnablement la conséquence que cette formule ne saurait être la dernière de Sirmium, mais bien celle qui avait été dressée dans cette même ville^ huit ans auparavant^ pour la condamnation de l'évèque Pbotin. U resterait à rendre compte de la singularité de cette exhumation d'une formule oubliée, enterrée depuis huit ans.

Ce qui^ à mon sens, empêche de prêter beaucoup d'importance i cette discussion, c'est l'état informe et visiblement mutilé de la lettre qui lui sert de base. Cette lettre est dans un latin incompréhensible; elle est criblée d'interjections et de parenthèses, qu'il faut attri* buer, soit au premier collecteur, soit à quelque copiste. Toutes les falsifications peuvent être supposées dans une pièce en pareil état, et par conséquent aucun des raisonnements rigoureux qu'on peut

La division des vainqueurs est recueil de toute victoire, et le christianisme triomphant en avait fait luimême, malgré la protection diyine, la douloureuse épreuve. L'hérésie arienne, née et nourrie de Torgueil humain, celte source de toute discorde, ne devait point échapper à la condition commune. A vrai dire, elle renfermait dans son sein, dès le premier jour, le germe d'une division que toute rhabileté de ses chefs avait réussi à pallier, mais non à étouffer, et que le cours des temps , Tenivremenl du succès , comme le développement logique des idées, devaient manifester chaque jour davantage.

Tout le dogme de la Trinité, fondement clu christia-

en tirer n'est solide. Hefele a été jusqu'à proposer de considérer cette lettre et les deux suivantes comme complètement fausses , et de s'en tenir au récit de Sozomène, qui ne fait dater la chute de Libère que de Tannée suivante, au moment où il vint à Sirmium lui-même, pour adhérer à une décision des semi- Ariens. Il soutient cette opinion avec son habileté accoutumée^ mais sans réussir .\ nous persuader qu'il n'y ait rien de vrai dans trois pièces qui font partie d'une collection aussi ancienne^ et qui avaient été admises pur des contemporains. Du reste, dans tout ce débat, où la passion s'est trop mcléc, il ne faut pas perdre de vue qu'aucune question théologique n'est engagée, pas même celle de. Vinfaillibilité du pape. Gomme dit à ce sujet Xvvsbien le collecteur très-ultramontain des conciles généraux, Mansi, cité par M. de Maistre lui-même (Ou Pape, 1. 1, c. xv) : « Supposons que « Libère eût formellement souscrit à l'Arianisme, parla-t-il, dans cette « occasion, comme pape ex cathedrat Quels conciles assembla-t-il « préalablement pour examiner la question? S'il n'eu convoqua point, « quels docteurs appelia-t-il à lui? Quelles supplications publiques et « solennelles indiqua-t-il pour invoquer l'assistance de l'Esprit-Saint? « S'il n'a pas rempli ces préliminaires^ il n'a pas enseigné comme

« maître et docteur de tous les fi.ièles Nous cessons donc (en ce

« cas) de reconnaître le pontife romain comme infaillible. »

390 Uk PSRSÉcuTies aushns*

nisme, repose sur deux vérités priocipatea: Fufiîlé de la substance^ la cUstinctioa des perso«iie& difvines. U n*y a qu'un Dieu en trois personnes.. Telle esl ki doctrine enseignée par Jésus-Chffist et en^^einte, pour ainsi dki^ avec le sceau du baptême^ sur le front de tous les chr& tiens. Telle était la croyance qui, transmise par la tra* dition de l'autorité et reçue par la soumission des iidètes, s'était conservée intacte peadeat des siècles. Mais du jour où le raisonnement s'était éveillé^ et, à l'aide des. armes toujours dangereuses de la philosofyhie, avait essayé de sonder la profondeur du laystère^ deux hérésies contraires avaient pu naître. Méconnaître, ou l'uniÉ de la substance^ ou la distinction des personnes; assimiler complètement le Fils au Père, pour tout perdre ensuite dans leur unité substantielle; ou bien oublier ta divinité qui leur est commune, pour.ne songer qu'à leur distinction personnelle, telles étaient les deux erreurs contre lesquelles la pensée humaine, aux prises avec le mystère, avait dû venir échouer. Sur l'un de ces écueils, Sabellius avait sombré; Arius avait lémérairemienl touché l'autre*.

On a pu voir avec quel soin l'Église assemblée à Nicée avait tracé entre ces erreurs opposées le sillon étroit da sa doctrine. Les anathèmes qui frappaient l'Arianisme

naissant, n'avaient point épargné l'erreur, dé|à aupara^

1. Voir, sur ces points, les détails donnés dans réclaircissement du second volume de la première partie de cette liistoire, principale^ ment p. 408-416.

LA PERSÉCUTION ARIBNIil. 391

Tant condamnée, de Sabellius*. En maintenant contre Arius l'unité substantielle, Tégalité absolue du Fils et du Père, le concile n'arait pas négligé de rappeler que cette identité pourtant n'équivalait point à une confusion complète. Par une de ces décisions suprêmes que l'intelligence doit accepter plutôt que sonder, mais qui lui projettent comme «n trait de lumière dans l'obscurité où elle se perd , le concile avait soigneusement maintenu, en regard l'une de Tautre, Tunité de la substance ^t la distinction des personnes- Ces précaiitions pourtant n'avaient pas suffi pour lever tous les doutes et prévenir toutes les calomnies. A peine la délibération terminée, ceui que la sentence du concile avait vaincus et réduits au silence, ne s'étaient pas tenus pourtant pour battus. Ils ne s'étaient pas, comme on Ta vu, fait faute de répéter que, pour se retenir sur la pent« où Arius avait placé la foi, le coneile, par un brusque mouvement de réaction, venait de se précipiter dans Textrémité opposée. Le mot cansubsiantiel servait principalement de prétexte à ces attaques. C'était, disait-on, un mot nouveau qui ne se trouvait pas dans les Écritures, que Jésus-Christ n'avait pas prononcé et qui pouvait donner matière à de dangereux commentaires. Puis bientôt, les imprudences et les excès de langage de quelques ennemis d'Arius, comme Marcel d'Ancyre, ou Photin de Sirmium, avaient accrédité chez un grand nombre de membres de l'Église

1. Voir la première partie dt cette histoire, t ii, p. 40-41*

3^2 LA PERSÉGDTIOTf ARIENNE.

d'Orient Tidée que les rédacteurs du symbole de Nicéc prêtaient le flanc, à leur insu, au retour de l'erreur sabellienne. Des hommes simples, très-sincèrenaent attachés à la foi traditionnelle, nullement suspects d'innovation, et peu versés dans les discussions dogmatiques, étaient amenés par là à considérer le mot consubstanr Mel comme une périlleuse invention, qui, au lieu de préserver l'Église du naufrage, avait ouvert une voie

d'eau dans sa nacelle déjà battue de tant de vents. Trente années durant, cette crainte avait été exploitée

sans relâche, cette idée commentée sous mille formes, répétée sur mille tons par Eusèbe et ses héritiers. Insensiblementy la pression du pouvoir et la faiblesse des cœurs aidant Jeur tactique avait gagné du terrain. Ceux même qui ne partageaient pas leur manière de voir s*y associaient souvent par désir de paix. Si Ton pouvait, avec le sacrifice d'un seul mot , et d'un mot d'origine nouvelle , satisfaire l'empereur et rétablir la paix , pourquoi s'obstiner à refuser cette satisfaction à des frères et à un mattre ? Ainsi raisonnaient dans toutes les villes d'Orient tous ces gens dont les partis abondent, d'un esprit doux mais faible, d'une nature conciliante et timide , qui craignent les périls et répugnent aux violences de la lutte. A ceux-ci Athanase paraissait toujours respectable par ses vertus, mais incommode par ses exigences. Sans le condamner trop sévèrement, ils le jugeaient emporté par un excès de zèle, peut-être par un amour-propre d'auteur. Le change-

ment d'un seul mot, disait-on^ valait-il tant de désordre? Bien plus, ce n'était pas même un mot; une lettre seule suffirait. Que Ton insérât une seule lettre, un iota, dans le mot sacramentel ; qu'au mot ôpouaioç on consentit à c ubstituer le mot opioiiaioç ; de la même suhs tance, qu'on ftt ainsi substance semblable; cette expression adoucie rassurerait bien des consciences troublées; personne ne réclamerait contre une telle transaction. Les évêques alors rentreraient dans leurs sièges; les sanctuaires seraient rouverts, les deux pouvoirs seraient réconciliés, et rien n'arrêterait plus les destinées triomphantes de l'Église.

Tels étaient les raisonnements spécieux et même les motifs véritables d'une grande partie de ceux qui s'engageaient chaque jour dans les rangs deTArianisme. A vrai dire, c'était la plus grosse et la meilleure fraction des dissidents qui pensait ainsi. Des scrupules un peu puérils, un goût de conciliation qui dégénérait en excès de complaisance; tous ces sentiments, plus pusillanimes que coupables, n'étaient point incompatibles avec un fonds de vertu chrétienne et un attachement sincère à la foi. C'était le cas de Basile d'Ancyre, de George de Laodicée, d'Éleuze de Cyzique; tel avait été aussi, tout en se compromettant moins, Maxime de Jérusalem; et son disciple et son successeur, Cyrille, quoique d'un esprit plus ferme et d'une doctrine plus sûre, ne se détachait pas encore tout à fait du même groupe.

Mais en regard de ces esprits incertains, qui formaient

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