Soz., IV
2. Amm. Marc., xvii, 12, 13. — Cod, Theod., Chron.^ p. 58. — Les détails donnés par Ammien Marcellinsurles négociations entre Constance et les Limigantes, sujets révoltés des Sarmaties, et sur son entrevue avec eux, où il faillit être tué, ne présentent pas tous les caractères de la vérité. Ammien n'est tout à fait croyable que quand il raconte ce qu U a vu lui-même. Ailleui's, son goût de faire l'histoire à l'antique 1 emporte souvent.
bien pour le maître du monde, et cette prospérité croissante le maintenait en humeur bienveillante.
D'ailleurs Constance, comme son père, se croyait chrétien accompli, et à beaucoup de prétentions théologiques il joignait beaucoup de méfiance contre les philosophes. Les semi-Ariens se firent donc aisément écouter, quand ils représentèrent la formule de Sirmium comme entachée d'un esprit philosophique dangereux. Puis ils surent insinuer, non sans adresse, qu*x\.étius et ses amis avaient été bien avant dans la confiance du césar Galius, si justement puni pour ses conspirations, et qu'on ne savait pas jusqu'où l'amitié avait pu pousser la confidence. Tout cela fut représenté en langage fort décent , avec cette attitude soumise de plaideurs devant un juge, qui était, suivant Constance, la tenue convenable pour des évêques devant l'empereur, et à laquelle il n'avait jamais pu plier ni les Athanase, ni les Lucifer, ni les Hilaire ^ La supplique fut donc bien venue, et mandant auprès de lui ses conseillers Ursace et Valens, aussi bien que les autres évêques de sa cour, l'empereur leur demanda avec quelque aigreur pourquoi ils l'avaient laissé s'écarter de la vraie doctrine au sujet de la substance divine. Trop bons courtisans pour ne pas sentir dans quel sens soufflait le vent de la faveur, Ursace et Valens jouèrent la surprise et l'innocence, s'excusèrent de n'avoir pas inséré dans leur symbolele motde semblable en substance^
1. Soz., IV, 16. — Philost., IT, 8. — s. Hil., de Syn», p. 1194.
surceque^décidésàfaire disparaître le terme de consuhstantiel, cause de tanl d'orages^ils n'avaient pas bien saisi la diflférence de deux expressions si voisines : une fois instruits de la valeur de celte correction , ils promirent qu'ils ne feraient nulle difficulté de s'y ranger*. On modifia donc, ou plutôt on relira la dernière formule deSirmium. Pour plus de solennité, on fit venir de Béréeie pape Libère, qui attendait toujours dans Tangoisse le prix de sa faiblesse, et qui dut s'estimer heureux qu'on ne lui demandât pas d'aller plus loin dans la voie de la faiblesse. De concert avec cette haute autorité, le Blomoiomm fut inironisé dans le symbole à la place de YHomoou$m, omis sinon condamné 2. Enfin, pour achever le triomphe du semi-Arianisme, Constance prit la plume lui-même, révoqua la nomination d'Ëudoxe au siège d'Antioche, le traitant officiellement de sophiste et de coureur, et le bannit en compagnie d'Aétius et de ses principaux disciples. Puis, après avoir joint ces nouvelles victimes à tant d'autres, et frappé des mêmes peines ce qu'il regardait comme des excès contraires, il crut sincèrement avoir sauvé la foi et placé l'Église dans un juste
i. s. Hil., loc, cit.
2. H est difficile de savoir si ce fut une formule nouveUe qu'on rédigea à cette occasion, ou sim|)lement les anathèmes d'Ancyre qu'on renouvela. Voir, à ce sujet, note de Valois surSoz., iv, 15. Il ue paraît pas certain que l'anathème contre le mot Consvhstantiel fut compris dans la rédaction ; mais la phrase de S. Hilaire sur le renvoi d«» Libère, citée plus haut, ne permet pas de douter que la formule signée par lui contînt un point que ce docteur lui-même, maljîré son esprit
de conciliation, ne pouvait admettre. Coftf. Hefele, Conciliengeschichte, t. I, p. 671.
équilibre, à égale distance entre Aétias et Athanase* . Mais sa satisfaction n'était au fond nullement partagée par ses conseillers habituels, les prélats politiques et courtisans, les eunuques, les chambellans, tout ce monde actif et remuant qui ne considérait la religion que comme un instrument d'intrigue. Pour tous ceux-là, le pas rétrograde que venait de faire Tempereur était un légitime sujet d'inquiétude. La perspective d'un accommodement possible entre les orthodoxes d'Occident et les Orientaux modérés, cet objet des vœux de tous les dissidents honnêtes, ne leur souriait nullement : ils n'y voyaient que le retour en grâce d'adversaires jurés, et, par suite, l'ébranlement de leur propre crédit. Leur crainte fut redoublée lorsqu'ils apprirent que l'empereur, de plus en plus séduit par ses succès théologiques, rêvait la convocation d'un grand concile universel , où il se proposait probablement de faire réformer le symbole de Nicée dans le sens du semi-Arianisme, et de l'imposer ensuite, sous cette forme mitigée, au monde chrétien tout entier. Pour mieux égaler la gloire de son père, en même temps qu'il croyait corriger ses fautes, c'était à Nicée même que Constance se proposait de provoquer une nouvelle réunion de l'Église. Avec la perspicacité de l'intérêt personnel , les prélats politiques devinèrent à l'instant que , dans une telle assemblée, la majorité serait nécessairement formée par les plus mo-