S. Hil., Ibid., p
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Le messager qui portait ces paroles paciGques en Occident était, en même temps, chargé d'une autre lettre où le cœur du saint confesseur s'abandonnait dans un épanchemçnt plus doux ; par un contraste touchant , où la même àme se révèle sous deux aspects différents, il envoyait de tendres instructions à sa fille, en même temps qu'à ses frères (m épiscopat des conseils pour le gouvernement de TÉglise.
c( A ma très-chère fille Âbra , Hiiaire , salut dans le Seigneur.
« J'ai reçu vos lettres, où je vois que vous me regrettez, et Je n'en doute pas, car je sais combien est désirable la présence de ceux que nous aimons. Et puisque mon absence vous est pénible , je ne veux pas que vous croyiez que je vous aime moins , parce que je reste si longtemps loin de vous, et je veux m'excuser de mon départ , pour que vous voyiez qu'il vous est bon que je sois parti. .. Voici donc pourquoi je suis en route. J'ai appris qu'il y avait dans le monde un jeune homme ayant une perle et une robe d'un prix inestimable, et que celui qui pourrait les obtenir de lui aurait des richesses et un bien au-dessus de tous les biens humains. A cette nouvelle, je suis parti pour chercher ce jeune homme, et l'ayant trouvé après un voyage bien 'difficile et bien long, je l'ai vu et je suis tombé à ses pieds, car il est si beau, qu'on ne peut le regarder en face. Et lorsqu'il me vit prosterné, il me demanda ce que je voulais; et je lui ai répondu qu'on m'avait parlé
fle sa robe et de sa perle, et que je venais pour cela; car J*ai une fille que j'aime beaucoup, et c'est pour elle que je voudrais qu'il me donnât cette robe et cette perle... €e jeune homme donc, qui est si bon qu'il û'y a rien de meilleur au monde, m'a répondu : As-tu vu cette robe et cette perle que tu me demandes, avec tant de larmes, de donner à ta fille? Et je lui ai dit ; Seigneur, j'en ai entendu parler, et je sais qu'elles sont excellentes. Et alors il a ordonné à ses ministres de m'aller montrer la perle et la robe. La robe m'a été présentée d'abord , et j'ai vu , ma fille , ce que je ne puis rendre. Comparée à cette finesse, la soie n'est qu'une toile grossière; comparée à cette blancheur, la neige paraît noire; comparé à cet éclat, l'or parait livide... Et puis j'ai vu la perle , et je suis tombé en la voyant, car mes yeux n'en ont pu soutenir le feu... Et comme j'étais là , étendu , quelqu'un des assistants m*a dit : Je vois que vous êtes un bon père , et que vous désirez celte perle et cette robe pour votre fille. Mais, pour accroître votre désir, je vous dirai ce qu'elles ont encore de particulier. Cette robe n'est jamais atteinte par les vers; on ne l'use pas, on ne la souille pas, on ne la déchire pas : elle reste toujours telle qu'elle est. Et la vertu de la perle est telle , que celui qui la porte n'a ni maladie à craindre, ni vieillesse, ni mort... Et ayant entendu cela , je n'ai fait que pleurer et prier davantage... Alors le jeune homme m'a ordonné de me lever et m'a dit : Tes prières et tes larmes me touchent,
et puisque tu veux donner ta vie pour cette perle, je ne puis te la refuser ; mais voici mes conditions : La robe que tu me demandes est telle, qu'on ne peut l'avoir si on veut ,en porter quelque autre, soit de couleur, soit d'or ou de soie : et je la donnerai à celui qui n'aura porté que des vêtements d'étoffe simple et sans teinture... Et ma perle est de telle nature, que je ne la puis donner qu^à ceux qui n'ont point eu d'autres joyaux... Avant donc de la donner à ta fille, il faut savoir ce qu'elle veut faire... C'est pourquoi je vous écris, vous priant de vous réserver pour cette robe et cette perle, si vous ne voulez pas affliger votre vieux père... Si donc on vous apporte une autre robe, de soie ou d'or, ou de quelque couleur brillante, dites à celui qui vous l'offre : J'en attends une autre, et mon père est en voyage depuis si longtemps pour me la rapporter. Jusque-là, la laine de mes brebis me suffit, avec sa couleur naturelle. Et je désire cette robe dont on m'a dit qu'elle ne s'use, ni ne se ^ déchire. Et si Ton vous propose une perle à mettre au doigt et au cou, dites : Que voulez-vous que je fasse de ces perles inutiles ? J'en attends une plus belle et plus profitable ; et je crois ce que mon père m'a dit , parce que lui-même a cru celui qui lui a fait cette promesse.» A cette aimable allégorie était joint renvoi de deux hymnec, l'un pour la prière du soir, et l'autre pour celle du matin. En enseignant à son enfant à demander chaque jour l'humble pardon de ses péchés, il lui recommandait également de maudire Terreur d'Arius et les
aboiements de Sabellius*. Ainsi se mêlaient dans grande âme les suaves inspirations de rameur pa aux soins de la charité épiscopale, en même temps long usage du monde lui faisait porter, dans le go nement de l'Église , une prudence exempte de faib mais non de politique.
Les progrès de son habile travail de concil étaient assez actifs pour Jeter une grande inqui parmi les Ariens exaltés, et pour valoir même à fl quelques témoignages de méflance de la part d'un nombre de confesseurs orthodoxes, aigris par l'ex qui trouvaient qu1l allait trop loin dans la voi concessions. Mais, pendant qu'il se défendait conli accusations, parties principalement du voisinage de dent Lucifer de Cagliari*; pendant qu'il préparait autour de lui, pour agir efficacement sur les dciil tiens du futur concile, un 'événement inattendu rompre toutes ses mesures, et rendre le courage prélats de la cour.
Toute réflexion faite, c'était à Nicomédie, et n Nicée, que Constance avait indiqué le rendez-voi rassemblée. On lui avait sans doute fait craindre' qu( cette terre natale du grand symbole, le triste coni du présent et du passé ne fût trop saillant, et que les venirs de Téloquence d'Atlianase ne se réveillassent
1. s. mi., Op., p. 1210-1214. Hymnum fideli modulando g\ Ariiiin siierno, latrantem Sabellium.
â. Ibid., p. 1206. 1207.
* trop de vivacité. Au moment où tout était déjà préparé . à Nicomédie pour recevoir les évêques, un effroyable tremblement de terre déchira le sol de cette ville et détruisit de fond en comble la grande église bàlie par Constantin. Le faîte en tomba sur la tête de l'évéque Cécrops, et l'écrasa. Le vicaire Aristénète , grand ami de Libanius, eut le même sort dans son palais. Celte catastrophe, précédée d'une extrême sécheresse, eu\ lieu le 24 août. Elle fut suivie d'un incendie qu'on ne "put éteindre pendant plus de cinquante jours, et qui ■ consuma les plus beaux quartiers de la ville et lit périr une grande partie delà population. Le contre-coup de '|p secousse se fit sentir à Nicée, dans presque toute la jprovince de Pont, et au delà même du détroit, jusqu'aux portes de Constanlinople. Chacun tira parti de Tévéne- ^ment suivant ses croyances et ses dispositions. Libanius en fit le sujet d'une déclamation , où il prenait Neptune fà partie pour n'avoir pas épargné la cinquième ville du '" monde. Le diacre Ëphrem, du fond de ses montagnes de Mésopotamie , pleura l'événement dans une élégie sur l'inconstance des choses de la terre. Les chrétiens t'appelèrent que le désastre avait été prédit par un saint homme du nom d'Arsace,qui avait péri lui-même avec la ville , et se raillèrent des astrologues qui avaient promis à Nicomédie une durée éternelle. Les païens remarquèrent que c'étaient les bâtiments consacrés au culte par Constantin qui avaient le plus souffert. Les Ariens, enfin , ne manquèrent pas de dire très- haut que
Cécrops , semi-Arien, avait reçu le prix de ses faiblesses récentes pour les défenseurs du Consubstantiel . Mais, au milieu de ces récriminations réciproques , une chose était évidente, c*est que le concile ne pourrait se tenir dans la ville ruinée *.
Les évêques, déjà en route, reçurent donc l'ordre dé s'arrêter, et Constance dut délibérer de nouveau sur le lieu qu'il allait choisir. Déjà môme il revenait à Tidéede désigner Nicée, lorsque les prélats courtisans, par l'intermédiaire de l'eunuque Eusèbe,qui leur était dévoué, lui suggérèrent la pensée de renoncer au grand troub/e que causait la convocation d'un concile général, et de se borner à inviter les deux Églises d'Orient et d'Occident à tenir séparément leurs assises dans deux villes qu'elles désigneraient. Le prétexte mis en avant était sans doute les ' énormes fraisdudéplacement qui devait s'opérer, comme toujours, en voiture publique, c'est-à-dire aux dépens du trésor impérial. Le véritable motif est aisé à deviner. En séparant ainsi l'assemblée en deux fractions, on enlevait à l'une et à l'autre cette autorité suprême qui n'appartient qu'à l'Église entière : puis, livrées à ellesmêmes, les majorités des deux réunions, au lieu de se rapprocher et de s'entendre, suivraient chacune sa pente naturelle, et arriveraient ainsi à des décisions différentes, puisqu'elles ne seraient pas concertées :
1. Soz., IV, 16. — Philost., IV, 10. — Amm. Marc, xvii, 7. — S.Jér., C/ironjc — Aurèl.Vict., de Cœs., 16.— Liban., Or. vi, Epist. 25, 31» — Idac, Fast. — Chron, Alex,, p. 682.
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elles s'engageraient dans de nouvelles dissidences. Les rôles, d'ailleurs, étaient distribués par avance : Ursace et Valens, parlant la langue latine, se chargeaient de suivre en Occident les intérêts communs du parti, qu'Acace de Césarée se faisait fort de servir en Orient '. , Aussi mobile qu'impérieux , Constance donna les ad
Ou •
i)aains à cette proposition dont il ne comprenait pas la portée, et ne songea plus qu'à choisir les deux villes
qu'il assignerait comme rendez-vous aux deux fractions
de l'Église. Le choix était mdifférent aux Occidentaux,
pouF qui tout lieu était bon, parce qu'ils n'éprouvaient
les uns contre les autres aucune méfiance. On proposa
la ville de Rimini, qui fut acceptée par tous sans diffl^
culte. Mais les évêques d'Orient , travaillés par leurs
divisions intérieures, passèrent plus de six mois -avant
de pouvoir se mettre d'accord sur le nom d'une ville,
chacun craignant de donner l'avantage à telle nuance
plutôt qu'à telle autre, suivant les dispositions des
divers diocèses et des évêques qui les gouvernaient.
De guerre lasse, enfin, on se décida pour Séleucie,
' en Tsaurie. Pendant que ces débats se prolongeaient
à Sirmium,sous les yeux mêmes de Constance, on ne se
faisait pas faute de se disputer aussi par avance sur le
1. Soz., IV, 16. — s. Athan., de Syn. Ar. et SeL, p. 869, 874. — S. Hil., Fragm., p. 1353. — S. Athanase explique très-clairement le motif (les évêques qui donnèrent à Constance le conseil de diviser
le cou ib.
2. A. D. 359. — Indictio. u. — U. G. 1112. — Eusebius et Hyp»-
iius. Coss.