‹ L'Eglise et l'Empire Romain au ive siècleChapitre 127 sur 137 · Sulp. Sév., II, 41. — S. Atlianu» ii)id,, |j. S74, «OS · texte numérisé non relu

Sulp. Sév., II, 41. — S. Atlianu» ii)id,, |j. S74, «OS

de la dernière profession de foi rédigée à Sirmium , sous les yeux de l'empereur : « Voilà , dirent-ils, ce qui a reçu Tassentiment de l'empereur, et ce qu'il nous paraît sage d'accepter. Il n'y a là dedans aucun nouveau terme, rien qui ne soit dans les Écritures, point d chicane de fausse logique. Vous ne voudrez sûrement pas diviser l'Église pour des mots qui ne sont pas dans l'Évangile*. »

La proposition était brusque et surprit étrangement Tauditoire. Les Occidentaux n'étaient point habilués à tout ce manège de professions de foi, corrigées, surchargées, amendées, auquel les docteurs d'Orient s'adonnaient avec tant d'ardeur. Us en étaient restés au symbole de Nicée, qu'ils récitaient régulièrement dans leurs prières. L'idée d'adopter sans discussion une nouvelle formule qui retranchait lé mol le plus considérable de l'ancienne , leur causa un grand scandale. Sans vouloir rien écouter , et se bouchant presque les oreilles pour ne point entendre. Us résolurent de s'en tenir purement et simplement au symbole de leurs pères, déclarant qu'il ne fallait y rien ajouter, ni en rien retrancher; et comme Valens, Ursace et leurs amis, réclamaient, se récriaient, tenaient des conciliabules, refusaient d'apposer leurs signatures aux décisions de la majorité, sans marchander davantage , on les déclara hérétiques et dégra-

1. Sulp. Sév., II, 41. — S. HU., Fragm. p. 1340. —Soc. — Se».— 8» Athàïl.j ioc. cit, — * Théod., ii».18.

dés. Tout cela fut fait comme une affaire toute naturelle, sans hésiter et en très-peu de jours, car, dès le 22 juillet, des députés étaient déjà partis pour aller annoncer ce résultat à l'empereur *.

Peut-être peut-on croire qu'Ursace et Valens s'étaient attendus à ces résolutions, et ne furent pas, au fond, très-vivement contrariés de les voir prises avec cette extrême netteté. Ils prévirent, en effet, l'impression que Constance en allait ressentir. Le mettre ainsi, dès le premier mot, face à face avec le concile de Nicée; déchirer, sans daigner les discuter, tous les documents qu'il avait rédigés lui-même; déposer, sans le prévenir, ses meilleurs amis : c'était faire acte de courage et de bonne foi, plus que d'adresse, car c'était le blesser au point le plus sensible de sa vanité. Par cette démarche, faite sans iriénagement, toute tentative d'accommo-

1. s. Athan., de Syn, Ar. et Sel.,i^. 876, 880. — Soz., iv, 17, 18. — Soc. , II, 37. —S. Hil., Fragm.j p. 1342. — C'est ici que se place la lettre synodale du Concile de Rimini, que nous avons déjà eu l'occasion de citer comme une des preuves du baptême de Constantin in extremis, La phrase où cette mention du baptême de Constantin est faite étant assez obscure, on a essayé d'en altérer le sens en supposant (lue If texte devait porter Constant et non Constantin. Nous croyons que cette correction ne supporte pas Texamen. Il est dit que Constantin avait mis le plus grand soin à établir la formule de foi de Nicée. Or, cette assertion trè^-vraie de Constantin lui-même, serait parfaitement fausse pour son fils Constant, qui ne se mêla jamais de débats théologiques; et d'ailleurs, que faisait à Constance l'opinion de son frère, avec qui il avait toujours vécu en médiocre intelligence, et qu'il savait très-bien différer d'opinion avec lui sur la question arienne? — L'autorité de Constantin, au contraire, était excellente à citer auprès d'un fils qui lui devait son trône et sa gloire, et ne répudiait nullement les traditions paternelles.

dément, toute politique de conciliation, était ruinée par la base , et les conseillers habituels de Fempereur allaient par là même reprendre sur son esprit an crédit un instant ébranlé.

L*événement confirma ces prévisions. Quand l'empereur apprit ce que les députés de Rimini apportaient (d'habiles messagers, envoyés en même temps qu'eux, arrivèrent assez d'avance pour l'en prévenir), son parfi fut aussitôt pris de ne pas les recevoir. Athanase, arrivant en personne à 39 cour, ne lui aurait pas catisé plus d'effroi ou plus de colère. Maître de lui, cependant, et préférant toujours d'instinct, au début de toute affaire, la ruse à la violence , il ne manifesta pas ouvertement sa colère. De Sirmium , il partit pour Constantinople : les députés durent l'y suivre pour attendre leur audience. Mais il eut aussitôt une tournée à faire sur la frontière, pour examiner l'état des troupes qui défendaient J'empire contre les Barbares, et il fit savoir qu'à son retour il s'arrêterait à Andrinople , et que c'était là qu'on pourrait le trouver pour parler d'affaires. « Vous savez, écrivait-il aux Pères qui attendaient sa réponse à Rimini, que, quand il s'agit de traiter des choses qui touchent notre sainte religion, on ne saurait avoir Ttisprit trop dégagé, des soins de la terre... Que Votre Giavilé ne s'offense donc point si je lui fais attendre un peu le retour de ses députés*. »

1. Soc, II, 37. — Soz., IV, 19. — s. Athan., loc. cit. et p. 930» — Théod., II, 20, 21. — Marc, et Faust., Lib. prec, p. 24, 25.—

En attendant, les députés de Rimini restaient aux prises avec les conseillers ordinaires de l'empereur, qui avaient ordre de tout mettre en œuvre pour leur faire trahir leur mandat. Le cboii de ces députés avait été fait par le concile avec la naïveté imprudente «de la bonne foi. C'étaient des Jeunes gens sans instruction, et surtout sans habitude des course Ils eurent bien vite donné leur mesure aux habiles observateurs qui les entouraient. Caresses, menaces, subtilités dogmatiques, on n'épargna rien pour les étourdir et les éblouir. Quand on les crut suffisamment ébranlés, on les fit venir à une petite distance d'Andrinople , dans une ville qu'Hilaire appelle Nice; et là, on leur proposa de souscrire une profession de foi qui déclarait le Fils semblable au Père, d'une façon générale, sans ajouter le mot de substance , et même en proscrivant absolument Tusage de ce mot, comme propre uniquement à nourrir d'inutiles débats*. Pressés de toutes parts,

Sulp. Sév., II, 41- — Cdâ. Theod. Chron., p. 6a. — Socrate et Sozomène font voyager Ursace et Valets à la cour de Vemperear, poar l'avertir eux-mêmes des procédés du coDcile de Rimini. Nobs n^avons pas pu adopter cette .version. Il nons semble trep invraisemblaible qae ces * deux meneurs dn parti aôeat quitté le théâtre de la délibération, pour aller tronver eux-mêmes Constance.

!. Ex parte nostra^ dit Siilpice-Sévère,leguntnr homines adolescentes parum docti et panim canti.

î. Bien que nous ne paissions arvoir la prétention de reproduire dans ce récit toutes les professions de M des Ariens, semi-Ariens, Anomoeens, etc., ce qui chargerait l'esprit da lecteur et n'écl.iircirait point ses idées, nous croyons dcvoii* faire remarquer qu'il y a dans cette période quatre formules de foi es présence, tontes émanées de l'empereur ou de ses coaseillers, et qui correspoodent aux diverses oscillations de sou esprit. Ce sont : 1" La formule rédigée à Sirmium, pour être signée

cédant à l'appareil de la force autant qu'à celui d'une dialectique dont ils n'avaient pas l'usage, les députés balancèrent plusieurs jours, et enfin signèrent. Constance , alors , n'eut plus d'objections à les laisser repartir. Il les chargea lui-même d'une lettre pour le préfet Taurus, à qui il donnait l'instruction d'imposer au concile entier ce qu'on venait d'arracher à ses envoyés *•

Cependant les évêques assemblés à Rinriini ne comprenaient rien à ces délais. Entassés dans une petite ville, sans ressources, manquant de tout^ ils voyaient

parOsius. Elle établit Tinégalité complète du Père et du Fils. Cette formule est anomœenne : c'est elle qui provoqua la réactioa du semi- Arianisme; 2" La formule rédigée aussi à Sirmium par Basile d'Ancyre, à la suite de la réuniou d'Aucyre, et qui établit la similitude eu substance. Cette formule est semi-arienne, et correspond au moment où Constance, averti qu'il avait été trop loin, recule, bannit Eudoxe, Aétius, et se jette dans les bras du semi-Arianisme i 3® Une dernière formule rédigée à Sirmium, à la veille du concile de Rimini, et pareille à la seconde, à cette différence près que le mot substance n'y figure plus, et qu'on y dit seulement que le Fils est semblable au Père en toutes choses; 4" La formule de Nice, qui fait un pas de plus que la précédente, et proscrit nominativement -remploi du mot substance, comme dangereux pour la foi Ces deux dernières sont l'œuvre d*AcaLce, d'Ursace et de Valens, du parti des courtisans, de ceux en un mot qui voulaient favoriser les Anomœens sans se compromettra avec eux , et arrêter les tendances trop conciliatrices des semi-Ariens. C'est cette dernière qui finit par prévaloir à Rimini et à Gonstantinople.

1. Théoil., loc. cit. — S. Hil., Fragm.^^, 1346. — Cette formule de Nice, en Thrace, est très-obscurément indiquée dans S. Atbanase, de Syn., p. 905 et 934, et dans Socrate et Sozomène; le texte de Théodoret l'éclaircit parfaitement. Elle fut rédigée avec les députés du concile de Rimini, imposée ensuite au concile même, et enfin adoptée à Gonstantinople, après le concile de Séleucie. Socrate dit qu'on avait choisi ce lieu de Nice, à cause de la ressemblance du nom avec celui de Nicée, et pour faire illusion aux ignorants. — Marc, et Faust., Ltb* prcc, p. 25.

arriver avec désespoir l'hiver, qui redoublait leurs privations et leur fermait le retour vers leurs pays. L'impatience de partir les gagnait tous : ils étaient d'oilleurs sans chef avoué , sans guide éminent , tous les évoques orthodoxes» de quelque mérite, languissant dans Texil depuis dix années. Ils s'étaient défendus au premier moment contre la violence qu'on voulait leur faire, précisément par la simplicité de leur esprit ; mais cetle même simplicité les rendait à la longue accessibles à tous les artifices. Dans leur ardeur de savoir des nouvelles de la cour et de fixer la date de leur départ , ils causaient avec les hérétiques, qu'ils supposaient mieux informés qu'eux. Ces conversations altéraient peu à peu leur ingénuité native. Quand on les avait bien entretenus de Vhomoousios et de Y homoiousios , de ïhypostase et de YoUsie, de tous ces composés et de toutes ces nuances de la langue grecque, auxquelles la raideur de la langue latine se prêle si maladroitement; quand on leur avait rempli l'esprit de fausses synonymies et de vaines distinctions, ils sortaient de ces entretiens ne voyant plus clair dans l'état de leur propre intelligence. Ils ne comprenaient plus qu'une chose, c'est que l'Église était déchirée, leurs troupeaux sans pasteurs; que la foi se perdait dans les divisions, et que la neige qui commençait à tomber sur les montagnes élevait une barrière entre eux et leurs diocèses abandonnés * .

1. Sulp. iSév., II, 43. — - Maro. et Faust., Lib. prec, p. 25,— S. Hil., Froflfm., p. 1347, 1348.

Leur joie fut donc grande, quand ils apprirent, dais les derniers jours d'octobre, le retour de leurs dépulés. Mais leur désappointement fut presque égal, quand ils surent à quelles conditions ce retour était acheté. Une grande division se déclara alors entre eux. Les uns, à bout de patience, déclarèrent qu'ils voulaient retourner chez eux, à quelque prix que ce fût; les autres résfetaient encore, mais commençaient à équivoqaer et à disputer sur les termes. Ursace, Valens, le préfet Taonis, tous les prélats suspects d'hérésie, se mêlaient activement à' ces débats : « Qui ètes-vous donc, disaient-ils en raillant, des chrétiens ou des Atbanasiens? Âdoresvous Jésus-Christ ou le mot Consuhstantiel? » — Pais on leur offrait la profession de foi à signer, accompagnée d'un permis de partir. Chaque jour comptait une signature de plus et un évèque de moins dans la ville. Au bout de peu de temps , il n'en restait plus que vingt, maintenus encore dans la résistance par Phébade d'Agen * , et Servais de Tongres. Pour venir è bout de cette dernière opposition, on leur offrit une transaclion : c'était, non d'altérer le formulaire, mais d'y ajouter, contre Arius, tel anathème qu'ils voudraient. Valens lui-même s'offrit à prononcer cet anathème devant le peuple. Lassés, au fond, d'une lutte inégale, les évêques qui résistaient encore accueillirent avec joie cet expédient , et le mot Consuhstantiel perdit ainsi ses derniers

1. On a de Phébade, évèque d'Agen, un petit traité contre les ariens, inséré dans la Bibliotheca patrum, t. iv, p. 230 et siht.

défenseurs. Valens, en retour, s'exécuta de bonne grâce, el tout haut, dans la grande église, il anathématisa tous ceux qui diraient que Jesus-Christ n'est pas Dieu, Fils de Dieu, éternel, et surtout qu'il est une créature. Il est vrai qu'en prononçant cette dernière parole, il ajouta cette restriction, dont on n'était pas convenu, et que personne ne comprit ou ne remarqua: «Il n'est pas une créature comme les autres créatures ' .»

Après cette scène publique, tous les évêques quittèrent Rimini. Ils regagnaient leurs diocèses, inquiets, confus, se disputant en route les uns avec les autres, sur le sens de la concession qu'ils avaient faite, insistant tous pourtant sur ce point que si , pour le besoin de la paix, ils avaient abandonné le mot Consubstantiel, au moins ils avaient maintenu et sauvé l'idée. Au fond, ils se sentaient humiliés et coupables. Ils avaient raison : le mal qu'ils avaient fait était même plus grand qu'ils ne savaient. Le contre-coup de leur faiblesse allait se faire sentir dans l'autre partie du inonde, et renverser tout un plan de campagne très-bien conduit, que les conseils habiles d'Hilaire de Poitiers avaient déjà amené aux plus heureux résultats.

Il y avait déjà plus d'un mois, en effet (depuis la fin de septembre), qu'après de difficiles préliminaires, le concile d'Orient s'était enfin réuni à Séleucie d'Isaurie, nommée Séleucie-la-Rude, à cause de la contrée montagneuse qui l'environne. L'empressement n'était pas

i. Sulp. Séy.» 11^ 44.— Riifia,i,16. — S. Jér.jDza/. adv, Luc,, 18^ 19.

428 LA PERSÉCUTION AKIENNE.

grand : oa était très-fatigué de disputes en Orient, et chacun se méfiait de son voisin. Il n'y eut guère plus de cent cinquante prélats exacts au rendez-vous. La grande majorité était prise dans cette masse d'Ariens modérés, qu'on nommait généralement semi-Ariéns, et qui avaient adopté Vhomoiousios pour symbole. L'orthodoxie de Nicéen'y comptaitque douze représentants. Trente-neuf ou quarante seulement inclinaient plus on moins du côté d'Aétius; mais encore dans le nombre fallait-il compter Acace de Césarée et plusieurs de son espèce, indifférents au fond de la question, prêts à sacrifier la doctrine comme la personne des Anomœens, et ne cherchant qu'à tirer de l'assemblée une décision qui maintînt exclusivement entre leurs mains la direction de l'empereur et de l'Église *.

Parmi ceux qui arrivèrent dès le premier jour, le proscrit ïïilaire ne craignit pas de se présenter -. Il

1. Soc, II, 39. — Théod., II, 26. — S. Athan., de Syn. Ar. et SeL, p. 880, 881.— s. Hil., Contr. ConsL, p. 1247, 1248.— S. Épiph., ffœr,, Lxxiii, 23. — S. Hilaire comiite autrement que S. Athanase le nombre des prélats présents à Séleucie. Il en range cent cinq parmi les partisans de Vhomoiousios, et dix-neuf seulement parmi les Anomœens. On peut faire accorder les deux calculs, en supposant qu'il y avait à peu pi es dix-neuf Anomœens décidés partisans d'Aétius, et que les vingt autres mentionnés par Athanase appartenaient à cette nuance . intermédiaire dont Acàce était le représentant, que les historiens confondent trop aisément avec celle des Anomœens purs, et qu'il en faut bien distinguer, puisque c'est elle qui triompha et fit exiler Aétius. Acace s'appuyait sur les Anomœens. pour lutter contre les tendances de conciliation des semi-Ariens, mais il était, au fond, indifférent à la querelle religieuse.

2. S. Hil,, ibid. — Sulp. Sév., ii, 42. Cet auteur atteste la faveur

apportait avec lui et pouvait donner à lire à ses collègues, un grand ouvrage dogmatique qui ne contenait pas moins de douze livres, et qui, sous le litre de Traité de la Trinité, était une longue réfutation de l'Arianisme. C'était là (ju'il racontait comment il était parvenu à la foi deTentière divinité du Christ, par la marche naturelle de son esprit , sans autres livres que rÉvangile, sans connaître même le symbole de Nicée, Tout le plan de ce vaste ouvrage , un des plus beaux monuments dogmatiques de cet âge» était de faire dériver la doctrine catholi(fue directement de l'Écriture sainte, feans Tinlermédiaire de la tradition et des symboles, sans rentrer dans les discussions épineuses de la terminologie \ Tandis que les polémiques d'Athanase sont des réfutations constantes , où l'adversaire est à chaque instant pris au corps, où tout respire l'ardeur de la lutte, la démonstration d'Hilaire se déroule paisiblement avec la clarté de l'enchaînement logique. Les polémiques d'Athanase ont leur date et leur adresse : séparées de Tune et de l'autre, on les comprend mal. Le traité d'Hilaire , élevé tout entier à la région des . idées éternelles, est propre à enseigner tous les siècles. On y retrouve pourtant tous les traits de son rang et de sa race : c'est la diction choisie et tempérée de l'homme

avec laquelle Hilaire fut reçu à Séleucie pai* les semi-ariens : Magno cum favore receptus omnium.

i. La date de Touvragede la Tn'nzï^ est déterminée par cette phrase du livre x : Loquimur exsuies per hos libres. Son exiï finit, eu efiet, peu de temps après le concile de Séleucie.

du monde ; c'est aussi cette lucide disposition dâ parties ,• cette Tacilité de tout ramener à des généralitéB fécondes ; ce rapide passage des principes les plus éteyés à leurs dernières conséquences pratiques, toutes ces brillantes qualités, en un* mot, qui ont fleuri de bonne heure sur le sol des Gaules. L'ouvrage entier pourrait avoir pour épigraphe cette phrase qui le cou- j ronne : « L'apôtre ne nous a pas laissé une foi nue et pauvre de raison; et bien que la foi soit ce qu'il y a de plus nécessaire pour le salut, si elle n'est point j instruite par la science, elle pourra bien dans le combat trouver quelque retraite pour se protéger ellemême , mais elle ne saurait s'avancer avec la certitude de vaincre. Elle sera comme le camp où les faibles se réfugient, mais elle ne marchera point avec l'ardeur invincible de l'homme armé. Il faut donc détruire les disputes insolentes qui se font contre Dieu , battre en brèche les murailles des raisonnements trompeurs , et écraser les esprits orgueilleux qu'enfle l'impiété ^ »

Muni de ce traité, qu'il désirait faire connaître en Orient , Hilaire s'était mis hardiment en route pour se hendre au concile, et avait même réclamé du gouverneur

1. s. Hil., De Trinit., xii, 20. — Fidem non nudam Apostolus atque inopem rationis reliquit : quœ qnamvis potissima ad salutem sit,tameii, nisi per doctrinam instruatur, habebit quidem inter adversa tutum refugiendi secessum, non etiam retinebit constantem obnitendi secnritatem : eritque ut infirmis sunt post fugam castra, non etiam ut arma habentibus adest imperterrita fortitudo. Gontundend» siAt ergo insolentes adversumDeum disputationes, et destruenda rationum fallacium munimenta, et elevata ad impietatem ingénia conterenda.

y de la province où il passait ses jours d'exil 5 le brevet

y de course publique que FËmpereur avait promis à tous

les évêques. L'édil de convocation étant général , le

gouverneur n'avait point osé le lui refuser. Comme il

, était en chemin , un de ses biographes raconte qu'un

Jour de dimanche, traversant une bourgade de Phry^ie,

. il s'arrêta pour entrer dans une église. Par hasard,

une jeune fille, païenne se trouvait là mêlée à la foule

- des chrétiens qui priaient. Elle se nommait Florentia

r et appartenait à l'une des principales familles du pays.

-' Une voix intérieure se fit tout à coup entendre d'elle

.. et elle s'écria comme inspirée : Voici le serviteur de

z Dieu qui entre; et, se précipitant aux pieds de l'évêque

gaulois, elle le supplia, en fondant en larmes, de lui

^ toucher le front et d'y tracer le signe de croix. Hilaire,

^ tenant cette inspiration divine pour une instruction

^.. suffisante , ne fit point difficulté de marquer la jeune

* 'pénitente du sceau des catéchumènes. Florentia courant

alors chercher son père et toute sa famille, les amena

presque ^e force auprès de l'évêque et les contraignit,

par ses supplications, à se faire chrétiens comme elle.

Puis, tranquillisée sur leur salut, elle prit congé d'eux,

etf leur annonçant qu'elle était décidée à suivre jusqu'au

bout du monde celui qui l'avait engendrée à la foi et à

une vie meilleure. Vous m'avez mise au jour, disait-elle

à son père, mais celui-ci m'a régénérée. Florentia

tint parole, et depuis ce jour, elle s'attacha au

sort d'Hilaire, et partagea avec un chaste et çieax.

dévouement toutes les traverses de la vie de l'exilé *. Ce ne fut point sans peine qu'Hilaire, arrivé à Séleucie, obtint la permission de prendre séance au concile. Le magistrat, chargé de la direction du concile (car 15, pas plus qu'à Rimini, Tautorité civile n'était absente ni inactive), ne savait si Tordre de TEmpereur autorisait cette intervention d'un évêque d'Occident. Les amis d'Acace de Césarée et les Anomoeens s'écriaient qu'il ne fallait pas recevoir un Gaulois, un ignorant entaché de Sabellianisme. L'insistance modérée, mais ferme, d'Hilaire vint à bout de toutes les résistances, et il siégea lui seul, latin et proscrit, dans celte assemblée de Grecs et de courtisans*.

La présence d'Hilaire au concile de Séleucie avait un but très-évident. N'ayant pu obtenir la réunion

générale de l'Église, qu'il avait souhaité^, il voulait au moins tirer parti des dispositions nouvelles des prélats d'Orient, pour leur faire faire, vers le symbole de Nicée et la foi orthodoxe, autant de pas qu'il serait possible. Diminuer la distance qui S('parait

les catholiques des semi-Ariens, jusqu'à ne laisser enlre eux que l'épaisseur d'un mot, dernier voile qu'on ferait ensuite facilement tomber : c'était sa pensée constante. Presque au môme moment, soit par l'effet de

1. Cette petite anecdote est rapportée dans la vie de saint Hilairc par Fortunat, et Téditeur bérédictiu a Cru devoir l'admettre dans U fiieniie.Nons imitons son exemple, sans garantir l'authenticiié du fait.

«. S. Hil., Contra Const,, p. 1248. — Sulp. S6y., ii, 42.

: communications écrites, soit par la rencontre naturelle de deux hommes de bien et de génie, Athanase, toujours instruit de tout, du fond de sa retraite, était arrivé à la même pensée, et déclarait très-haut dans ses lettres quil fallait distinguer avec soin les Ariens purs de ceux qui n'étaient arrêtés que par .le mot consubstantiel : « Ceux-là , disait-il , il ne fallait pas les traiter en ennemis, mais en frères, puisqu'on ne discutait point avec eux sur les idées, mais sur les mots *. » Cette tactique, aussi habile que charitable, rencontrait une opposition directe dans les vues d'Acace de Césarée , qui, ; comme les autres évêques politiques de son espèce, ^ n'avait, lui, pour unique pensée , que de prévenir tout : rapprochement. Hilaire et Acaee, bien qu'ils fussent presque aussi étrangers l'un que l'autre aux deux ( opinions qui se disputaient rassemblée, étaient donc, au ; , fond, les vrais adversaires en présence.

Aussi,onpeutftupposer,sans«xagéralîon,que ce furent les conseils d'Hilaire qui inspirèrent Ténergie inaccoutumée avec laquelle les semi-Ariens conduisirent le débat ^ pendant les trois seules séances qu'il fut donné au concile

' i. s. Athan., de Syn. Àr, et Sel., p. 611. »— Une phrase de ce même traité Des synodes, p. S69, où Athanase dit qu'il Ta rendre compte de ce qu'il a 41 el vti lui-même, a fait croirû à qvelqtief écrivains qn'il avait assisté secrètement tu concile dt Séleucit. lien ne nous parait confirmer cette assertion. Un fait si grave aurait laisDé plus de traces. Nous pensons, comme les Bollandistes ( dan» la vie d' Athanase ) < ' que le mot écapoxa , fat vti, doit s'entendre des actes du concUe dont Athanase cite en effet une grande partie. Mais s*il ne fut pas présent en personne, U est très-prohable qu'il se fit soigneusement tenir au courant de toiil, et que la conduite d'tlilaire au concile f«t concertée avec lui. -^jÊ^

de tenir. Dans la première, on décida Tordre des mit» ticTcs qne le concile. aurait à traiter. Acace, pourpro» longer le débat et Tenvenimer par des querellesd'amoar propre» aurait voulu que Ton commençât [lar examiner di^s griefs personnels , des plaintes faites, soit par à» év(M|ues déposésj^soit contre desévéques en place; et le nombre de ce genre de réclama tiens était grand, chacmi ayant dans cette Église en désordre quelque violence à se reprocher ou quelque plainte à faire. Les sanî-Ariene virent le piège, Tévilèrent, et passèrent outre, séanois tenante, à la discussion de la foi. Acace, se levantalors, exactement comme avait fait Yalens à Rimini (ce qni prouve avec quelle entente les deux rôles avaient été concertés), proposa à Fadoption de l'assemblée, en invoquant Tautorité de Temperein*, la dernière formule de Sirmium. Peul-^tre, s'il eût été seul, eût-il fait accepter sans trop de difOculté sa proposition, car on se rappelle que si le mot substance avait été retranché de cette formule , le mot semblable s'y trouvait encore. Mais Acace avait derrière lui des soutiens dangereux, qui, en commentant sa pensée et en l'appuyant, compromirent et perdirent tout. On vit reparaître dans leur langage l'Aria: nisme entier et les inspirations évidentes d'Aétius. Une violente agitation se manifesta alors dans toute Tassem- Wt'^e ; tout ce qui était semi-arien s'elTraya et se mit à chercher à tout prix q uelque formule qui se distinguât bien ouvertement d'Acace et de sesdangereux amis. Beaucoup, sansdoule,réfléchirent,5cemômentsuprême,avecamer-

LA PERSÉCUTIO<N ARIENÎIE. 435

.tume, qu'en cessant de se tenir attachés au roc de Nicée,

I ils s'étaient lancés sur une mer d'erreur, où l*ancre était

impossible à jeter*. Beaucoup, si une fausse honte ne les

eût retenus, en seraient revenus purement et simplement,

^^ pour sortir de ce dédale, au premier et au plus grand

. de tous les symboles. N'osant aller jusqu'à braver ainsi

tout respect humain et se donner à eux-mêmes un tel

démenti , ils voulurent au moins se rapprocher le plus

possible du point de départ. La formule qu'ils choi-

isirent était la plus voisine de celle de Nicée, et pour la

date et pour les termes. C'était celle qu'avait proposée,

près de vingt ans auparavant, Ëusèbe de Nicomédie à

Antioche, lorsque, }pour la première fois après la mort

-du grand Constantin, il avait osé s'écarter timidement,

.et par des expressions encore couvertes et ambiguës,

«de la voie Iracée par le concile. On ne pouvait raser

.de plus près le port où on n'osait . encore aborder.

I iCe fut donc le formulaire d'Antiocbe qu'on imposa

^-à Acace et à ses partisans , deux jours durant, malgré

Jours cris, leurs réclamations, leurs tergiversations,

leurs récriminations de tonte sorte , et bien qu'Aeace ,

^.fortement pressé, .offrît de joindre à sa proposition

ï?^ première Un analhème explicite contre Aétius et les

■ 1. Cette indécision et ce regret percent dans les phrases que Sociale

j- met dans la bouche* de Sophrone de Paphlagonie et d'Éleuze deCy-

>■; ïique : Revenons à la foi de nos pères ; ferons nous chaque jour de

r jiouvelles professions de foi ? On voit aussi l'avantage qu'Aeace tirait

de cet argument, puisque la foi de Nioée avait été dnagée, on pouvait

bien faire enborç de nouveaux changements.

doctrines anomœennes. Après deux orageuses journées, où il ne put rien gagner, Acace eut recours à la de^ nière raison de son parti. Le premier octobre, à l'ouverture de la quatrième séance, le questeur Léonas déclara qu'il avait eu ordre de l'empereur de se trouver à une assemblée régulière, mais que, puisqu'on ne pouvait s'entendre sur rien, il ne compromettrait pas davantage, l'autorité impériale dans ce démêlé : m Allez dans votre église, leur dit-il à tous avec un sentiment de mépris qui commençait à être fort général , et crie:^là tout à votre dise*. ï>

C'était, en réalité, la dissolution du concile qu'il prononçait. Avec les habitudes prises par les Orientaux, et auxquelles les semi- Ariens avaient tant de peine à renoncer, du moment où l'agent de l'empereur se retirait, l'assemblée ecclésiastique était par là même invalidée. Peu importaient, par conséquent, à Acace et à ses amis» les résolutions que put prendre dans les jours suivants la majorité du concile, les sentences qu'elle porta, les dé- f positions qu'elle prononça. Leur parti était pris de n'en plus tenir compte et de transporter , sans perdre un instant, le débat auprès de l'empereur lui-même, à Constantinople. Acace s'y rendit tout le premier, accompagné d'Eudoxe, évoque déposé d'Antioche, qui avait à cœur de se justifier auprès de Constance. Ils y devan-

1. Soc, II, 39, 40. — Soz., IV, 22. — Théod., n, 26. — S. Alhan., A Syn, Ar, et Sel., p. 881. — S. Épiph., Hœr,, lxxiii, 25. - S. HiL Contra Const., p. 1247 et suiv. — Sulp. Sév., n, 42.

cèrent de plusieurs jours les députés que les semi- Ariens ne tardèrent pas à y envoyer, et auxquels Hilaire, attentif à suivre l'issue de ce grand débat , se joignit avec empressement. Enfin , pour que personne ne man- ' quât au rendez-vous, Aétius, à qui sa qualité de diacre n'avait pas permis de siéger au concile, mais qui pouvait sans difficulté discuter de théologie dans un palais, arriva lui-même dans la ville impériale avec son disciple chéri, Ëunome, plus habile et plus mesuré que lui dans . la discussion, mais d'opinion tout aussi extrême ^ i Tous les acteurs de Séleucie se trouvaient ainsi sur \ ce nouveau théâtre, et malgré l'extrême prévention de ; Constance,, que les dénonciations d'Acace avaient forte- [ ment irrité, la discussion, reprise sous ses yeux, se poursuivit pendant plusieurs jours avec un avantage marqué pour les semi-Ariens, lesquels, de leur côté, faisaient tous les jours aiissi un pas de plus pour se rapprocher J de l'orlhodoxie. Une longue discussion entre Eustathe - de Sébaste, l'un d'eux, et Eudoxe, puis entre Basile d'Anf cyre et Aétius , avait déjà grandement avancé ces deux . résultats. Aétius s'était montré, à son ordinaire, très-hautain, très-hardi, dédaigneux de l'autorité des Pères, peu respectueux pour celle de l'Écriture. Il avait pénétré Constance de terreur par la témérité de ses raisonnements. Il se raillait même assez hautement de ceux qui, pensant comme lui, n'osaient parler tout haut, ni tout

1. Soc. — Soz. — S. Athan. — Théod. — S. Hil., loc, cit. — Philost., IV, 4, liî. — Sulp. Sév., n, 45.

dire*. De leur côté, dans Tardeur de le réfuter, lei semi-Ariens empruntaient de plus en plus , sans s'en apercevoir, le langage d'Hilaire et d'Athanase. Il leur arrivait de défendre l'identité de la substance , et, en se familiarisant avec l'idée, ils se réconciliaient avec le mot. Tout marchait donc à souhait vers le butqu'Hilaire s'était proposé, quand ses espérances furent tout à coup renversées, et la face des choses toute changée par un orage qui éclatait du coin de l'horiïon où on lauraif le moins attendu. C'étaient les évêques de Rimini qui venaient annoncer la faiblesse des Occidentaux *.

Ce fut un coup de théâtre qui bouleversa tout. L'Occi* dent passait, avec raison, pour l'asile et le rempart de te foi de Nicée. Là se trouvaient les défenseurs jurés, ceuï qu'on nommait même, par dérision, les adorateurs dn consubstantiel. Quand ceux-là même consentaient à signor une formule de foi, trè&-vague, où la similitude du Père et du Fils était à peine ofQrmée d'une façon évasive et générale, qui pouvait se montrer plus di/Hcile et plus obstiné qii'eux? Le triomphe d'Âcace fut donc extrême, et le découragement gagna aussitôt ses adversaires. Constance, d'ailleurs, que tous ces débats commençaient à étourdir et à fatiguer, vit avec joie

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