‹ L'Eglise et l'Empire Romain au ive siècleChapitre 130 sur 137 · Cod. Theod., xvi, t · texte numérisé non relu

Cod. Theod., xvi, t

triomphait. Depuis quarante ans que ce grand débat \ s'agitait devant le monde , deux systèmes avaient été en présence» celui de la vraie foi qui unissait les diverses personnes divines dans une commune majesté et dans une égale adoration; celui d'une philosophie téméraire qui sondait et scindait la Trinité , et portait la division dans la substance divine. Entre ces deux doctrines tranchées flottait un groupe d'esprits moins décidés, qui cherchaient à expliquer le dogme sans le détruire. Chacune de ces opinions avait son sens philosophique et Ihéoloit gique. Identité, similitude , dissemblance de substance, \-: chacun de ces mots représentait, sinon une vérité, au : moins une idée et une conviction. Mais les vainqueurs de Gonstantinople étaient également étrangers à toutes Jes nuances de la pensée chrétienne; c'était un ramas d^hommes dépourvus de croyance, qui prononçaient une suite de mots vides de sens. La formule de Riraini déclarant que le Fils est semblable au Père , sans dire s'il est son égal, son inférieur, ou sa créature, ne tranchpU aucune question, et défiait l'examen par sa nullité

même. Elle n'était ni orthodoxe, ni semi-arienne, ni

'pleinement arienne. C'était une pure arme de guerre, une équivoque destinée à recruter des alliéset à frapper des adversaires dans tous les rangs. Jamais ne fut consommée plus audacieuse invasion de la politique dans la religion.

Jamais aussi la servitude ne produisit de fruits plus amers. Sous une apparente unanimité, arrachée par la

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force » la confusion était partout. « Le monde, dit saint Jérôme par une exagération éloquente, gémissait et s'étonnait de se trouver arien * . » Chacun était surpris de ce qu'il avait fait, de ce qu'il avait dit et de ce qu'il était. Dans TÉglise chacun avait peine à reconnaître sa foi; dans l'hérésie personne ne comprenait plus son système*. A part les lumineuses exceptions qui brillaient dans l'exil, au milieu de cette série d'épreuves diverses, tour à tour les plus fidèles avaient faibli, et les plus obstinés s'étaient rétractés. Tous erraient maintenant, égarés, cherchant leur voie, et privés de leurs guides. Les évéques, rentrant dans leurs diocèses , rapportaient et répandaient autour d'eux le trouble de leur esprit. Heureux encore quand le désordre ne descendait pas aussitôt dans la place publique et dans les rues. Osius, à peine de retour à Gordoue, mourait tristement, ne

1. s. Jér., Dial. adv. Luc., 19 : « Ingemuit totus orbis et arianam miratus est se esse, w Cette phrase est évidemment une exagération de rhétorique, car la formule signée alors par la plupart des évêques d'Occident et d'Orient était plutôt encore un non -sens qu'une hérésie. Elle laissait dans le doute la question qu'on avait tranchée à Nicée, défendait même de l'agiter, mais elle ne la résolvait pas précisément en sens contraire. D'ailleurs, il s'en fallait bien qu'elle eût en sa faveur, je ne disp.'is l'unanimité, mais même la majorité des évéques. Le nombre des prélats présents à Rimini, à Séleucie, était petit, et on verra de combien de protestations leur faiblesse fut suivie, à commencer par celle du pape Libère, que nous relaterons plus tard. En tout, il n*y a eu dans toute cette époque qu'une seule décision de toute lÉglise, et par conséquent un seul décret de foi infailli))lc : celui de Nicèe, et celui-15 ne fut jamais ni retiré, ni modifié par aucune autorité égale à celle qui l'avait porté. Les autres décisions furent toujours isolées, partielles et faillibles. Il y eut donc du trouble, de la confusion dans les esprits et dans les consciences, jamais cont':adiction dans la véritable loi ecclésiastique.

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pouvant sapporter les reproches de sa provinoe^ et maudissant d'une voix faible Terreur qui l'avait déshonorée Rome se partageait violemment entre le peuple attaché au pape Libère, malgré sa faiblesse, et un groupe d*hérétiques obstinés qui suivaient l'usurpateur Félix*. Parmi les évoques défectionnaires de Rimini, les uns, honteux et repentants, écrivaient aux confesseurs exilés pour demander pardon. D'autres s'enfermaient dans leurs églises, ne voulant plus communiquer avec personne, ni entendre parler de rien. D'autres enfin s'engageaient et se maintenaient, par vanité, dans l'opinion qu'ils avaient embrassée par terreur '.Dans les rangs derArianisme, c'étaient mêmes incertitudes, bien qu'avec moins de scrupules, et mêmes querelles , tempérées par moins de charité. Le calme, banni du monde chrétien, nerégnaitplus qu'au fond des retraites de la solitude. Là se reflétait dans le cristal des âmes pures cette lumière dC'Nicée, brisée de toutes parts par le prisme de l'erreur.

« Heureux , s'écriait du sein des âpres montagnes de

1. Marc, el Faust., Lift, prec, p. 35 et 39.— S. Hil., Fragm., p. 1356. Il faut atténuer certainement la sévérité des luciterieas Marcellia et Faustin sur la fin d'Osius, parce que ropinion de ces deux écrivains les portait à noircir, autant qu'il était en eux, la conduite des défectionnaires. Mais là lettre citée dans les Fragments de saint Hilaire atteste cependant que le retour du vieux confesseur «n Espagne ne s'^opéra point sans scandale.

2. Marc, et Faust., p. 4. — Soc., ii, 37. — S. Jér., Chron. — Voir Baronius, Ann. ecc/.,ann. 357, § 57, sur les troubles qui, d'après les monuments de l'Église de Rome, suivirent la rentrée de Libère.

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